X PREFACE
simple et léger. Ce sont de beaux vers d'inspiration ^ .sonores et cadencés comme ceux de l'ancienne école, qui jaillissent d'une scène écrite dans un rhythme jeune et vif, affranchi de la césure et tout indépendant. C'est le poétique adieu du Maure à ses drapeaux, qui monte noble et pur au milieu des ironies incisives et des périodes brisées d'Iago. Le récitatif con tinuellement or^^e^^re alonge et alourdit un opéra, et il étouffe les paroles du dialogue qui doivent au moins servir à poser clairement les situations musicales. D'ailleurs, Mozart en procédant comme il a fait, s^est conformé au système des grands compositeurs qui l'ont précédé; et Rossini,de nos jours,a suivi l'exemple de Mozart. Qui pourrait dire que de pareils maîtres n'ont pas eu conscience de ce qu'ils faisaient? et que diraient-ils eux-mêmes, s'ils s'entendaient reprocher des contrastes comme des dissonances , et des choses étudiées comme des négligences ou des distractions ?
Cependant Mozart est loin de bannir le grand récitatif, mais il ne le prodigue pas. Il le réserve comme un moyen puissant dont il se servira dans l'occasion. — La fille reconnaît dans la nuit son père assassiné; sa douleur se répand, sa furie éclate, la situation devient solennelle et terrible : Mozart laisse le piano
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et commande l'orchestre , et vous avez le premier récitatif d'Anna. Plus tard , Anna découvre l'assassin, et le désigne à la vengeance d'Otlavio; mêmes transports, même élévation, même récitatif". Mozart avait trop profondément marqué les différences et les limites de ces deux natures de récitatifs, pour qu'on ne s'attachât pomt à suivre avec scrupule les indications de sa pensée dans la partie ajoutée au Don Giovanni du théâtre italien. C'est ainsi que les développemens de quelques situations dramatiques ont exigé de nouveaux récits^ dont l'intercalation ne sera pas critiquée, puisqu'ils sont tous empruntés aux différens motifs de l'ouvrage. Par exemple , le récit d'Anna au quatrième acte n'est autre chose qu'un écho deV introduction-^ comme celui de Bertram dans le cinquième acte de l'opéra de Meyer-Beer.
Certes, si Mozart avait conduit les répétitions de son Don Juan français, il n'aurait pas été remuer ses diverses partitions, pour y chercher les airs de danse, les entr'actes, les chœurs, les marches et tous les accessoires que ne comportaient pas les formes lyriques et les ressources théâtrales de son temps. La tête de cet homme était assez fertile pour enrichir^ de nouvelles beautés musicales , cette merveille déjà si complète. Mais le vainqueur manque à son triomphe,