‹ Self-help; ou, Caractère, conduite et perseverance, illustrès à l'aide de biographies;Chapitre 87 sur 133 · DEVOIRS DU PERE DE FAMILLE · texte numérisé non relu

DEVOIRS DU PERE DE FAMILLE

quelles il a à se préparer sont : le manque de travail, la maladie, la mort. Aux deux premières il peut échapper, mais la troisième est inévitable. Toutefois il est du devoir de l'homme prudent de vivre de telle façon et de s'arranger de telle manière, que le poids des souffrances, dans le cas où Tune ou l'autre de ces éventualités viendrait à se produire, soit allégé autant que possible, non-seulement pour luimême, mais encore pour tous ceux qui attendent de lui leur confort et leur subsistance. Dans le cas du célibataire, le devoir peut paraître moins obligatoire que dans celui de l'homme marié , quoique cependant le premier soit luimême tenu de ne pas outre-passer ses moyens et d'économiser quelque chose en vue des maladies, des chômages et de la vieillesse II n'y a guère de plus triste spectacle que celui d'un homme qui a beaucoup travaillé et reçu de bons gages , mais qui a tout dépensé au fur et à mesure qu'il le gagnait , réduit dans sa vieillesse à être un fardeau pour ses parents ou à demander sa subsistance aux taxes perçues sur la frugalité d'autrui. Une fois qu'un homme est marié et qu'il a pris sur lui les responsabilités du père de famille, il n'est pas seulement obligé moralement à faire de son mieux pour subvenir pendant sa vie aux besoins de sa femme et de ses enfants; il doit encore, autant que possible, faire en sorte que sa mort , dans le cas où elle arriverait , ne les laisse pas dans le besoin ; et il ne saurait négliger ce devoir sans les exposer à la misère et sans s'exposer lui-même au mépris. Considérés sous ce point de vue, le gain honnête et l'emploi bien entendu de l'argent sont de la plus grande importance. L'argent bien gagné est en effet la représentation de l'industrie patiente, de l'effort persévérant, de la tentation vaincue, de l'espérance récompensée, et l'argent bien employé est l'indice de la prudence, de la prévoyance et de l'abnégation, bases véritables d'un caractère viril. Quoique l'argent représente une foule d'objets qui n'ont aucune uti-

lité ou valeur réelle, il représente aussi bien des choses qui en ont une très-grande, la nourriture, le vêtement, le biencire, et, ce qui n'est guère moins précieux, le respect de soi-même et l'indépendance personnelle. C'est ainsi qu'une épargne quelconque est pour l'ouvrier comme une barricade contre le besoin, laquelle lui assure un point d'appui et lui permet d'attendre, gaiement même et avec espoir, le retour de jours meilleurs. 11 y a dans la seule tentative de se faire dans le monde une position plus solide une certaine dignité qui tend à rendre l'homme plus fort et meilleur. En tout cas, cela lui donne une plus grande liberté d'action et lui permet de ménager ses ressources en vue d'efforts ultérieurs.

Mais l'homme pour qui le besoin est un précipice toujours béant sous ses pas est vraiment dans un état bien peu éloigné de l'esclavage. 11 n'est point son propre maître, car il est constamment en danger de tomber sous la domination d'autrui et d'avoir à accepter les termes tels quels qui lui seront dictés ; et il ne peut faire autrement que d'être jusqu'à un certain point servile , car il n'ose pas regarder le monde fièrement en face, sachant que dans l'adversité il faudra qu'il ait recours à l'aumône ou au bureau de bienfaisance. Enfin, si le travail vient à lui manquer entièrement, il n'a aucun moyen d'aller en chercher dans une autre localité : il est fixé à sa paroisse comme l'huître à son rocher, et ne peut pas plus voyager qu'il ne peut émigrer.

Or, pour acquérir l'indépendance, il n'est pas besoin d'autre chose que de la pratique de la plus simple économie; et l'économie ne requiert ni un courage supérieur ni des vertus éminentes : elle n'exige qu'une dose d'énergie assez ordinaire et des capacités moyennes. Au fond, l'économie n'est que l'esprit d'ordre appliqué à l'administration des affaires domestiques, c'est-à-dire un peu de conduite, de régularité, de prudence, et le soin d'éviter toute espèce de gaspil-

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