RESISTANCE AUX TENTATIONS
» dès ce moment de ne pins jamais sacrifier à une coutume » d'ivrogne les facultés qui m'avaient été données pour apn précier les jouissances intellectuelles; et, avec l'aide de s Dieu, je restai fidèle à cette détermination. » De telles décisions sont, pour ainsi dire , les tournants de la route dans la vie de l'homme; car ce sont elles qui, pour l'avenir, déterminent le biais de son caractère et la direction de son activité. Et cet écueil, sur lequel Hugh Miller aurait pu faire naufrage , s'il n'avait pas au bon moment fait usage de toute sa force morale pour s'en éloigner , est un de ceux contre lesquels la jeunesse et même l'âge mûr ont le plus besoin d'être constamment en garde. C'est une des plus viles et des plus funestes, aussi bien que des plus extravagantes tentations auxquelles la jeunesse soit exposée.
Sir Waltcr Scott avait coutume de dire que, « de tous '* les vices , l'ivrognerie est le plus incompatible avec la " grandeur h . Et ce n'est pas tout; car il est tout aussi incompatible avec l'économie, la décence, la santé et l'honnêteté.
Mais pour lutter avec vigueur et succès contre une vicieuse habitude, nous ne devons pas nous contenter de porter tout simplement le combat sur le terrain vulgaire de la prudence mondaine, quoique cela ait son utilité ; nous devons prendre position sur une plus haute élévation morale. Les secours artificiels, tels que les serments, par exemple, peuvent être de quelque utilité; mais l'important est de donner à tous un idéal élevé, et de s'efforcer de fortifier et de purifier les principes aussi bien que de réformer les habitudes. Dans ce but, un jeune homme doit s'étudier lui-même, surveiller ses démarches, et comparer à cet idéal ses pensées et ses actions. Mieux il se connaîtra lui-même, et plus il sera modeste, et moins il aura de confiance dans ses propres forces. Mais l'expérience prouve que la discipline la plus précieuse est celle que l'on acquiert en se privant de petites
satisfactions actuelles pour s'en assurer dans l'avenir de plus grandes et de plus hautes. C'est là ce qu'il y a déplus noble dans l'éducation qu'on se donne à soi-même : car « la gloire » véritable provient de cette conquête silencieuse de soi- « même, sans laquelle le conquérant n'est que le premier » des esclaves » .
Nombre de livres pour le peuple ont été écrits dans le seul but de communiquer au public le grand secret de faire de l'argent. Mais ce secret n'en est point un, comme le prouvent abondamment les proverbes de toutes les nations.
— Prenez soin des pet /les sommes, les grosses prendront soin d'elles-mêmes ; — La vigilance est la mère du bonheur ; — // n'y a pas de profit sans peine; — Pas de labeur , pas de douceur; — Travaille, et tu posséderas ; — Tout rient à point à qui sait attendre ; — Mieux vaut se coucher sans souper que se lever endetté : tels sont quelques-uns des spécimens de cette philosophie proverbiale qui résume pour nous L'expérience des siècles sur les meilleurs moyens de faire fortune dans le monde. Ces proverbes avaient cours parmi le peuple longtemps avant que l'art d'écrire eût été inventé, et ils furent, avec les autres proverbes, les premiers codes de morale populaire. En outre, ils ont subi l'épreuve du temps , et l'expérience de chaque jour témoigne de leur exactitude, de leur force et de leur justesse. Pour tout ce qui tient à la puissance du travail et au bon ou au mauvais usage de l'argent, les proverbes de Salomon sont pleins de sagesse :
— Celui qui se relâche dans son ouvrage est frère de celui qui dissipe ce qu'il a. — l'a, paresseux, vers la fourmi, regarde ses voies et deviens sage. — La pauvreté, dit-il, fondra sur le paresseux comme un passant, et la disette comme un homme armé; mais de l'industrieux il dit : La main des diligents enrichit. — V avaient de vin et le gourmand seront appauvris, et le long dormir fait qu'on porte des robes déchirées. — As-tu vu un homme habilr dans son travail? il
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sera au service des rois. — Et enfin , combien vaut-il mieux acquérir de la sagesse que de l'or fin ? car la sagesse est plus précieuse que les perles, et toutes les choses désirables ne la valent pas.
Le travail et l'économie suffiraient presque à eux seuls à taire à une personne de moyens ordinaires une position relativement indépendante. Un ouvrier même peut s'élever à celte position, s'il prend soin d'économiser ses ressources et de fermer les issues aux dépenses inutiles. Un sou est sans doute bien peu de chose ; cependant le bien-être de milliers de familles dépend uniquement de la manière dont ce peu de chose se dépense ou s'économise : si un homme laisse les quelques sous qu'il a gagnés à la sueur de son front lui glisser entre les doigts, au cabaret ou ailleurs, il s'apercevra bientôt que sa vie est de bien peu supérieure à celle d'une simple bète de somme; mais, d'uu autre côté, s'il prend soin de ces quelques sous, s'il les utilise semaine par semaine, soit en payant sa contribution à une société de secours ou d'assurances , soit en en mettant une partie à la caisse d'épargne et en confiant le reste à sa femme pour les besoins de la maison et l'éducation des enfants, il ne tardera pas à s'apercevoir que l'attention donnée aux petites choses l'indemnise et au delà de ses peines par l'augmentation des ressources qu'elle met à sa disposition , par l'accroissement de bien-être qu'elle procure à tous les siens , et par la liberté et la tranquillité d'esprit quelle lui donne en l'affranchissant de la crainte du lendemain. Si un ouvrier a une généreuse ambition et une vigoureuse intelligence, richesses infiniment plus précieuses que toutes les possessions matérielles, il peut non-seulement s'aider lui-même, mais être d'un grand secours à ceux qu'il rencontre en son chemin.
L'honneur, et non la honte, s'attache à tout travail honnête , que ce travail soit la culture du sol , la fabrication des outils, la manufacture des tissus ou la vente des produits
derrière un comptoir. Un jeune homme peut vivre le mètre à la main, occupé à mesurer du ruban, et il n'y a aucun déshonneur à cela, à moins que ce jeune homme ne permette pas à son esprit de s'élever au-dessus du mètre et du ruban, c'est-à-dire à moins qu'il n'ait l'esprit aussi court que l'un et aussi étroit que L'autre. « Que ceux-là rougissent, » disait Fuller, « qui n'ont aucun métier honnête, et non » point ceux qui en ont un. » Et l'évèque Hall disait aussi : « Heureuse la destinée de tous ceux qui travaillent, soit » de l'esprit, soit du corps! » Ceux qui sont sortis des derniers rangs devraient en effet être fiera plutôt que honteux des difficultés qu'ils ont eu à surmonter : manœuvre debout est plus grand que noble à genoux. Un président américain , à qui on demandait quelles étaient ses armoiries, se souvenant qu'il avait été bûcheron dans sa jeunesse, répondit : « Une paire de manches de chemise retroussées. » Lord Tenlerden, grand chancelier d'Angleterre, était fier de pouvoir montrer à son fils la boutique dans laquelle son père avait fait la barbe pour deux sous. Un docteur français s'élant permis un jour de railler Fléchicr, évèque de Nimes, qui, dans sa jeunesse, avait été fabricant de chandelles, sur la bassesse de son origine, Ulécbicr répondit : « 11 est i) vrai, mais si vous étiez né dans la même condition que » moi, vous seriez encore fabricant de chandelles. »
Rien n'est plus commun que l'énergie employée à gagner de l'argent indépendamment de tout objet plus élevé que son accumulation même. Un homme qui se consacre corps et âme à celte poursuite ne peut guère manquer de devenir riche; peu de cervelle y sufGt : dépensez tout simplement moins que vous ne gagnez, mettez sou sur sou, rognez et économisez, et peu à peu la pile d'écus s'élèvera. Le grand banquier parisien Ostcruald fut longtemps pauvre. 11 avait l'habitude de boire tous les soirs une pinte de bière à son souper, qu'il prenait à certaine taverne; et tous les