‹ Selma drame en un acte et en versChapitre 27 sur 31 · SCÈNE X · texte numérisé non relu

SCÈNE X

Et que, pour t’en guérir, réduite à s’observer.

Des baisers d’Ismaél elle a dû se priver.

NADIR

J’ai vu cette contrainte et cette méfiance.

Que semblait à ta fille imposer ma présence.

Mais j’ai surpris aussi scs secrets sentiments Dans ces baisers furtifs, ces longs embrassements, Qu’on ne prodigue point au fils d’une étrangère.

SELHA.

Ah I pour lui prodiguer les baisers d’une mère, Avais-je donc besoin de l’avoir mis au jour?

Qui donc n’éprouverait ce maternel amour Pour un être innocent que le ciel nous confie.

Qui périrait sans nous sur le seuil de la vie.

Dont, pour prix de nos soins, nous recueillons plus tard Et le premier sourire et le premier regard.

Lorsque dans ses accès de plaisir ou de crainte.

De sa main caressante on sent la douce étreinte; Quand on a soutenu, guidé ses premiers pas.

Qu’on l’a cent et cent fois endormi dans ses bras, Quand nous avons enfin, d’une âme prévoyante.

Dirigé les progrès de sa raison naissante.

Et fait germer en lui les sentiments d’honneur.

Que rien jusqu’à ce jour n’altéra dans mon cœur?

NADIR

Oh ! parle, parle encor. Ta voix enchanteresse Réveille dans le mien le remords, la tendresse.

Ta candeur en bannit le trouble et le soupçon ;

Mais ce n’est qu’un moment, un éclair de raison.

38 SELMA

Connais-moi tout entier... Avec la solitude De ce cœur ombrageux renaît l’incertitude.

J’avoue en rougissant que, vingt fois sur ton sein,

Le poignard dans la nuit a tremblé dans ma main.

ISHAEL.

Ma mère I il me fait peur.

NADIR

J’ai voulu me soustraire Aux criminels conseils d’une aveugle colère.

Pour te sauver de moi, pour te rendre la paix,

J’ai voulu de ces lieux m’exiler pour jamais...

SELUÀ.

La paix 1 sans toi I Mon père I Ah ! c’est vous que j’atteste ; Dites-lui quels chagrins son absence funeste...

NADIR

J’y crois, et cependant je ne puis demeurer.

SELUA.

Non, quand sous ton poignard je devrais expirer,

Il faut que ton tourment, que le nôtre finisse.

Forte de ma vertu, j’espère en ta justice.

ACHBAR.

Devant ces étrangers, sachez vous contenir.

NADIR, à part.

Ah I Fathmé tient parole et tout va s’éclaircir.

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