PREFACE. XIX
lequel je crus voir se refléchir ma figure stupide. Je sentis la nécessité de lui parler, et cependant la surprise, je dirai presque l'effroi, appesantissaient ma langue et la rendaient immobile. Enfin, ces mots s'échappèrent involontairement : comment se fait-il, madame, que je vous voie ici? Elle me répondit dans le plus pur toscan , que si je ne comprenais pas l'italien, elle se verrait privée du plaisir de causer avec moi , car elle n'entendait et ne parlait que celte langue. Ses mots étaient pleins de douceur et résonnaient comme du chant. En parlant , l'expression de ses yeux, d'un bleu foncé, prenait plus de force , et chaque regard qui s'en échappait , faisait battre mes artères. C'était dona Anna, sans nul doute. Il ne me vint pas à la pensée de discuter la possibilité de sa double présence, dans la salle et sur la scène. Avec quel plaisir je rapporterais l'entretien qui eut lieu entre la signora et moi, mais, en traduisant, chaque mot me semble raide et pâle, chaque phrase trop alourdie^ pour rendre la grâce et la légèreté de l'idiome toscan.
(( Tandis qu'elle parlait de don Juan et de son rôle , il me semblait que tous les trésors secrets de ce chef-d'œuvre s'ouvraient à moi, et (jue je pénétrais pour la première fois dans un monde étranger