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POUR PAUL PASTUR ET A, LANGLOIS

Billet leur adressé le jour de la manifestation organisée en leur honneur à l’Université du travail à Charleroi, le i8 septembre içii.

Ma très ancienne amitié eût voulu vous dire, hier, la part que je prenais à votre joie. Votre œuvre si justement honorée, je l’ai vue naître et grandir. Vous aviez compris que la prospérité industrielle de notre pays, de même que l’émancipation des travailleurs, exigeraient également le développement de l’instruction populaire. Vous aviez compris que l’enseignement technique devait prendre une importance majeure, que ses méthodes devaient être renouvelées, qu’il lui fallait des professeurs, un outillage, des locaux spéciaux.

Idées singulièrement audacieuses il y a vingt ans, presque banales aujourd’hui. Vous avez su les défendre avec une telle ardeur et une telle ténacité qu’elles se sont imposées.

Mais il ne suffit pas d’avoir des idées. Vous avez fait mieux. Vous les avez traduites en faits.

Et tous ceux qui savent la distance qui sépare la théorie de l’action, tous ceux qui savent combien le système le plus logiquement élaboré doit se plier, s’amender, se reviser sans cesse pour se réaliser, tous ceux-là devineront votre labeur vaillant.

Ce ne sont point phrases sonores et déclamations creuses que l’on acclama hier, ce sont des organismes vivants, constitués, installés, fonctionnant avec un magnifique essor. C’est cette poignante Ecole des estropiés, pour laquelle vous avez su découvrir la collaboration insigne d’un docteur Dourlet. C’est cette superbe Université du Travail, pour laquelle, là aussi, vous avez trouvé en Buyse le directeur indispensable. Elles ont été révélées, cette année, à des milliers d’indifférents qui en sont restés confondus d’admiration. On peut dire que les œuvres provinciales ont été l’un des attraits majeurs de l’Exposition de Charleroi.

L’affection de Pastur a bien voulu rappeler que les Arts Anciens du Hainaut en étaient un autre. Il est sans doute, comme moi, profondément heureux d’avoir vu mettre en lumière le glorieux passé, trop ignoré, de notre terre wallonne. Mais je le soupçonne d’être encore charmé de ce que je lui ai découvert un ancêtre éblouissant.

Roger de le Pasture a dit, dans ses oeuvres, son rêve de beauté inspiré de l’amour de Dieu; vous avez dit, mon cher Pastur, dans les vôtres, votre rêve de Justice inspiré de l’amour des hommes. Ainsi, selon les temps, l’amour et la foi peuvent changer d’objet; mais à travers les siècles, ces sentiments généreux restent de même nature ; ils sont les excitateurs de toutes les nobles actions des hommes et les moteurs essentiels de tout ce que nous faisons de meilleur.

Oh! comme vous avez la foi! Comme elle remplissait d’ardeur votre fier discours, claironné comme une proclamation en cette fin de banquet. En vous entendant, en entendant Langlois parler à l’Université du Travail en termes si élevés, je comparais votre manifestation à d’autres que je vis déjà. Souvent pareilles glorifications vont à des hommes chargés d’années dont elles couronnent et terminent la carrière active ; on les embaume dans l’encens des louanges et les bandelettes des compliments; on en fait des momies vénérables.

Avec quelle joie je vous vis, au contraire, n’accepter l’un et l’autre cette exaltation du passé que pour mieux bondir vers de nouvelles taches. Un vers d’Horace chantait dans ma mémoire : Cras ingens iterabimus aequor. Demain, nous reprendrons la mer immense...

Le vaisseau est dans le port, aujourd’hui. Il se balance doucement dans la paix et le charme de ce repos momentané. Des oriflammes de fête s’agitent à sa mâture, le capitaine et le pilote accueillent les vivats des matelots et du peuple accouru sur le rivage. Mais dans ce présent triomphant et souriant, ils ne songent qu’aux expéditions futures.

Demain, nous reprendrons la mer immense. Demain, malgré les vents contraires et les tempêtes, malgré les vagues crachant leur écume au visage, demain nous partirons vers de nouvelles explorations et de nouvelles conquêtes. Il y a tant encore à faire dans cette mer immense...

Cette affirmation de foi agissante, cet élan vers l’avenir, ce turent les caractéristiques de votre journée et c’est ce que je me serais plu à souligner si une consigne rigoureuse n’eût interdit les toasts. Consigne excellente d’ailleurs, puisqu’elle assura à la manifestation une parfaite ordonnance et que nulle parole n’eût pu être assez éloquente pour dire totalement la cordiale admiration des assistants unanimes.

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