‹ Self-help; ou, Caractère, conduite et perseverance, illustrès à l'aide de biographies;Chapitre 82 sur 133 · WALTER SCOTT · texte numérisé non relu

WALTER SCOTT

thode dans tonte sa manière de vivre. La carrière de Walter Scott nous en offre une preuve frappante. Ce fut dans une étude d'avoué, où pendant plusieurs années il n'eut à s'occuper que d'une routine insipide, à peine supérieure d'un degré aux fonctions d'un simple copiste, que son admirable aptitude au travail se forma et se développa. La sécheresse de sa besogne de tous les jours ne lui fit paraître que plus douce la liberté des soirées, qui, du moins, lui appartenaient; et il les consacra généralement à la lecture et à l'étude. Il attribuait lui-même à la discipline prosaïque à laquelle il avait été soumis chez son avoué l'habitude de l'application sérieuse et soutenue qu'il avait contractée, et qui si souvent fait défaut à ceux qui ne sont qu'hommes de lettres. Comme copiste, il gagnait six sous par page de tant de mots ; et quelquefois, en faisant plus que sa journée, il parvenait à copier jusqu'à 120 pages en vingt- quatre heures, ce qui lui rapportait environ 36 francs, sur lesquels il prenait de temps en temps de quoi acheter quelque volume dépareillé, qui se fût trouvé sans cela fort au-dessus de ses moyens. Aussi plus tard avait- il coutume de se faire gloire d'être homme d'affaires, et d'affirmer, contrairement à ce qu'il appelait l'affectation des faiseurs de sonnets , qu'il n'y a aucune connexion nécessaire entre le génie et une aversion ou un mépris quelconque pour les devoirs ordinaires de la vie. 11 soutenait même qu'au total il était bon pour le développement des plus hautes facultés de notre nature de consacrer une certaine partie de la journée à quelque occupation matérielle. Lorsque, plus tard , il eut à remplir les fonctions de greffier de la Cour des sessions à Kdimbourg, ce fut principalement le matin, avant déjeuner, qu'il s'occupa de ses travaux littéraires. Ses journées, il les passait à la Cour, où il s'occupait des travaux ordinaires de sa profession, et notamment, de légaliser les contrats et autres écrits soumis à l'enregistrement, « En » somme, » dit Lockhart, son biographe, « c'est un des

» traits les plus caractérisliques de son histoire, que, durant » la période la plus active de sa carrière littéraire, il dut t. consacrer une grande partie de son temps, et cela pendant » au inoins la moitié de l'année, à l'accomplissement con- » sciencieuv de quelque devoir professionnel. » Il s'était fait une loi de demander sa vie aux affaires et non à la littérature. « J'ai résolu, « disait-il, k que la littérature serait » pour moi une canne et non une béquille, et que, quelque » bienvenus qu'ils pussent être d'ailleurs, je ne compterais «jamais, tant que je pourrais faire autrement, sur les » profils de mes travaux littéraires pour faire face à mes » dépenses usuelles. »

La ponctualité était une des habitudes qu'il cultivait avec le plus de soin ; et sans elle il ne lui eût jamais été possible de venir à bout des énormes travaux littéraires qu'il entreprit. Il se faisait un devoir, à moins qu'il ne fut nécessaire de prendre des informations ou de réfléchir longuement, de répondre le jour même à toutes les lettres qu'il recevait. Nulle autre chose n'aurait pu le tenir à flot au milieu du déluge de communications qui l'inondait et mettait à l'épreuve la plus rude la bonté de son caractère. Sa manière de vivre était celle-ci : il se levait à cinq heures , allumait lui-même son feu, se rasait et s'habillait, sans se presser, et à six heures se trouvait assis à son bureau, ayant tous ses papiers disposés devant lui dans l'ordre le plus parfait, et tous les livres dont il avait besoin rangés en ordre de bataille autour de lui sur le plancher, tandis qu'au delà de la ligne de livres, un chien favori, couché sur le tapis, épiait ses regards et suivait de l'œil tous ses mouvements. De cette façon, lorsque, entre neuf et dix heures, la famille s'assemblait pour déjeuner, il avait déjà — pour nous servir de ses propres paroles — tordu le cou à la lâche du jour (he had done enough to break ihe nech ofthe day's work) . Cependant, avec ses soins diligents, son ardeur infatigable, son savoir immense,

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