PREFACE. VII
Celte gloire de naturalisation , Mozart est mort trop jeune pour en jouir, comme avant lui Gluck, Piccini etSacchîni, comme de nos jours Rossini et Mever-Beer. Certes , il serait bizarre , aujourd'hui qu'on en est venu enfin à la juste appréciation du génie sans aucune prévention de nationalité , que notre grand Opéra ne s'ouvrit pas à Mozart, comme le Louvre s'est ouvert à Raphaël, comme le théâtre français à Shakespeare.
Le temps des imitations est passé; il faut inventer ou traduire. — C'est Don Juan qui paraît sur notre scène, libre dans son allure , dépouillé de tous les oripeaux dont on l'avait affublé, chantant la note de Mozart, et tel qu'il est sorti du cerveau du grand maître.
La division en cinq actes , devenue aujourd'hui
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presque indispensable dans toute grande composition musicale, pourra d'abord sembler étrange à propos d'une œuvre écrite en deux actes , il y a cinquante ans. Mais, qui voudra examiner attentivement l'ordre et le style des morceaux de musique et les situations où ils sont placés , ainsi que la marche générale de l'action , reconnaîtra que sous cette forme compacte, adoptée en Italie, il en existe une autre plus svelte et mieux proportionnée, et que les deux actes si pleins du Don Juan se brisent d'eux-mêmes en quatre parties, et cela sans rien perdre de leur unité première. Quant à la partie ajoutée pour compléter la division en cinq actes, la musique s'en^rouve dans Tappendice de la partition allemande. Avec quelques uns de ces fragmens peu connus , on a composé les premières scènes du quatrième acte , qui du reste se termine parle Duo dans l'Enceinte du Commandeur. — Dans cet Appendice, tous les personnages reparaissent après la catastrophe, et viennent s'entretenir de projets d'amour ou de désespoir. Mais que peut-on écouter après la mort et la damnation de Don Juan? Aussi, cette espèce d'épilogue a-t-elle été supprimée sur les théâtres même de l'Allemagne. Toutefois l'esprit des spectateurs n'est pas satisfait, puisqu^il ignore ce que sont devenus les plus intéressans per-
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sonnages. C'est pour obvier à ce double inconvénient et tâcher de tout concilier, que Ton a transporté au quatrième acte quelques situations de cet épilogue^, qui jetteront de la clarté sur le nouveau dénouement.
Le texte de Mozart n'a subi aucun changement. Tel il est exécuté dans les grandes villes d'Allemagne et d'Italie, tel il va l'être au grand Opéra de Paris, avec le concours de ces imposantes masses d'harmonie, que les artistes appelaient depuis long-temps à l'aide d'un pareil chef-d'œuvre^ et environné de tous les prestiges qui peuvent faire à cette musique-reine, uu cortège digne d'elle. Le respect dû à la mémoire de l'illustre maître , n'a pas été un instant oublié dans la mise en scèneduZ)o7i/i^<27zfrançais. On s'est interdit la moindre altération comme un sacrilège; au point que tous les récitatifs parlés ont été mainte^ nus au piano , comme ils sont écrits dans T original j quoique cette bonne coutume des Italiens et des AU lemands soit pour nous encore une innovation. L'art et le plaisir gagneraient à l'adoption de cette méthode. En effet, lorsqu'après un dialogue intime et familier, soutenu par l'accord d'un seul instrument, l'orchestre entonne à pleine voix sa ritournelle , le chant se détache plus glorieux et plus magnifique de ce fond