‹ Séméiologie des Hémorragies Spontanées de l'OreilleChapitre 38 sur 56 · OÙ · texte numérisé non relu

OÙ

ragique peut, dans certains cas, se propager à la membrane du tympan. On constate en effet, outre une bosse sanguine de la paroi antérieure du conduit, une phlyctène noirâtre, facilement saignante, occupant le segment postérieur du tympan.

Nous ne pensons pas que l'otite externe aiguë puisse donner lieu à des hémorragies, car elle ne détermine généralement que de l’hyperémie du conduit, qui présente simplement une rougeur vive et un gonflement assez accusé.

Si cependant l’inflammation se propage à la membrane du tympan, et qu’elle en détermine la perforation, il peut se produire une-petite hémorragie, mais c’est là le fait de la rupture et non de l’otite.

L'otite syphilitique, décrite par Ladreit de Lacharrière (1), est un accident de la période secondaire qui, en général, ne donne lieu à aucune hémorragie,

Mais il n’en est pas de même de certaines autres lésions de nature syphilitique portant sur le conduit, telles que plaques muqueuses, condylômes, ulcérations. On conçoit très bien en effet que ces différentes altérations puissent à un moment donné être le point de départ d’un écoulement de sang.

Ces localisations syphilitiques sont trés rares et nous n'avons pu en relever aucune observation se rapportant à notre sujet.

$ IT, Ofite externe chronique.

L'otite externe chronique peut succéder à l'otite externe aiguë, mais le plus souvent elle survient d'emblée chez des scrofuleux ou chez des herpétiques. Elle revêt deux formes : la forme humide et la forme sèche.

(1) E. Kirmisson, Manuel de pathol. externe, p. 442,

La GUESS

. Dans la forme humide, l’otite externe chronique est susceptible de donner lieu à quelques petites hémorragies causées par les ulcérations que peut présenter cette otite. Dans cette forme, la sécrétion du pus est abondante et parfois très fétide ; elle est tantôt épaisse et verdâtre, tantôt séreuse et grisätre.

C'est à la présence de ce pus dont les parois du conduit sont imprégnées que sont dues les ulcérations qui, avons-nous dit, peuvent donner issue à un peu de sang.

D'autre part, dans les otites externes chroniques, se rencontrant chez des sujets débiles, lymphatiques ou strumeux, on voit souvent dans le fond du conduit des granulations rougeûtres, très vasculaires, saignant facilement et au moinuüre contact; elles donnent lieu parfois à des hémorragies assez abondantes, comme en témoigne le cas de Triquet (1) où un étudiant avait perdu en une seule fois-un verre et demi de sang.

Nous pouvons rattacher à ce chapitre l’inflammation catarrhale chronique du iméat dermoïde (2), qui peut occasionner un écoulement de sang quand l'affection dure déjà depuis très longtemps et surtout quand, en même temps, il existe un polype.

Cette inflammation chronique du méat dermoïde se rencontre principalement chez les enfants où elle est quelquefois consécutive à la rougeole et à la scarlatine.

Elle débute généralement par une démangeaison de l'oreille, quelquefois même par un écoulement. Le derme du conduit est hypertrophié au point de l'obstruer dans quelque cas. Le produit de secrétion est blanc laiteux; il ne renferme que du mucus, à moins toutefois qu'il existe un polype et alors le mucus est mélangé de sang.

(1) Triquet, Leçons clin., 2e partie, p. 135. (2) Toynbee, Maladies de l'oreille, p. 82.

ON

B. Hémorragies consécutives à des tumeurs.

8 I. Polypes du conduit.

De toutes les causes qui produisent des hémorragies spontanées de l'oreille, la plus fréquente est certainement le polype. Aussi Urbantschitsch (1) recommande-t-il de toujours regarder s’il n’y a pas de polypes dans l'oreille quand on se trouve en présence d’une otorragie.

Les polypes de l'oreille sont des tumeurs bénignes, pédiculées, vasculaires, molles et saignantes ou bien dures et brillantes.

Ils ont été divisés de différentes façons suivant les auteurs. Ainsi Gellé les divise suivant leur structure en :

polypes muqueux polypes fibreux

et myxomes.

Toynbee les divise en :

polypes cellulaires framboisés polypes fibro-gélatineux polypes cellulo-globuleux

Pour Urbantschitsch il y à :

les polypes muqueux les fibromes

et les myômes

De l’avis de tous les auteurs, ce sont les polypes muqueux les plus fréquents.

(1) Urbantschitsch, Traité des maladies de l'oreille, 9 Ysambert,

Ra

Les polypes de l'oreille s’observent à tout âge et ils se rencontreraient plus souvent chez l'homme que chez la femme (Urbantschitsch) (1).

D'après de Trœltsch (2), les polypes apparaissent rarement dans le conduit auditif externe, et quand ils y apparaissent, c’est au pourtour de la membrane du tympan. Leur lieu d’élection est la muqueuse de la caisse et de la partie supérieure de la trompe.

Dans le conduit, ils s'insèrent un peu partout, mais leur siège de prédilection est sa moitié interne (Toynbee).

Ces tumeurs reconnaissent pour cause principale un écoulement purulent chronique, alors que d'autre part nous savons qu’elles entretiennent la suppuration...….!

La surface des polypes est unie quand 1l s’agit de polypes fibreux, mais dans les polypes muqueux elle présente des sillons profonds et des lobes. Par là pression des parois du conduit, ces sillons peuvent s’effacer et la surface devenir unie, alors qu'ordinairement elle est framboisée.

Leur volume est variable et leur marche lente ; quelquefois, ils arrivent à obstruer le conduit et à venir faire saillie à son orifice.

Nous avons dit que les polypes étaient des tumeurs pédiculées. Or, ce pédicule est très variable, comme longueur et comme largeur. Il est simple ou ramifié; dans ce dernier cas, chaque branche supporte une tête. Il arrive, quelquefois, qu'un seul polype naît de plusieurs branches.

A l'examen otoscopique d’un malade qui a un polype du conduit, on voit une tumeur rouge sombre, molle, dépressible,

(1) Kirmisson, Pathologie externe, p. 446.

(2) De Trœltsch, Traité prat. des maladies de l'oreille, p. 460.

he

indolore même à la pression, saignant au moindre contact, et oblitérant plus ou moins le conduit.

Pour être certain que la tumeur est pédiculée, et qu’elle prend bien son point d'implantation sur les parois du conduit, il faut, à l’aide d’un stylet, rechercher le pédicule et le suivre jusqu’au point où il prend racine. C’est là une pratique qui n’est pas toujours facile.

Il arrive, quelquefois, qu’un polype de la caisse vient à travers la membrane du tympan faire une saillie considérable dans le conduit, au point d’obstruer complètement le méat.

On conçoit combien il est difficile, dans ces cas là, d’aller à la recherche du pédicule, et de savoir si on a affaire à un polype de la caisse, de la membrane du tympan, ou du conduit. Nous relaterons plus loin une observation de Triquet, où il s’agit d’un cas de ce genre.

Le malade qui a un polype de l'oreille de grosseur moyenne, c'est-à-dire n’obstruant le conduit qu’à demi, présente, comme symptômes habituels, un écoulement purulent, des hémorragies fréquentes, des bourdonnements d'oreille, des vertiges et de la surdité.

Si le polype devient plus volumineux, et obstrue entièrement le méat, il s'oppose à la sortie du pus, et on peut voir survenir des phénomènes nerveux réflexes. Ainsi Duplay (1) a vu chez une jeune fille une hémiplégie faciale qui disparut par l’ablation du polype.

Schwartze et Hillairet (2) ont observé des phénomènes de même ordre qui disparurent également par l’ablation de la tumeur.

(1) Kirmisson, in Path. ext., p. 44T.

(2) Kirmisson, loc. cit.

er cr

Nous avons dit que les polypes de l'oreille donnaient souvent lisu à des hémorragies? mais comment se produisentelles ?

Ces hémorragies se produisent de deux façons : ou elles sont spontanées, ou elles sont provoquées.

Elles sont spontanées chez certaines femmes où elles se produisent régulièrement au moment des règles ou au moment de la ménopause (Gellé).

Chez d’autres, elles sont supplémentaires des règles et se produisent dans les intervalles (Rossi).

Elles sont provoquées, par l'exploration du polype avec un stylet, par le contact d’une boulette d'ouate, par un effort quelconque : dans le fait de se moucher, d'éternuer, de tousser, etc.

La vascularisation très grande de la tumeur, dont les capillaires ont une largeur considérable et des parois minces, explique l'écoulement de sang si fréquent au moindre attouchement ou au moindre effort.

Si, en général, les hémorragies produites par les polypes sont insignifiantes, il est des cas où il n’en est pas toujours ainsi et où la quantité de sang perdue entraîne la syncope du malade, comme cela se produisit dans l'observation suivante :

Page 1