PREFACE. XV
poir ; des cheveux dont les noirs anneaux , volent sur le cou brun d'une Andalouse; ce blanc négligé qui recouvre et trahit à la fois des charmes qu'on ne vit jamais sans danger. Encore soulevé par l'émotion , son sein s'abaisse et s'élève violemment. Et quelle voix î écoutez-la chanter : Non sperar se non m'itccidi. — A travers le tumulte des instrumens s'échappent comme par éclairs, les accens infernaux; en vain don Juan cherche à se débarrasser. Le veut-il donc? pourquoi ne repousse -t- il pas d'une main puissante cette faible femme? pourquoi ne prend-il pas la fuite? le crime qu'il vient de commettre a-t-il brisé ses forces , ou le combat que se livrent en lui l'amour et la haine , lui ravit-il son courage? — Le vieux père a payé de sa vie la folie qu'il a commise de combattre dans la nuit ce terrible adversaire. Don Juan et Leporello s'avancent ensemble sur le devant de la scène. Don Juan se débarrasse de son manteau , et reste en costume de satin rouge richement brodé. Une noble et vigoureuse stature! Son visage est mâle , ses yeux perçans, ses lèvres mollement arrondies; le singulier jeu des muscles de son front lui donne une expression diabolique^ qui excite une légère terreur, sans affaiblir la beauté de ses traits. On dirait qu'il peut exercer la magie de la fascina-