‹ Self-help; ou, Caractère, conduite et perseverance, illustrès à l'aide de biographies;Chapitre 71 sur 133 · THOMAS CLARKSON · texte numérisé non relu

THOMAS CLARKSON

bien cette œuvre, et pour organiser les efforts des partisans de plus en plus nombreux de cette cause, la Société pour l'abolition de l'esclavage fut fondée, et de nouveaux hommes, inspirés par l'exemple et le zèle de Sharp, accoururent à son aide. Il leur communiqua son énergie ; et le zèle désintéressé avec lequel il avait si longtemps travaillé seul gagna à la longue la nation elle-même. Son manteau tomba sur les épaules de Clarkson, de Wilbcrforce, de Brougham, de Buxton, qui poursuivirent cette tache avec une telle énergie et une telle fermeté de propos, qu'eà la longue l'esclavage fut aboli dans toutes les possessions britanniques. Mais , quoiqu'on rattache plus fréquemment les noms que nous venons de citer au triomphe de cette grande cause, le mérite principal en revient incontestablement à Granviile Sharp. Lorsqu'il entreprit cette œuvre, il n'eut pour encouragement aucun des applaudissements du monde; il fut longtemps seul, ayant contre lui l'opinion des jurisconsultes les plus habiles et les préjugés de l'époque les mieux enracinés; et, seul, il livra et gagna, par ses vaillants efforts et à ses propres dépens , la bataille la plus mémorable dont les temps modernes fassent mention, parmi celles qui ont concouru au triomphe des libertés anglaises. Ce qui suivit fut surtout le fruit de sa constance infatigable : il alluma la torche qui enflamma d'autres esprits, et qui se transmit de main en main jusqu'à ce que la lumière eut tout envahi.

Clarkson avait déjà, avant que Granviile Sharp mourût, tourné son attention vers la question de l'esclavage des noirs : il l'avait même choisie , étant au collège , pour sujet d'une composition, et elle prit si complètement possession de son esprit, qu'il ne put plus se soustraire à son empire. On montre encore, près de Wadcsmill, dans le Hertfordshire, le lieu où, étant un jour descendu de cheval, il s'assit , désolé, sur le gazon qui bordait la route, et, après de longues réflexions, forma la résolution de se dévouer en lié renient à

cette œuvre. Il traduisit son Essai du latin en anglais, y ajouta de nouvelles illustrations, et le publia. Divers compagnons de travail se réunirent alors autour de lui. La Société pour l'abolition de la traite , société dont il ignorait l'existence, était déjà formée, et, quand il en entendit parler, il s'y joignit, et sacrilia toutes les belles espérances que la vie lui offrait, pour se consacrer entièrement à cette cause. Ce fut Wilberforce qui fut choisi pour pousser l'affaire au parlement ; mais ce fut à Clarkson qu'incomba principalement le travail de réunir et d'arranger l'immense masse de témoignages qu'on avait à présenter en laveur de l'abolition. Nous pouvons mentionner un curieux exemple de l'espèce de persévérance de limier qui distinguait Clarkson. Les fauteurs de l'esclavage , dans le cours de la défense qu'ils présentaient en faveur de ce système, soutenaient qu'il n'y avait que les nègres faits prisonniers de guerre qui fussent vendus comme esclaves, et que, lorsqu'on ne les vendait pas, on leur réservait , dans leur propre pays, un sort infiniment plus affreux. Clarkson savait parfaitement à quoi s'en tenir sur les chasses aux esclaves conduites par les négriers , niais il n'avait aucun témoin à faire entendre sur ce point. Où en trouver un? Par le plus grand des hasards, un monsieur, qu'il rencontra dans l'un de ses voyages, lui parla d'un jeune matelot, en compagnie duquel il s'était trouvé un an auparavant, et qui avait lui-même pris part à une de ces chasses. Ce monsieur ne savait point le nom du jeune homme, ne pouvait donner de sa personne qu'une description extrêmement vague, et du lieu où il pouvait être ne savait rien, sinon qu'il appartenait à un vaisseau de guerre à la basse paye; mais dans quel port se trouvait ce vaisseau, c'est ce qu'il ne pouvait dire. Sur cette simple lueur de renseignement, Clarkson résolut de trouver et de produire ce témoin. Il visita en personne tous les ports de mer où se trouvaient des navires à la basse paye, monta à

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bord de chaque vaisseau, et poursuivit cet examen, sans succès, jusqu'à ce qu'enfin il arriva au dernier port et trouva celui qu'il cherchait dans le dernier vaisseau qu'il lui restât à visiter. Le témoignage de ce jeune homme fut un des plus précieux et des plus concluants. Pendant quelques années, Clarkson correspondit régulièrement avec plus de quatre cents personnes, et fit, durant le même temps, plus de cinquante-six mille kilomètres à la recherche de preuves et de témoignages. Il se vit, à la longue, réduit à l'impuissance par une maladie causée par l'excès de travail; mais il ne quitta pas le champ de bataille avant que son zèle eût pleinement donné l'éveil à l'esprit public et excité en faveur des esclaves la sympathie de tous les gens de bien. Après de longues années de lutte, la traite fut enfin abolie. Mais il restait encore un autre grand résultat à atteindre, c'était l'abolition de l'esclavage même dans les colonies anglaises ; et ici encore l'énergie et la résolution remportèrent la victoire. Parmi les chefs de ce mouvement, nul ne fut plus remarquable queFowell Buxton, qui prit la position précédemment occupée par U'ilberforce dans la chambre des communes. Buxton ne s'était pas fait remarquer dans son enfance par des qualités précisément brillantes. Le trait distinctif de son caractère était une volonté opiniâtre, qui se manifesta d'abord par une obstination violente, impérieuse et entêtée. Son père mourut quand il n'était encore qu'un enfant ; mais , heureusement pour lui, il avait une sage et excellente mère qui dirigea sa volonté avec grand soin, et lui apprit à obéir, tout en encourageant en lui l'habitude de se déterminer et d'agir par lui-même, dans toutes les affaires dont la décision pouvait sans danger lui être laissée. Cette mère croyait qu'une volonté ferme , mise au service d'une noble ambition et sagement dirigée, est une des plus précieuses qualités humaines; et lorsqu'on faisait devant elle des observations sur l'entêtement de l'enfant, elle se contentait de dire : « Ne vous en inquiétez pas;

» il est opiniâtre maintenant; niais vous verrez que cela « finira par tourner à bien. » Fowell apprit très-peu de chose à l'école, où il se montra même tant soit peu bète et paresseux. Il faisait faire ses devoirs par ses camarades, pendant que lui-même jouait et gaminait. Quand il retourna chez lui, à quinze ans, c'était un grand et gauche garçon, qui n'aimait que les bateaux, les chevaux, la chasse elles exercices violents, et qui passait la plus grande partie de son temps avec le garde-chasse, qui, heureusement, se trouva être un homme d'un bon naturel et, quoiqu'il ne sût ni lire ni écrire, intelligent observateur de la vie et de la nature. Cependant Ruxton avait en lui une excellente étoffe, mais avec cela, le plus grand besoin de culture, d'éducation et de développement. Dans ces circonstances, et juste au moment où les habitudes dont le bonheur ou le malheur de sa vie devait dépendre allaient se former, il se trouva, heureusement pour lui, jeté dans la société de la famille Gurney, famille que distinguaient, entre toutes, d'excellentes qualités sociales, une haute culture intellectuelle et une généreuse philanthropie. Ses relations avec les Gurney curent une grande influence sur sa vie : elles l'encouragèrent surtout dans les efforts qu'il fit pour perfectionner sa propre éducation; et lui-même a raconté que lorsque, à l'Université de Dublin, il travailla de façon à remporter les marques de distinction les plus honorables, ce fut surtout afin de satisfaire sa passion dominante, qui était alors de rapporter aux Gurney les prix qu'ils l'avaient engagé à mériter et qu'ils l'avaient rendu capable de gagner. 11 épousa une des Glles de cette famille, et fit son début dans le monde des affaires comme commis chez ses oncles Hanbury, brasseurs, à Londres. Sa force de volonté, qui, durant son enfance, l'avait rendu si difficile à diriger, devint alors la base de son caractère et fit de lui un des hommes les plus énergiques elles plus infatigables qui aient jamais existé. Il

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se jeta de tout son poids dans la mêlée, et le grand géant, X éléphant Buxton , comme on l'appelait (sa taille était de 1 mètre 93 centimètres), devint un des hommes les plus vigoureux et les plus capables en affaires. « Je pouvais, » ce sont ses propres paroles, « brasser une heure, faire des » mathématiques une heure, et chasser l'heure suivante , et » cela en me donnant successivement tout entier à chacune » de ces occupations. » Apportant à tout ce qu'il faisait une énergie et une détermination invincibles, il devint, lorsqu'il fut l'associé de ses oncles , le factotum de l'entreprise , et son influence se fit sentir jusque dans les moindres détails de ces vastes affaires qui, grâce à son administration, arrivèrent à un degré de prospérité sans précédent. D'un autre côté , il ne laissait point son esprit sans culture , mais passait ses soirées à étudier diligemment Blackstone, Montesquieu, et les meilleurs commentateurs qui aient écrit sur les lois anglaises. Les maximes qu'il suivait dans ses lectures étaient : « de ne jamais commencer un livre sans le finir ; » — « de ne jamais le considérer comme lu que lorsqu'il » s'en était rendu maître; » — et « d'apporter à chaque » étude toute la force d'esprit dont il était capable. »

Buxton n'avait que trente-deux ans lorsqu'il entra au parlement, et il y prit aussitôt cette position influente à laquelle ne manque pas d'arriver tout homme honnête, instruit et résolu qui entre dans cette assemblée des premiers gentilshommes du monde. La principale question à laquelle il se dévoua fut l'émancipation complète des esclaves dans les colonies anglaises. Il attribuait lui-même le vif intérêt qu'il avait pris dès sa jeunesse à cette question à l'influence de Priscilla Gurney, femme qui à une belle intelligence et à un cœur aimant joignait la pratique des plus remarquables vertus. A son lit de mort, elle envoya à plusieurs reprises chercher Buxton et le supplia « de faire de la cause des es- » c laves le grand objet de sa vie » . Son dernier acte fut un

offert pour renouveler eelte recommandation solennelle, effort au milieu duquel elle expira. Mais Buxton n'oublia jamais sa recommandation : il donna son nom à une de ses filles, et le jour du mariage de celle-ci, le 1er août 1 8-5 i,* — jour de la proclamation de l'émancipation des noirs, — après avoir béni sa Priscilla et l'avoir vue , libre de l'autorité paternelle, franchir le seuil de la maison au bras de son mari, il revint s'asseoir et écrivit à un de ses amis : k La mariée est partie-, tout s'est passé admirablement;

» et il n'y a plus d'esclaves dans les colonies anglaises! »

Buxton n'était point un génie: ce n'était ni un chef grand par l'intelligence, ni un inventeur; c'était tout simplement un homme résolu, franc, sérieux et énergique. Rien ne saurait donner une idée plus exacte de son caractère que ces paroles de lui, que tout jeune homme devrait porter gravées dans son âme : a Pins je vis, et plus j'acquiers la certitude » que la grande différence entre les hommes, faibles on

» puissants, petits ou grands, c'est V énergie c'est-à-dire

» une résolution bien arrêtée, une détermination invincible, et

puis la mort ou la victoire! Avec cette qualité, on

>- accomplira tout ce qu'il est possible d'accomplir dans ce '- monde; mais sans elle, il n'y a ni talents, ni position, ni » occasions favorables qui puissent faire un homme de la •• créature à deux pattes que nous sommes. «

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