APPLICATION, METHODE, EXACTITUDE
à prendre parti pour ou contre vous. Quels que soient sous d'autres rapports les vertus , les talents , la bonne conduite d'une personne, si elle est habituellement inexacte, on ne peut se fier à elle; il faut toujours refaire son ouvrage, et cela cause énormément d'ennui , de peine et de dépit. Jamais paroles plus sensées ne furent prononcées que celles que M. Dargan, entrepreneur de chemins de fer irlandais, prononça dans une réunion publique à Dublin. « J'ai beaucoup » entendu parler, » dit-il, « de l'indépendance que nous » devions obtenir par suite de cette mesure-ci, ou de celle- » là, ou de telle ou telle autre; mais j'ai toujours été pro- » fondement convaincu que notre indépendance industrielle » ne dépend que de nous-mêmes. Il ne faut pour refaire » l'Irlande que de l'industrie et de l'exactitude. Nous avons, n il est vrai , fait un pas dans la bonne voie ; mais la persé- » vérance est absolument nécessaire à notre succès définitif. »
C'était une des qualités distinctives de Charles-James Fox que de ne jamais plaindre sa peine, quoi qu'il fit. Blessé, lorsqu'il fut nommé secrétaire d'État, par quelque observation faite sur sa vilaine écriture, il prit aussitôt un maître et se mit, comme un écolier, à copier des exemples, jusqu'à ce qu'il eût obtenu la perfection désirable. Tout corpulent qu'il était, il montrait une agilité extraordinaire à relever la balle au jeu de paume, et quand on lui demandait le secret de cette agilité : « C'est tout bonnement, » répondait- il, « que » je ne plains pas ma peine. » S'il montrait de l'exactitude dans les petites choses, à plus forte raison eu montrait-il dans les grandes; aussi parvint-il à la célébrité, comme le peintre, en ne négligeant rien.
La méthode, voilà la chose essentielle, celle grâce à laquelle on peut faire relativement beaucoup d'ouvrage en peu de temps. « Il en est de la méthode, » disait le révérend Richard Cecil, - comme de l'emballage : un bon emballeur » mettra dans la même caisse deux fois autant de choses
» qu'un mauvais. « La promptitude avec laquelle Cecil dépêchait les affaires était extraordinaire, et cela grâce à cette maxime, que « le plus court chemin pour faire beaucoup de » choses est de n'en faire qu'une à la fois » . Aussi ne laissait-il jamais une chose inachevée, dans l'intention d'y revenir lorsque ses loisirs le lui permettraient. Si les affaires pressaient, il aimait mieux empiéter sur le temps des repas ou du sommeil que de laisser inachevée une partie quelconque de son ouvrage. La maxime de de Witt comme celle de Cecil était : « Une seule chose à la fois. » — « Si j'ai, » disait-il, « quelques dépèches qu'il soit nécessaire d'envoyer, » je ne pense point à autre chose qu'elles ne soient finies ; si » ce sont des affaires domestiques qui requièrent mon alten- » tion, je m'y donne tout entier, jusqu'à ce qu'elles soient » mises en ordre. » On demandait un jour à certain ministre français qui s'était fait remarquer tout à la fois par sa promptitude d'exécution dans les affaires et par sa présence assidue en divers lieux d'amusement, comment il parvenait à mener ainsi de front les affaires et les plaisirs? — « Tout simplement, » répondit-il, « en ne remettant jamais au lendemain ce que je » puis faire le jour même, n Lord Brougham a dit de certain homme d'Etat qu'il avait interverti cet ordre et pris pour maxime de ne jamais faire le jour même ce qu'il pouvait remettre au lendemain. Malheureusement, cette habitude n'est pas seulement celle de ce ministre déjà presque oublié; c'est l'habitude de tous les paresseux et de tous les gens malheureux en affaires. Une des faiblesses de ces derniers est de s'en rapporter à des agents, qui sont loin d'être toujours digues de confiance. Or, c'est en personne qu'il faut veiller aux affaires importantes. « Voulez-vous voir vos affaires faites, » dit le proverbe, « allez et faites-les vous- » même; ne le voulez-vous pas, envoyez quelqu'un les faire » pour vous. »
Un gentilhomme campagnard possédait une propriété d'en-