PAS D'INDÉPENDANCE SANS ÉCONOMIE
» ner, de recevoir, de prêter, d'emprunter et de disposer par n voie testamentaire, serait, à peu de chose près, l'indice « de la perfection humaine. »
L'aisance est un état auquel tout homme ici-bas a le droit de chercher à atteindre, par tous les moyens honnêtes. Cet état seul peut assurer à l'homme le bien-être physique, qui est indispensable au développement de la partie la plus élevée de sa nature , et lui permettre de pourvoir aux besoins de sa famille , condition sans laquelle, dit l'Apôtre , vn homme est pire qu'un infidèle. Or, ce devoir devrait nous être d'autant moins indifférent, que le respect que nos concitoyens ont pour nous ne tient pas peu à la manière dont nous profitons des occasions qui peuvent se présenter à nous de travailler honorablement à notre avancement dans la vie. L'effort même qu'il faut faire pour atteindre à ce but ici-bas est à lui seul une éducation qui stimule chez l'homme le sentiment du respect de soi-même, qui met en relief ses qualités pratiques , et qui le discipline par l'exercice de la patience , de la persévérance et d'autres vertus analogues. L'homme prévoyant et soigneux doit être nécessairement un homme de réflexion; car il ne vit pas seulement pour le présent, mais, avec une sage prévoyance , prend ses dispositions pour l'avenir. 11 doit être sobre aussi, et doit savoir pratiquer l'abnégation, qui, plus que toute autre vertu, est la preuve d'une grande force de caractère. John Sterling dit avec beaucoup de vérité que « la plus mauvaise éducation , si elle en- » scigne l'abnégation, vaut mieux que la meilleure de celles » qui enseignent tout le reste, mais qui n'enseignent pas » cela. » Les Romains employaient avec raison le même mot (virlus) pour désigner non-seulement la vertu , mais le courage, qui est dans un sens physique ce que l'abnégation est dans un sens moral, la plus haute entre toutes les vertus étant celle qui nous donne la victoire sur nous-mêmes.
Quelle est la qualité qui manque plus aux classes ouvrières
que l'abnégation, ou la force de sacrifier une petite satisfaction présente en vue d'un plus grand bien futur? On pourrait croire que les classes qui travaillent le plus sont celles qui connaissent le mieux la valeur de l'argent. Cependant la facilité avec laquelle tant d'ouvriers s'accoutument à dépenser au jour le jour tout ce qu'ils gagnent fait qu'ils sont la plupart absolument sans ressources et réduits à dépendre de ceux qui se sont fait une habitude de la frugalité. Il y a un grand nombre de personnes qui, quoiqu'elles jouissent de moyens suffisants pour se procurer le bien-être et l'indépendance, se trouvent souvent, quand une crise se produit, n'avoir qu'un jour d'avance sur le besoin, et c'est là une des plus grandes causes de souffrance et d'impuissance sociale. De toutes les grandes questions d'intérêt public, il n'en est peut-être pas de plus importante que celle-là; il n'en est pas où le besoin de propagandistes dévoués se fasse plus impérieusement sentir. Mais, il faut le reconnaître , abnégation et perfectionnement individuel feraient un pauvre cri de ralliement dans les luttes électorales, et il est fort à craindre que le patriotisme de nos jours ne se soucie que très-peu de choses aussi vulgaires que la prévoyance et l'économie individuelles, quoique, en définitive , ce ne soit que par la pratique de ces vertus que les classes ouvrières peuvent espérer d'arriver jamais à une véritable indépendance. Sociale disait : « Que celui qui veut » mouvoir le monde sache d'abord se mouvoir lui-même; » et nous répéterons avec une vieille chanson :
« If every one would see How very easily
To his own reformation You miglit reform a nation ' ! »
Mais on est généralement d'avis que c'est chose infiniment plus facile de réformer l'Eglise et l'Etat que de réformer la
1 • Si chacun de nous voulait voir à sa propre réformation , qu'il serait aisé • de réformer la nation ! »