QUELLE PRÉSENTE
» Tout homme reçoit deux sortes d'éducation , l'une qui lui est donnée parles autres, et l'autre , beaucoup plus importante , qu'il se donne à lui-même. » (Gmuo\.)
« C'est des difficultés que naissent les miracles. » (L.IBRUïKHB.)
L'éducation que nous nous donnons à nous-mêmes comprend la culture ou le développement de toutes les facultés de notre nature, physique, morale et intellectuelle. Il faut donc que chacune de ces facultés soit développée et que chacune, d'un autre côté, cède quelque chose du sien au besoin de développement des autres. Si en effet on cultive exclusivement les forces physiques d'un homme , on obtient un athlète ou un sauvage ; les forces morales , un enthousiaste ou un maniaque; les forces intellectuelles, une originalité maladive, un monstre peut-être. Si l'on veut un homme complet , il faut avoir bien soin qu'une harmonie parfaite préside à la culture que l'on donne à. ces trois ordres de facultés.
Les anciens attachaient une grande importance à l'éducation physique , et un esprit sain dans un corps sain était le but qu'ils avaient sans cesse en vue dans leurs meilleurs établissements d'éducation. Les instituteurs grecs étaient des péripatéticiens, pour qui c'était un article de foi que les jeunes gens n'avaient besoin de savoir que ce qu'ils pouvaient apprendre en marchant. Les Anglais de la vieille école partageaient
cette manière de voir, et ils lui avaient donné pour expression cette maxime : Aux champs en élc, à l'élude en hiver. Milton se représente lui-même comme sur pied dès le matin, — « en hiver, avant que la cloche ait appelé l'homme au travail n ou à la prière, en été, aussitôt que l'oiseau le plus matinal » ou peu d'instants après lui, pour lire ou se faire lire de « bons auteurs jusqu'à ce que l'attention soit suffisamment •i préparée ou l;i mémoire suffisamment chargée, et rendre » ensuite, au moyen d'un travail lucide et généreux, excel- » lent pour conserver la santé cl la vigueur corporelle, non pas une obéissance passive et grossière, mais une obéis- » sance active et joyeuse à l'esprit, à la cause de la reli- » gion et de la liberté de son pays » .
De nos jours, l'éducation est devenue trop exclusivement intellectuelle, et la santé du corps en a pàti. Le cerveau étant cultivé aux dépens des membres, l'appétit physique est d'ordinaire en raison inverse de l'appétit intellectuel. De cet oubli des conditions de la vie physique et de ce défaut d'exercice des organes corporels, il n'y a pas que la santé qui souffre : l'esprit lui-même tombe dans un état de maladie et de marasme, la poursuite de la science est entravée, cl la nature humaine, flétrie el rabougrie, s'arrête dans son développement. C'est peut-être à ce manque d'exercice physique que l'on doit de trouver parmi les gens qui se dévouent à l'étude une tendance si fréquente au méconlenlement, au chagrin, à l'inaction cl à la rêverie, tendance qui se trahit par un mépris prématuré pour la vie réelle et une aversion pour tout chemin battu qui ont produit, en Angleterre, le Hyronisme, et, en Allemagne, le U'ertherisme. .Le docteur Channing a observé aussi le même phénomène en Amérique; ce qui l'a conduit à signaler ce fait, « qu'un » grand nombre de jeunes gens s'élèvent en réalité à l'é- » cole du désespoir » . Il n'y a qu'un remède à cette espèce de chlorose morale ; c'est une abondance d'exercice phy-