‹ Selmours de FlorianChapitre 41 sur 120 · PREFACE · texte numérisé non relu

PREFACE

Elle me dit que la musique était sa vie entière, et que souvent elle croyait comprendre, en chantant, mainte chose qui gisait ignorée en son cœur.

« — Oui , je comprends tout alors, dit-elle, l'œil étincelant et la voix animée; mais tout reste froid et mort autour de moi, et lorsque au lieu de me sentir, de me deviner, on m'applaudit pour une roulade difficile, ou pour une agvéshlejioritura, il me semble qu'une main de fer vienne comprimer mon cœur î — Mais vous, vous me comprenez, car je sais que || l'empire de l'imagination et du merveilleux, où se trouvent les sensations célestes, vous est ouvert aussi !

» — Quoi! femme divine!... tu... vous connaissez ?... »

(( Elle sourit, et prononça mon nom.

(( La clochette du théâtre retentit : une pâleur rapide décolora le visage dépouillé de fard de dona Anna; elle porta la main à son cœur^ comme si elle eût éprouvé une douleur subite, et disant d'une voix éteinte : « Pauvre Anna, voici tes momens les plus terribles », elle disparut de la loge. j

« Le premier acte m'avait ravi; mais après* ce^niiraculeux incident, la musique opéra sur moi un effet bien autrement puissant : c'était comme l'accomplis-

PRriFACE. XXI

sèment long-temps attendu de mes pressentimens les plus secrets. Dans la scène de dona Anna, je me sentis soulevé par une voluptueuse atmosphère qui me balançait légèrement ; mes yeux se fermaient maigre moi, et j'éprouvais comme la sensation d'un baiser sur mes lèvres; mais ce baiser avait toute la ténuité et la durée du son le plus harmonieux. — Le finale : Gia la mensa èpreparata! s'exécuta avec lagaîté la plus désordonnée. Don Juan était assis et coquetait entre les deux jeunes filles, faisant sauter les bouchons les uns après les autres , et donnant libre essor aux esprits impétueux qui frémissaient de leur joug. C'était dans une chambre peu profonde, terminée par une haute fenêtre gothique^ à travers laquelle on apercevait la nuit. Déjà, tandis qu'EIvire rappelait à l'infidèle tous ses sermens, on vovait les éclairs traverser le ciel^ et on entendait l'approche sourde de l'orage. Enfin , on frappa violemment. Elvire, les jeunes filles s'enfuirent, et au milieu des accords effroyables des esprits infernaux, s'avança le colosse de pierre , auprès duquel don Juan semblait un pygmée. Le sol tremblait sous les pas tonnans du géant. — Don Juan prononça à travers la tempête^ le tonnerre et les affreux hurlemens des démons, son terrible no ! et l'heure de l'anéantissement est ar-

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