‹ Séméiologie des Hémorragies Spontanées de l'OreilleChapitre 41 sur 56 · HÉMORRAGIES CONSÉCUTIVES AUX AFFECTIONS DE LA MEMBRANE DU TYMPAN · texte numérisé non relu

HÉMORRAGIES CONSÉCUTIVES AUX AFFECTIONS DE LA MEMBRANE DU TYMPAN

À. — Lésions inflammatoires.

S [. Myringite aiguë.

L'inflammation de la membrane du tympan est susceptible de donner lieu à des hémorragies, et cela en dehors de tout traumatisme.

L’'hémorragie peut être interstitielle et ne se manifeste alors que par la présence d’ecchymoses sur le tympan. Ou bien elle est plus importante et donne lieu à un écoulement de sang par le conduit auditif externe.

La myringite aiguë succède le plus souvent aux inflammations diffuses du conduit auditif externe ou à celles de l'oreille moyenne.

La myringite primitive peut cependant être observée; elle reconnaît alors pour cause l’action directe du froid, soit que l'oreille ait été exposée aux courants d'air, soit qu'un liquide

froid ait pénétré dans le conduit.

10 Ysambert,.

BPOTARES

Cette affection, pour de Troeltsch, débute brusquement, et souvent au milieu de la nuit, par des douleurs vives, térébrantes et lancinantes accompagnées de bourdonnements violents.

La membrane tympanique est fortement injectée et présente parfois des ecchymoses, quelquefois elle présente aussi des bulles qui donnent au tympan un aspect perlé, c’est la myringite bulleuse de Politzer.

Il se produit généralement une légère suppuration et quelquefois une petite hémorragie par l'oreille qui a pour caractère de faire cesser les douleurs (de Troeltsch).

Il arrive quelquefois que l’épanchement de sang intra-tympanique que l’on rencontre dans la myringite est assez considérable et détermine la rupture de la membrane du tympan. L'hémorragie qui se fait alors par l'oreille peut être assez importante.

$ IL Hémorragie intra-tympanique consécutive à une otite moyenne aiguë non suppurée.

On peut observer dans certains cas et en dehors de la myringite des hémorragies intra-tympaniques, qui sont caractérisées par la présence d’ecchymoses sur la membrane du tympan. Nous avons eu l’occasion à la clinique otologique de M. le D' Moure d'en constater un cas, consécutif à une otite moyenne aiguë non suppurée. Voici l'observation :

OBSERVATION XXXV (personnelle),

H. C..., 15 ans, employé de commerce, se présente à la clinique le 28 janvier 1896, pour surdité de l'oreille droite. Rien à noter dans les antécédents

héréditaires.

À eu la variole à 2 ans, la rougeole à 7 ans, à la suite de laquelle l'oreille gouche est restée dure, mais pas d'écoulement.

Il y a environ huit jours, le malade a pris froid un soir de brouillard, et a ressenti aussitôt après de violentes douleurs dans l'oreille droite, ainsi que des bourdonnements. Pas d'écoulement, mais légère surdité qui seule a persisté et a déterminé le malade à venir à la consultation.

L'examen de son audition nous a donné :

Percept. Cran. D'e — Bonne.

Pis 0: G.: — Bonne.

Montre or. DÉIO0E M. or. G:=-0;10; Diap. indifférent.

R. 0. De = R. 0. G — —

A gauche, le malade est atteint d'otile moyenne catarrhale avec synéchies. À droite, il a une otite moyenne aiguë non suppurée, et la membrane du tympan, du même côté, présente une ecchymose à la partie antéro-infé-

rieure, ecchymose dûe à un épanchement de sang intra-tympanique.

Parfois l'épanchement intra-tympanique détermine la perforation de la membrane du tympan et l’hémorragie se fait par le conduit. La rupture peut être douloureuse, ou passer ina perçue, surtout si elle se fait la nuit comme dans le cas d'Urbantschitsch (1) : Il s'agissait d’un enfant de 15 ans atteint de catarrhe naso-pharyngien aigu. La perforation de la membrane se produisit dès le début de la maladie de l'oreille; le malade, qui s'était endormi le soir sans ressentir la moindre gêne du côté de l’oreille, fut réveillé le matin par un écoulement sanguin abondant. À en juger d'après les taches, il

(1) Urbantschitsch, Tr. des mal. de l’or., p. 245.

devait s'être écoulé pendant la nuit environ une cuillerée à à café de sang.

L'hémorragie resta considérable pendant plusieurs jours sans causer la moindre douleur; le sang s’écoulait en même temps par la trompe, dans le pharynx en donnant lieu à des crachats sanglants.

Nous voyons par ce fait que si l’hémorragie intra-tympanique est généralement insignifiante, il n'en est pas toujours ainsi et qu’elle est même parfois très abondante, au point de rupturer le tympan.

S II. Ulcération de la couche dermoïde du tympan.

L’ulcération de la couche dermoïde du tympan est une affection assez rare, et qui est due, d’après Toynbee, à un catarrhe chronique du derme ou à une application irritante à sa surface ou à la présence de cérumen. Elle est douloureuse et donne fréquemment lieu à des hémorragies.

Toynbee, dans son Traité des maladies de l'oreille, relate l'observation d’une fillette de 7 ans qui avait eu un écoulement de sang à la suite d’une ulcération de la couche dermoïde du tympan. Cette fillette avait eu une attaque de variole qui la mit très mal durant six semaines. Quelques mois après, survint subitement un écoulement des deux oreilles, très fétide et parfois mélangé de sang. En même temps la malade avait eu des démangeaisons dans les oreilles, de l’otalgie, des douleurs frontales et des vertiges.

S IV. Myringite chronique.

On peut, dans les myringites chroniques, observer des hémorragies comme dans les myringites aiguës. La membrane tympanique, dans cette affection, présente une vascularisation

tantôt diffuse, tantôt limitée, surtout au voisinage du manche du marteau. Cette membrane s’épaissit, prolifère même et donne naissance à des fongosités saignant facilement et pouvant être le point de départ de polypes.

Nous pouvons rapprocher de ces fongosités certaines petites granulations rougeâtres que l’on observe dans le fond du conduit et sur le tympan dans les otites externes chroniques des sujets lymphatiques et strumeux. Ces granulations saignent très facilement et au moindre contact.

L'écoulement de sang auquel elles donnent lieu est souvent considérable.

À côté des fongosités que l’on observe dans linflammation chronique du tympan, on peut voir çà et là sur la membrane des points qui se desquament et arrivent à produire des ulcérations, nouvelle source d’hémorragies.

Enfin ces ulcérations peuvent se creuser de plus en plus et déterminer la rupture du tympan qui s'accompagne elle aussi d’un écoulement de sang plus ou moins abondant.

La myringite chronique succède souvent à une myringite aiguë qui à été négligée, mais elle survient aussi d'emblée chez les scrofuleux.

Les signes sont les mêmes que ceux de la myringite aiguë mais ils sont moins accentués, et si ce n’était la surdité et les démangeaisons qu'éprouvent les malades, 1ls ne se douteraient pas de leur affection. Ils ne ressentent en effet aucune douleur. Peu après survient un écoulement purulent, épais, peu abondant, fétide et parfois mélangé de sang.

B. Tumeurs du tympan.

A part les polypes, les tumeurs de la membrane du tympan sont fort rares.

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