SCENE PREMIERE
MisTRiss FORWARD, JENNY.
( Elles sortent dit pavillon à droite),
MISTRISS FORWARD
Non , Miss ; je ne veux point que , toujours solitaire , Avec un sot roman vous <;Jierchuz le mystère. Quoi ! d'ennoblu- vos goûts n'e»t-il donc nul moyen ? Vous lisez, vous pkuiiz comme les gens de rien j Vous, Jenny, vous, ma nièce ?
JENNY
Eh! laissez-moi, matante, Charmer par ces écrits les longueurs de l'attente. Une autre voudrait voir celte gr.aide cité j Je suis fiile, et n'ai point de curiosité.
MISTRISS FORWARD
Vous n'avez que malice et caprice dans l'âme.
JfiNNY.
Encor par quelque trait faut-ii que je sois femme.
MJSTRISS FORWARD.
Votre tête....
JENNY
Ôli î voilk votre refrein fatal ; Ma tête.... Mais chacun n'en juge pas si mal.
MISTRISS FORWARD
J'ai passé, quand j'éta:s votre unique compagne.
Vos petits airs «^ouwjiun. , vostraveis lie campagne. ,
Vous entrez dans le monde où le- bourgeois ont tort j
Il vous faudra de Ion changer avec le sort.
Votr<^ père n'est pl;i;> ^ il vous a peu connue ,
Mais du moins sa boijté s'est de vous souvenue.
Il vous laisse uue dot . tt , je crois , de gr^ncis biens j
Un parent , qui lui tmtpar les plus forts liens ,
Un lord, doit accomplir ses vœux testamentaires ;
J'ai fait , pour le trouver , tous les pas nécessaires;
Il est à Londre , et peut , par tel événement ,
Nous remettre en état de vivre noblement.
JENNY
Ces intérêts réglés, gagnons notre retraite.
MTSTRIS8 FORWARÏ).
Ce n'est point mon dessein. Une allaire se traite ; Ce prirent , qui d'un père a tous Jes droits sur vous, Doit vous voir , et vous est destiné pour époux. Je n'imagine pas quVn voire solitude , Près de vous enterré....
JENNY
Ce sort n'est pas si rude.
Mais , ma tante , aurait-on disposé de ma main ?
MISTRISS FORWARD
Votre père.
Il a pu , par un ordre inhumain , M'obliger de former des noeuds que je déteste ?
MISTRISS FORWARD
Pourquoi les détester ? Selmours , jeune et modeste , Est un aimable riche , un seigneur plein d'esprit.
JENNY
Ces phénomènes-là sont beaux , sans contredit ; Mais il n'est qu'un objet où mon cœur s'intéresse, Et de ce cœur enfin je ne suis pas maîtresse.
MISTRISS FORWARD
Je vous entends. Robert , sir Robert , n'est-ce paa. Vous tourne la cervelle et meurt pour vos appas. Savez-vous à quel point vous êtes ridicule ? Savez-vous , pauvre miss , que l'amour qui vous brûiô Pour un jeune écolier entrevu dans Oxfbrt , Et je ne sais comment ; qui vous aime bien fort, Et je ne sais pourquoi ; qui veut en téméraire Vous obtenir de moi sans l'aveu de son père > Est le plus sot calcul et la plus folle erreur?...
JENNY
Ma tante....
MISTRISS FORWARD
Onbliez-là cette frivole ardeur.
Je vois un sort brillant qui pour nous se prépare 5 Je ne souffrirai point que votre choix s'égare. Sortons de cet état qui pèse à ma fierté ; La fortune sourit : passons de son côté.
JENNY
Vendre un cœur à l'hymen est un calcul commode j Mais l'usage , ma tante , en a passé de mode.
MISTRISS FORWARD
Plaît-il ?
JENNY
Je vous respecte et vous chéris ; mais quoi , Ce sacrifice horrible est au-dessus de moi !
MISTRISS FORWARD
Fort bien. Disposez-vous, ma chère , avec prudence A suivre les leçons de mon expérience.
Je rentre pour veiller h vos seuls intérêts. Vous savt z si je souffre obstacle à mes projets : A recevoir Selinours soyez donc préparée.