OPINION DE SIU CHARLES NAPIER
dissipation que menaient tant de jeunes officiers de cette armée, vie qui les entraînait dans des obligations ignominieuses. Dans ce fameux document, sir Charles représentait avec force, « ce que l'on avait presque entièrement oublié, » — que l'honnêteté est inséparable du caractère d'un gen- » tilhomme accompli , et que boire du Champagne que » l'on ne paye jamais , de la bière que l'on ne paye jamais » et monter des chevaux que l'on ne paye jamais, est le fait » d'un fourbe et non d'un gentilhomme. » En effet, des hommes qui dépensaient plus que leur revenu, et se laissaient assigner souvent par leurs propres domestiques, devant les tribunaux, en payement de dettes contractées pour satisfaire à un luxe extravagant, pouvaient être officiers en vertu de leurs brevets, mais n'étaient certainement pas de vrais gentilshommes. Le commandant en chef considérait que l'habitude d'être constamment endetté rendait les hommes indifférents aux sentiments qui doivent distinguer un homme bien élevé. Or, ce n'était pas assez qu'un officier pût combattre ; — un bouledogue quelconque peut en faire autant; — gardait-il sa parole immaculée? payait-il ses dettes? tels étaient quelques-uns des points d'honneur qui, affirmaitil , devaient glorifier la carrière d'un vrai soldat gentilhomme. Le jeune homme, en avançant dans la vie, passe à travers une longue et double file de démons tentateurs ; et s'il cède, sa dégradation plus ou moins complète est l'effet inévitable de sa faiblesse. Tout contact avec eux tend à lui soutirer insensiblement quelque portion de l'électricité divine dont sa nature est chargée ; et il n'y a qu'un moyen de leur résister, c'est de leur répondre, en parole et en action, par un non positif et absolu. Il faut se décider tout de suite et ne pas se laisser aller à peser le pour et le contre; car la jeunesse, comme la femme qui délibère, est perdue. Beaucoup délibèrent sans rien décider; mais ne pas prendre de résolution, c'est en prendre une. Il y a une parfaite connaissance de
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l'homme dans cette prière: « \e nous laissez pas succomber " à la tentation. » Cependant il faut que la tentation vienne mettre à l'épreuve les forces du jeune homme; mais s'il y cède une fois, sa force de résistance devient de plus en plus faible : avoir cédé, c'est avoir perdu une partie de sa vertu ; avoir résisté courageusement, c'est avoir acquis par cette première décision une force qui durera toute la vie, et qui, répétée, deviendra une habitude. C'est dans les ouvrages avancés que forment, pour ainsi dire, les habitudes prises durant la jeunesse, que réside la force réelle de la défense; car il a été sagement ordonné que le mécanisme de l'existence morale serait principalement mis en mouvement au moyen des habitudes, et cela, afin d'empêcher la détérioration des grands principes moteurs. Ce sont donc les bonnes habitudes qui, s'insinuanl dans les mille actes indifférents de la vie, arrivent à constituer réellement la partie la plus grande, et de beaucoup, de la conduite morale de l'homme.
Ilugh Miller a raconté comment, par un acte de détermination, il s'était, dans sa jeunesse, arraché à une de ces fortes tentations qui assiègent tout particulièrement ceux qui mènent une vie de travail. C'était l'habitude des ouvriers de la carrière où il travaillait de boire un coup de temps à autre, et un jour il eut pour sa part deux verres de whisky, qu'il avala. De retour chez lui, il trouva, en ouvrant son livre favori, — les Essais de Bacon, — que les lettres dansaient devant ses yeux, et qu'il ne pouvait suivre le sens de ce qu'il lisait. « L'état, » dit-il , « auquel je me vis ainsi réduit par ma faute était, je le sentis, un état de » dégradation. Pour le moment, j'étais tombé, de mon propre » fait, à un degré d'intelligence bien au-dessous de celui » auquel il m'appartenait d'être placé; et, quoique l'état » dans lequel je me trouvais ne fut pas très-favorable à la » formation de saines résolutions, je n'en résolus pas moins