LES RICHESSES ET LE BIEN-ÊTRE
pour lui ; et l'éducation que chaque homme se doit à luimôme ne se vend sur aucun marché. En vérité, la doctrine que Ton ne peut, dans une partie quelconque, arriver à l'excellence qu'à force d'application laborieuse , est tout aussi vraie pour le riche que pour fiifford , par exemple, qui devint rédacteur en chef de la Quarterlij Revieir , sans avoir jamais été à d'autre école qu'à l'échoppe d'un savetier, ou pour Hugh Miller, le géologue, qui ne travailla jamais, en fait de collège, que dans une carrière de pierre de Cromarty.
Ce n'est que par le libre exercice de ses propres facultés qu'un homme peut acquérir le savoir et l'expérience, dont l'union produit la sagesse; et il est tout aussi futile d'espérer qu'on arrivera sans travail et sans peine à la possession de ces biens , que de compter sur une moisson là où nul grain n'a été semé. On raconte de (îrosteste, ancien évéque de Lincoln et, dans son temps, puissant personnage, qu'un jour son frère, homme stupide et indolent, vint le prier de faire de lui un grand homme. « Frère, répliqua l'évèque , « je puis bien , si ta charrue est cassée, la faire » raccommoder, et si tu perds un de tes bœufs, t'en acheter un autre; mais je ne puis faire de toi un grand homme : laboureur je t'ai trouvé , et laboureur, hélas ! je suis forcé » de te laisser. »
Il est parfaitement clair que les richesses et le bien-être ne sont point nécessaires au développement des plus hautes facultés de la nature humaine : s'il en eût élé autrement, le monde n'aurait pas de tout temps eu tant d'obligations à ceux qui sont sortis des rangs inférieurs de la société. Une existence facile et somptueuse prépare mal les hommes à s'évertuer et à lutter contre les difficultés, et laisse endormie celte conscience de sa propre force, sans laquelle l'activité humaine esl dépourvue de toute énergie et de toute < fficacité. Fn vérité , loin d'être un mal , la pauvreté, si l'on sail y suppléer par l'énergie de la spontanéité individuelle,
peut devenir un grand bien : ear elle fait sentir à l'homme la nécessité de cette lutte avec le monde , dans laquelle , en dépit des chutes de ceux qui achètent le bien-être au prix de leur dégradation, le juste et le vaillant trouvent force, confiance et triomphe. « Les tommes, •> dit Bacon, a semblent » n'estimera leur juste prix ni leurs richesses ni leurs forces : » aux premières, ils attachent une beaucoup trop haute va- » leur; aux secondes, une beaucoup trop faible. La confiance
• en soi et la modération dans les désirs peuvent cependant
• apprendre à tout homme à boire dans son propre verre,
• à trouver bon son propre pain, à s'estimer heureux de » gagner sa vie en travaillant, et à faire le meilleur usage » possible des biens dont le dépôt lui a été confié. *
Les richesses offrent de si grandes tentations aux hommes, qui tous sont plus ou moins enclins à s'abandonner au bienêtre et aux plaisirs, que la gloire n'en est que plus grande pour ceux qui , favorises en naissant (\c^ dons de la fortune, n'en prennent pas moins une part active aux travaux de leur génération... dédaignent les plaisirs et minent une rie laborieuse. Plus particulièrement devons-nous admirer ceux qui, inspirés par la foi et zélés pour le bien de leurs semblables, ont renoncé volontairement aux plaisirs, à la puissance et aux honneurs qui faisaient leur partage, et sont descendus de leur haute situation, pour se mêler à la foule et servir le pauvre et le besoigneux. Tels turent François Xavier et François de Sales, hommes d'une haute naissance, qui prouvèrent par leur vie qu'il y a de plus belles choses dans le monde que d'occuper un rang élevé, et de plus nobles aspirations que l'accumulation des richesses. La carrière de fatigues , de souffrances et de pauvreté (pie François Xavier embrassa, eut pour digne fin le martyre; mais ce martyre lui-même, loin d'être un échec, fut un succès des plus éclatants.
Parmi ceux qu'une noble naissance n'a pas empêchés de