LE COMTE DE BL'FFOK
mener une vie laborieuse, nous pouvons nommer en passant Fénélon , Chateaubriand, Montaigne et Buffon. Celuici était d'une activité prodigieuse : c'était un de ces hommes auxquels les anciens Romains auraient appliqué ces mots, qui se retrouvent si fréquemment dans leurs auteurs: - in~ credibile iiuhislrid, diligeniiâ singulari. » Il regardait le temps connue un trésor limité qui , une fois perdu, ne se peut recouvrer, et il s'en montrait fort économe. Tous les instants qu'il ne sentait pas le besoin de donner au repos ou au délassement, il les consacrait au travail. Malgré les grands résultats auxquels il arriva dans l'étude de l'histoire naturelle, il est certain que Buffon, dans sa jeunesse, passait pour n'avoir que de médiocres talents. Son esprit fut lent à se former et lent à reproduire ce qu'il avait acquis. Il était aussi, — cela semble à peine croyable, — constitutionnellement indolent. L'habitude de rester au lit le malin lui lit perdre beaucoup de temps durant la première partie de sa vie. Il combattit énergiquement cette mauvaise habitude, et , avec l'aide de son valet de chambre, Joseph, parvint à s'en défaire. Ayant ordonné à celui-ci de le réveiller de bonne heure, il promit de lui donner un écu ebaque fois qu'il réussirait à le faire lever avant six heures. Les premiers jours, Buffon refusa de se lever, prétendit qu'il était malade, feignit de se mettre en colère contre le domestique audacieux qui se permettait de troubler son repos ; et le résultat de tout ceci fut que Joseph ne gagna rien que des reproches, pour avoir permis à son maître de rester au lit, contrairement à ses ordres exprès. A la tin, le valet résolut de gagner l'écu promis, et, plusieurs fois de suite, il força Buffon de se lever, malgré ses supplications, ses reproches et ses menaces de le congédier. Un malin même, Buffon s'étant montre plus obstiné que de coutume, Joseph, sentant la nécessité d'avoir recours aux grands moyens, n'hésila pas à lui verser dans la poitrine un plein bassin d'eau glacée.
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Ce lui grâce à L'usage prolongé de tels moyens que ludion se vit enliu délivré do sa mauvaise habitude ; aussi plus tard avait-il coutume dédire : » Je dois à Joseph dois ou quatre ■a volumes de {Histoire naturelle. »
Pendant quarante ans, Buffon travailla à son pupitre tous les matins de neuf heures à deux heures, et tous les soirs de cinq à neuf. Son assiduité au travail était si soulcnuc et si régulière qu'elle devint l'habitude de toute sa vie. « Le travail, » dit son biographe, •• était devenu pour lui un besoin; » ses études Faisaient le charme de sa vie, et arrivé au der- - nier terme de sa glorieuse (arrière, il répétait souvent » qu'il comptait bien pouvoir leur consacrer encore trois ou » quatre années. » Travailleur des plus consciencieux , il s'efforçait toujours de donner au lecteur ses meilleures pensées exprimées dans les meilleurs termes. 11 n'était jamais las de toucher et de retoucher ses compositions; m bien que l'on peut dire de son style, qu'il approche autant (pic possible de la perfection. 11 n'écrivit pas moins de onze fois les Epoques de ht nature, avant d'en être enlin satisfait ; et cependant il avait médité pendant près de cinquante ans sur la composition de cet ouvrage. C'était en outre un parfait homme d'affaires, plein d'ordre en tonte chose, et qui avait coutume de dire que sans ordre Le génie perd les trois quarts de sa puissance. Son grand succès comme écrivain fut principalement le résultai de sa laborieuse activité et de sou application soutenue. « M. de Buffon, ■ dit madame Necker, « toujours persuadé que le génie est le fruit d'une profonde attention sur le même objet , dit qu'il s'eu- > nuyail en composant ses premiers écrits, lorsqu'il se contraignait à revenir, à repenser de nom eau sur le même objet, quoiqu'il crût déjà avoir atteint à une sorte de perfection ; mais ensuite il a trouvé du plaisir dans cette » longue correction. »
11 faut aussi ajouter que pendant qu'il écrivait et publiait