QUE LA NÉCESSITÉ DU TRAVAIL EST UNE BÉNÉDICTION
se passent réellement dans la vie trouveront que la fortune est très -fréquemment du côté des industrieux, comme les vents et les flots sont aussi très-souvent du côté des navigateurs expérimentés. Le succès court sur les traces des efforts bien dirigés; et, quoiqu'il soit possible de s'en exagérer la valeur et d'aller presque jusqu'à le déifier , comme cela s'est vu, cependant, toutes les fois qu'il est la récompense d'une noble ambition , il faut en reconnaître le mérite.
L'activité en affaires, sagement et vigoureusement dirigée, produit toujours son effet. Elle nous pousse en avant, met en relief notre caractère individuel et stimule l'activité des autres. Tous ne réussissent pas également; mais ebacun , à tout prendre, réussit, ou peu s'en faut, selon ses mérites. « Quoique tous ne puissent pas , » dit le proverbe toscan , a avoir leur maison sur la grande place, ebacun eepen- » dant peut s'y réchauffer au soleil. »
Il n'est point bon pour l'homme que la vie lui soit trop facile, et mieux vaut mille fois être dans la nécessité de travailler fort et de vivre pauvrement, que d'avoir toujours tous ses besoins satisfaits d'avance et un oreiller de duvet pour se reposer de fatigues que l'on n'a pas endurées. En vérité, débuter dans la vie avec des ressources relativement médiocres semble être pour l'homme un aiguillon si nécessaire, qu'on pourrait presque dire que c'est une des conditions essentielles du succès. Aussi un juge éminent, à qui on demandait par quels moyens on réussissait le mieux au barreau, répondit-il : « Les uns doivent leur succès à leurs » grands talents, les autres à des relations puissantes, et s quelques-uns à de vrais miracles ; mais la grande majorité » doit son succès à ce qu'elle commence sans un sou vail- » lant. »
Ainsi envisagée, la nécessité de travailler n'est point un châtiment; c'est une bénédiction : c'est la racine même et la source de tout ce que nous appelons progrès et civilisation.
Aussi peut-on bien se demander s'il pourrait y avoir pour l'homme un malheur plus affreux que de pouvoir obtenir sans effort la satisfaction de tous ses désirs, de n'avoir rien à espérer, rien à désirer, rien à conquérir. Le sentiment de n'avoir dans la vie aucun motif, aucun besoin d'agir, doit être la plus cruelle, la plus insupportable de toutes les misères qui peuvent affliger un être raisonnable. Le marquis de Spinola demandant un jour à sir Horace Vere de quoi son frère était mort, — a De n'avoir rien à faire, » répondit celui-ci. — n Hélas! » s'écria Spinola, u c'est bien assez pour tuer n'importe qui ! »
Ceux qui échouent dans leurs projets prennent volontiers le ton de l'innocence persécutée, et n'éprouvent généralement le besoin de se livrer à aucune enquête pour conclure que tout le monde, moins eux-mêmes, est coupable de leurs malheurs; ou bien ils se figurent n'avoir pas de chance, et pensent que le monde entier, sans qu'il y ait aucunement de leur faute, est ligué contre eux. Un des plus remarquables spécimens de cette espèce dont nous ayons jamais entendu parler allait jusqu'à donner comme sa ferme conviction que s'il eût été chapelier les hommes lui eussent joué le tour de venir au monde sans tète.
D'un autre côté, si nous en croyons certain proverbe russe, Le loyis de l'infortune touche à celui de la stupidité y et l'on observe généralement que les gens que l'on entend sans cesse déplorer leur mauvaise chance ne font le plus souvent que recueillir les fruits de leur propre négligence, de leur désordre, de leur imprévoyance et de leur manque d'application. Le docteur Johnson, qui arriva à Londres avec une guinée dans sa poche, et qui s'est représenté luimême très-exactement dans la signature d'une lettre qu'il adressa à un noble lord sous le nom tVImpransus, — qui n'a pas dîné, a sur ce point franchement exprimé son opinion. >< Toutes les plaintes que l'on fait contre le monde, »