CHAPITRE SEPTIEME
» As-tu vu un homme habile dans son travail? 11 sera au service des rois. »
(Proverbes de Salomon.)
« Celui-là appartient véritablement à un monde inférieur qui n'a pas été élevé au maniement des hommes et des affaires. »
(OwiiN Fiîlthui.)
Hazlitt, dans un de ses spirituels essais, représente l'homme d'affaires comme une espèce d'individu sordide, attelé au chariot d'un métier ou d'une profession, et qui, dit-il, n'a rien à faire que de ne pas sortir des sentiers battus, et de laisser les choses suivre leur cours. « La princi- » pale condition requise pour l'administration prospère des » affaires ordinaires, » ajoute- 1- il , « est l'absence d'imav gination, ou de toute idée autre que celles de l'usage et » de l'intérêt envisagés sous le point de vue le plus étroit. » Mais rien n'est moins impartial, et, en fin de compte, moins vrai, qu'une telle définition. Il y a, sans aucun doute, des hommes d'affaires bornés, comme il y a des savants, des littérateurs et des législateurs bornés; mais, parmi les hommes d'affaires , il y en a aussi qui sont parfaitement capables de concevoir et d'exécuter les plus grands desseins. C'est ce que Burke savait bien lorsqu'il disait, dans son discours sur le bill pour le gouvernement de l'Inde, qu'il connaissait des hommes d'Etat qui n'étaient que des épiciers, et des épiciers
qui déployaient dans la conduite de leurs affaires le génie qui devrait distinguer les hommes d'Etat.
Si nous tenons compte des qualités qui sont nécessaires au succès d'une entreprise importante quelconque, — spécialité d'aptitude, promptitude d'action dans les cas imprévus, talent d'organiser les travaux d'un grand nombre d'hommes, finesse de tact, connaissance profonde de la nature humaine, surveillance constante de soi-même, expérience de la vie, — il doit, ce nous semble, être évident que l'école des affaires est loin d'être une école aussi étroite que quelques écrivains voudraient nous le faire croire. M. Helps était certainement bien plus près de la vérité, lorsqu'il disait que les hommes d'affaires consommés étaient presque aussi rares que les grands poètes, plus rares peutêtre que les saints et les martyrs. Le fait est qu'il n'est aucune branche de l'activité humaine dont on puisse dire aussi justement que de celle-ci que « les affaires font les » hommes » .
C'est une double erreur, qui de tout temps a été chère aux niais, que les hommes de génie sont impropres aux affaires, et que le maniement des affaires rend les hommes impropres aux travaux qui exigent du génie. Le malheureux adolescent qui, il y a quelques années, mit lin à ses jours en maudissant le sort qui, l'ayant fait naître homme, le condamnait à mourir épicier, prouva, par cet acte même, qu'il était incapable de comprendre quelle dignité, même dans le commerce de l'épicerie, s'attache au travail. Ce n'est pas la profession qui honore ou déshonore l'homme, c'est l'homme qui honore ou déshonore la profession.
Les plus grands n'ont point dédaigné de gagner leur vie par un travail honnête et utile, sans toutefois cesser pour cela de poursuivre l'accomplissement de plus nobles desseins. Thaïes, le premier des sept sages, Solon, le second fondateur d'Alhènes, et Hypcratès, le mathématicien, furent