‹ Self-help; ou, Caractère, conduite et perseverance, illustrès à l'aide de biographies;Chapitre 81 sur 133 · RICHARD-LENOIR · texte numérisé non relu

RICHARD-LENOIR

à Chantilly, de nouveaux établissements dans lesquels il n'employait pas moins de 20,000 ouvriers. Durant le blocus continental, il contribua de tout son pouvoir à introduire en Italie la plantation et la culture du coton. Des graines trouvées dans les ballots venus d'Amérique furent recueillies par lui cl semées dans les environs de Naples; et, au bout de deux ans, il put importer d'Italie en France 50 milliers pesant de coton. Mais il n'y avait pas là, à beaucoup près, de quoi donner du travail à ses ouvriers, et il commença à sentir vivement les difficultés de la situation.

Les guerres sans cesse renaissantes de cette époque pesaient d'un poids de plus en plus lourd sur Richard et sur tous les autres manufacturiers français. D'un autre côté, l'union de la Hollande à la France fut pour lui un coup terrible ; et la fortune, qui lui avait souri si longtemps, peu à peu se montra contraire à ses vastes entreprises. Napoléon lui avança bien une somme de quinze cent mille francs ; mais ses embarras financiers ne faisaient que s'accroître , et il lui devenait de plus en plus impossible de s'en tirer. Ses ouvriers, que le manque de matières premières réduisait au chômage forcé, mouraient de faim, et ce fut en vain qu'il essaya de substituer le lin au coton. Les désastres de 1813 le mirent à deux doigts de sa ruine. Cependant il tenait encore tête à l'orage, espérant toujours que les affaires prendraient un tour meilleur. Lorsque, en 1814, les alliés menacèrent Paris, Richard, nommé chef de bataillon, se mit à la tète de sa légion pour défendre la capitale : mais Paris capitula; et le décret du 29 avril, en supprimant les droits sur les cotons, consomma sa ruine. A partir de ce jour, liichard, dépouillé de sa fortune, se retira dans l'obscurité, où il conserva toutefois ce qu'aucune vicissitude de la fortune ne pouvait lui enlever, l'estime de tous ceux qui l'avaient connu. Son entreprise, si elle ne lui profita pas, à lui, servit au moins d'exemple à d'autres. Peu à peu divers ma-

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11 u facturiers reprirent en sous -œuvre la branche d'industrie qu'il avait été le premier à introduire en France, et, favorisés par les circonstances, la poursuivirent avec succès.

Ce fut un acte des plus gracieux que celui par lequel l'empereur actuel, pour honorer la mémoire de ce grand artisan , donna son nom au boulevard dans le voisinage duquel étaient situés quelques-uns de ses principaux établissements. On avait proposé de donner au boulevard en question h' nom de la reine Hortensc; et l'Empereur, faisant allusion à cette circonstance, prononça à la cérémonie de l'inauguration les paroles suivantes : « L'honneur de voir son nom » gravé sur le marbre ne doit pas être le privilège exclusif * de ma famille. Je suis touché de l'élan tout spontané qui » a fait donner le nom de ma mère à une grande voie proche )i de celle-ci, mais je ne puis accepter cette dénomination. " Le boulevard de la Heine-Hortensc s'appellera boulevard « de Richard-Lcnoir, qui, de simple ouvrier du faubourg « Saint -Antoine, devint un des premiers manufacturiers de a France. »

On a pu voir, par les diverses illustrations de ce fait que nous avons produites, que ce n'est pas seulement dans le commerce, comme on le suppose généralement, mais dans presque toutes les branches de l'activité humaine que les qualités de l'homme d'affaires peuvent se déployer. L'habile ménagère, par exemple, est nécessairement une femme d'affaires. Elle a à pourvoir aux cas imprévus et à ordonner et conduire son ménage de telle façon que tout marche régulièrement, agréablement et sans bruit. Tout cela exige de la prévoyance, du jugement et un certain talent d'organisation. L'artiste, le médecin, l'homme de lettres, ont aussi besoin pour réussir d'être véritablement hommes d'affaires : on ne peut, en effet, atteindre à l'excellence qu'en travaillant sans relâche à son propre développement, en économisant son temps avec le plus grand soin, et en mettant de l'ordre et de la mé-

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