EFFETS MORAUX DU TRAVAIL
viron 12,500 francs de revenu. Etant très-indolent, il s'endetta et se vit obligé de vendre une moitié de sa propriété et de donner l'autre a bail, pour vingt ans, à un fermier industrieux. Au bout de ce temps, le fermier, étant venu payer la rente de la dernière année , demanda au propriétaire s'il voudrait lui vendre la ferme. — « Voudriez-vous Racheter? » fit le propriétaire surpris. — «Oui, si nous pouvons convenir » du prix. » — « Voilà qui est bien étrange, » dit le gentilhomme; « mais, je vous en prie, dites-moi comment il se l'ait que, tandis que je ne pouvais vivre sur une terre deux. « fois plus étendue, pour laquelle je n'avais aucune rente à » payer, vous pouvez non -seulement me payer régulièrement » une rente de 5,000 francs, mais économiser en quelques n années de quoi acheter la ferme? » — « La raison en est » très-simple, » répondit le fermier: «vous restiez tranquille » et laissiez les choses aller à leur guise; je m'évertue et les « force d'aller à la mienne : vous faisiez la grasse matinée » et ne songiez qu'à jouir de votre propriété ; je me lève » avec le jour et prends soin d'améliorer tout ce qui m'ap- » partient. »
Rien ne peut mieux faire sentir l'importance de la promptitude d'action qu'une juste considération de la valeur du temps. Certain philosophe italien avait coutume d'appeler le temps sa propriété ; et c'est en effet une propriété , qui , il est vrai , ne produit rien de bon sans culture , mais qui , si l'on eu sait tirer parti , ne manque jamais de récompenser les efforts du travailleur diligent; tandis que, laissée en friche, elle ne produit que de mauvaises herbes et des fruits empoisonnés. Un des avantages indirects du travail régulier est de détourner du mal celui qui s'y livre. Lue cervelle oisive est l'atelier du diable, et l'homme paresseux est une des colonnes de l'enfer. La cervelle d'un homme occupé est semblable à une maison habitée par son propriétaire, et celle de l'oisif à une maison vide ; et quand la tentation trouve les portes de l'iiria-
l'rl HOMMES D'AFFAIRES.
gination ouvertes, elle entre, amenant à sa suite toute la troupe des mauvaises pensées. On a observé en mer que c'est toujours lorsqu'ils sont le moins occupés que les matelots sont le plus enclins aux murmures et à la mutinerie; et c'est pour cela qu'un vieux capitaine, lorsqu'il n'y avait à bord rien de mieux à faire, donnait l'ordre de... récurer l'ancre.
Il est de mode parmi les hommes d'affaires de citer la maxime que Le temps c'eut de l'argent ; mais c'est bien plus que cela en vérité, car si l'on sait en faire un bon usage, c'est la culture, L'amélioration de soi-même, la formation du caractère. Une heure que l'on abandonne chaque jour à l'indolence, ou à des riens pires que l'indolence, ferait en quelques années, si elle était consacrée au perfectionnement de soi-même, un sage d'un ignorant, et, employée à de bonnes œuvres, féconderait la vie d'un homme et ferait de son trépas une moisson d'actes méritoires. Un quart d'heure par jour consacré au perfectionnement de soi-même produirai! dès la première année des résultats sensibles. Les bonnes pensées et les leçons de l'expérience ne tiennent aucune place, et sont pour nous des compagnons qui voyagent sans frais et ne causent aucun embarras. Le meilleur moyen de se luire des loisirs est de suivre dans l'emploi de son temps les principes d'une bonne économie : avec cela on est toujours en avant dans les affaires, sans cela on est toujours eu arrière. D'un autre côté, une mauvaise distribution du temps nous jette dans une précipitation, dans une confusion, dans dc^ difficultés perpétuelles, et fait de notre vie une course aux expédients qui n'aboutit habituellement qu'à la ruine. « Je dois tous mes succès dans la vie, » disait Nelson, « à ce que j'ai toujours et eu toutes choses été en » avance d'un quart d'heure. >•
Il y a des gens qui ne se doutent de la valeur de l'argent que lorsqu'ils ont vu filer le dernier de leurs écus , et beau-