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LES UNIVERSITÉS POPULAIRES

Conférence lors de l’inauguration de l’ Université populaire de Marcinelle, en octobre IÇ04. Complétée et publiée en brochure dans la collection Germinal. Pendant les huit années de son échevinat de V instruction publiq ue à Marcinelle , Jules Destrée donna à VU. P. de Marcinelle une impulsion qui en fit un modèle. Le Bulletin de l’U. P. raconte par le détail activité avec laquelle fut poursuivie cette œuvre d’éducation populaire. Dans toutes les U. P. de la région etdu pays, Jules Destrée fit ainsi d’innombrables conférences de vulgarisation, principalement sur des sujets artistiques et littéraires.

Nous rapprochons de cette conférence la courte préface écrite pour la brochure d’Anne Say : Pays artistes, dans laquelle se trouve affirmée l’une des idées directrices de Jules Destrée dans son organisation des U. P.

Les origines, l’essor et la crise des Universités Populaires

Origine des Universités Populaires

Les Universités Populaires, les U. P. selon l’abréviation familière, sont une création française, toute récente. On peut rattacher leur éclosion à cette formidable agitation des esprits que suscita, chez nos voisins, l’affaire Dreyfus. Un certain nombre de savants, d’écrivains, de professeurs, restés jusque-là en dehors des conflits d’opinion, se prononcèrent énergiquement; et émus de l’indifférence du peuple, ils l’expliquèrent par son ignorance. Si la masse restait insensible à de si criantes injustices, ça ne pouvait être que parce qu’elle ne savait pas, parce qu’on avait oublié de l’éduquer et de l’instruire. Le devoir négligé s’imposait : il fallait aller au Peuple!

Aller au peuple, ce fut pendant quelques années le mot d’ordre des « intellectuels », des salons et des sociétés savantes. On alla au peuple, on le chercha dans les syndicats, dans les Bourses du Travail, pour lui apporter la Science, le faire participer aux jouissances supérieures de l’art. Le peuple fut charmé de voir l’empressement dont il était l’objet, et crut que tous ces intellectuels, comme de nouveaux magiciens, allaient lui révéler des choses étonnantes, le secret des puissances oppressives, que l’injustice allait finir.

Un collaborateur de Pages libres (i), très mêlé à tout ce mouvement, Francis Delaisi, en a résumé la physionomie dans ces lignes amusantes :

...Mais voici l’affaire Dreyfus. Les « intellectuels », les savants, d’autant plus révérés qu’ils s’étaient tenus jusque-là loin des luttes sociales, dans une sereine contemplation, sortent de leurs laboratoires et de leurs salles de cours. Indignés de la trahison de la bourgeoisie dirigeante qui lâche les principes, ils s’adressent au peuple; ils lui donnent rendez-vous dans les Bourses du Travail et les salles des Syndicats. Généreusement, ardemment, ils viennent à l’ouvrier; ils s’offrent à le guider, à l’éclairer, à l’instruire. Alors, ça ne prendra plus les ruses par lesquelles le patron fait tomber dans sa caisse tous les profits de l’effort commun! L’ouvrier, lui aussi, saura ! Il ne sera plus le colosse aveugle que mystifie un nain clairvoyant et malicieux ; mais un homme aux yeux clairs, qui sait ce qu’il peut et ce qu’on lui doit. Et certes la possession d’un pareil secret vaut bien quelques heures de fatigue supplémentaire ajoutée à la lassitude écrasante du jour. « Si l’homme intellectuel est avec nous, me disait en i8g8 un fondateur de Nantes en son rude langage, les bourgeois sont foutus. »

Inutile de signaler qu’il y avait dans tout cela beaucoup d’illusions et de naïveté des deux parts.

Inutile aussi de signaler qu’à côté d’élans de générosité et de confiance également loyale et désintéressée, il y avait pas mal d’éléments moins purs : snobisme de gens du monde, arrivisme d’ambitieux impatients de briller et de parvenir, ou simplement vanités désireuses d’un public...

Les U. P., en ces années de début, jouirent d’une faveur étonnante. Elles se multiplièrent dans Paris (2). Il semble bien qu’elles doivent se rattacher toutes à la Coopération des Idées, petite revue fondée dès 1894 à Paris, par M. Deherme qui, profitant de la situation que je viens de rappeler, lança le ler janvier 1898 un manifeste « pour l’instruction supérieure et l’éducation éthique-sociale du peuple » et, au

(1) Pages Libres, rédacteur en chef, Ch. Guieysse, est, avec les Cahiers de la Quinzaine, rédacteur en chef Péguy, le périodique d'avant-garde qui s’est le plus occupé des U. P. — Je me plais à recommander vivement ces deux excellentes revues, l'une hebdomadaire, l’autre bi-mensuelle. toutes deux à Paris, 8, rue de la Sorbonne.

(2) Sur cette période de débuts et l’histoire des premières U. P. : celle du faubourg Saint- Antoine. les Soirées ouvrières de Montreuil, l'U. P. de Belleville, on pourra consulter deux articles de M“® Dick May, dans la Revue Socialiste (janvier et février); une brochure de M. Jacques Bardoux : La Fondation Universitaire de Belleville (Paris, Alcan, 1901), et un article de M. G. Deherme ; Une tentative d'éducation et d'organisation populaires, Union pour l’action morale (Paris, impasse Ronsin, 6).

mois d’avril suivant, inaugura rue Paul Bert, dans un modeste local, des réunions suivies.

Ce fut dans le journal de M. Deherme qu'en septembre i8g8 parut pour la première fois, en un article anonyme, le nom d’ Université Populaire qui allait avoir une si heureuse fortune.

L’essor

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