‹ Selmours de FlorianChapitre 42 sur 120 · XXII PREFACE · texte numérisé non relu

XXII PREFACE

rivée. La statue disparaît, une épaisse vapeur remplit la salle; elle se dissipe, et laisse voir des figures épouvantables. Don Juan se démène au milieu des tourmens de l'enfer, et on ne l'aperçoit plus que de temps en temps parmi les démons. Tout k coup une explosion effrayante. — Don Juan , les démons ont disparu, on ignore comment. Leporello est étendu sans mouvement dans un coin de la salle

« On vanta généralement les acteurs et le prestige de leur chant; mais de petites observations sarcastiques ^ jetées çà et là , me prouvèrent qu'aucun des assistans ne soupçonnait même l'intention profonde de l'Opéra des opéras!

(( Maintenant , je suis plus maître de mes sensations, et me trouve en état, mon cher Théodore, de t'indiquer ce que j'ai cru saisir dans l'admirable composition du divin Mozart. — Le poète seul comprend le poète. Les âmes qui ont reçu la consécration dans le temple devinent seules ce qui reste ignoré des profanes. — Si l'on considère le poème de don Juan , sans en chercher la pensée intime, si l'on ne s'attache qu'à la fable qui en fait \e sujet , on

PRÉFACE. xxui

doit à peine comprendre que Mozart ait conçu et composé sur ce motif une pareille musique. Un bon vivant qui aime outre mesure le vin et les filles, qui invite follement à sa table la statue de pierre d'un vieil homme qu'il a tué en défendant sa propre vie!..,. En vérité, il n'y a pas là beaucoup de poésie, et, il faut en convenir, un tel homme ne vaut guère la peine que prennent les puissances infernales de monter sur la terre pour venir se l'approprier. Il ne mérite pas qu'une statue prenne une âme , et descende tout exprès de son cheval de marbre dans le dessein de l'avertir de la colère du ciel; enfin, que la foudre gronde et qu'elle éclate à cause de lui. —

« — Tu peux me croire, Théodore; la nature pourvut don Juan, comme le plus cher de ses enfans, de tout ce qui élève l'homme au-dessus de la foule commune, condamnée à souffrir et à travailler; elle lui prodigua tous les dons qui rapprochent l'humanité de l'essence divine : elle le destina à briller , à vaincre, à dominer. Elle anima d'une organisation magnifique ce corps vigoureux et accompli; elle fit tomber dans cette poitrine une étincelle du feu céleste; il eut une âme profonde^ une intelligence vive et rapide. — Mais c'est une suite effroyable de notre origine, que l'en-'

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