SÉMIOLOGIE DE L’ATTITUDE ET DE LA MARCHE
démarches que l'un peut rencontrer chez les sujets atteints de certaines affections nerveuses.
Dans bon nombre de cas, c’est à un trouble de la motilité des membres inférieurs qu’il faut rapporter l’altitude observée; ils’agit tantôt de paralysie, tantôt de contracture, (l’est ainsi que dans la paraplégie flasque où les pieds sont en équinisme plus ou moins marqué, le sujet, lorsqu'il peut encore se tenir debout, écarte les jambes pour élargir sa base de sustentation et, pour conserver son équilibre, exécute constamment de petits mouvements, afin de reposer ses muscles vite fatigués, faisant porter l’effort tantôt sur tel groupe musculaire, tantôt sur tel autre. Lorsqu’il essaye d’avancer, il ne le fait qu’à petit pas, en traînant sur le sol ses jambes paralysées. Dans certains cas d' liémiparaplégie spinale , le membre paralysé peut présenter un certain degré d’équinisme produisant le steppage. Dans d’autres cas, comme dans la polynévrite, par suite de l’équinisme, lorsque pendant la marche le sujet soulève le pied, l’extrémité antérieure raclerait le sol si le sujet ne suppléait pas à l’iib suffisance des extenseurs du pied en élevant la cuisse très haut; d’autre part, lorsqu’il repose le pied à terre, celui-ci touche le sol d’abord par sa pointe, puis par son bord externe et enfin par le talon. Il en résulte une démarche spéciale rappelant celle des chevaux ardents, d'où le nom de steppage que lui a donné Charcot. Lorsque la névrite, tout en étant localisée au domaine du sciatique poplité externe, respecte le jambier antérieur (fîg. 195), — dans la paralysie saturnine à type inférieur, dans des névrites relevant d’une étiologie autre, dans quelques cas de poliomyélite aiguë dans certaines radiculiles et en particulier dans la sciatique radicut aire dissociée, — le steppage est légèrement modifié: chaque lois que le malade lève le pied, ce dernier se met en vains équin sous l’influence de la contraction du jambier antérieur.
Dans la myopathie atrophique progressive, l’atrophie porte en même temps sur les membres inférieurs et sur les muscles du dos; pour maintenir son équilibre, le sujet doit donc écarter les jambes et rejeter fortement les épaules en arrièrealin dcsuppléer au défaut de tonicité des muscles des lombes, d’où une ensellure en général très marquée (fig. 1 13). Lorsqu’il s’avance, il est toujours très cambré en arrière et, par suite, il est obligé de soulever fortement les cuisses à chaque pas, ce qui amène une nouvelle variété de steppage facile à reconnaître. Du reste ici aussi le steppage relève surtout de l'équinisme des pieds.
La contracture des membres inférieurs se traduit aussi par une altitude spéciale. Je ne ferai que signaler la paraplégie en flexion, (pii. dès qu’elle est un peu accusée, ne permet plus au sujet de se tenir debout. Dans la paraplégie avec contracture en extension de beaucoup la plus commune, le malade avance difficilement sans plier les jambes, en frottant contre le sol l’extrémité antérieure du pied (voy. Paraplégie et lig. 77). Dans le syndrome de Utile , il en est de même (lig. 82 à 8ü). Dans Y hémiplégie cérébrale suivie de contracture du membre inférieur, le sujet fait décrire au membre rigide un mouvement de
circu nul uction , « il fauche » el I immobilité du membre supérieur fixé au tronc exagère encore cette démarche. Dans l 'hémiplégie hystérique au contraire, le malade marche en traînant son pied sur le sol, « il drague » (lodd, Charcot) (voy. Hémiplégie et lig. 65). Chez les malades atteints de ramollissement cérébral multiple, la démarche es! souvent
Fig1. 525.. — Utitude en flexion très marquée, citez un homme de soixante-quatre ans, atteint de maladie de Parkinson. (Ilicètre, 1891. )
troublée; ils s'avancent à petits pas pressés, en s’appuyant sur leurs cannes; leurs pieds semblent ne se détacher du sol qu’avec difficulté. Chez les pseudo-bulbaires en particulier ce mode de progression — que j ai décrit sous le nom de démarche à petits pas — est très fréquent.
A côté des attitudes dues à la contracture musculaire, je mentionnerai aussi celle des malades atteints de maladie de Parkinson. Au repos, ces malades se tiennent penchés en avant, raides, comme soudés, la tète
SÉMIOLOGIE DE L ATTITUDE ET l)E LA MA UC HE.
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relevée, les bras en flexion et collés au tronc (fig. 215 et 526) : lorsqu'ils se déplacent, ils marchent courbés en avant (fig. 215, 211 et 525). d’un mouvement progressivement accéléré, semblant cou tir après leur centre de gravité; ils sont toujours dans un équilibre instable, et s(> déplacent dans le sens de la moindre impulsion qu'on leur donne
Fig. 32fi. — Même malade que celui de la figure précédente, représenté dans la position assise.
anté- et rétro-pulsion, latéro-pulsion. D’autres fois, mais beaucoup plus rarement, le tronc et les membres, au lieu d'être en flexion, sont en extension — type d'extension de Charcot (fig. 527).
Dans un autre groupe de faits rentrent les attitudes et les démarches dues à l’incoordination musculaire et aux différents troubles de I équilibre : la démarche de l'ataxique est à ce point de vue tout à fait caractéristique, il lance ses jambes de côté et d'autre, frappe fortement le sol du talon, ne règle ci peu près l'amplitude de ses mouvements que par
ses sensations visuelles, et perd l’équilibre dès qu’on lui ferme les yeux. On observe cette même démarche dans la névrite systématisée aux nerfs sensitifs et que j’ai décrite sous le nom de tabes périphérique. Ici avec une intégrité parfois complète de la force et du volume des muscles, on
Kig. 527. — Maladie de Parkinson — type d’extension — chez un homme de trente-six ans. Début de l’affection à l’âge de vingt et un ans à la suite d'un violent traumatisme. Chez cet homme, l'antépulsion est extrêmement accusée. Le faciès de ce malade est représenté dans la figure 523. (Bicètre, 1893.)
observe, comme dans le tabes, une altération de tous les modes de la sensibilité superficielle et profonde; dans la névrite interstitielle hypertrophique, maladie familiale que j’ai décrite avec Sottas, on trouve, lorsque l’affection est avancée dans son évolution, la même incoordination motrice résultant de troubles sensitifs, mais associée à des atrophies musculaires marquées, par suite de lésions des nerfs moteurs. Ici l’incoordination des membres inférieurs s’accompagne de steppage, comme chez les tabétiques atrophiques qui peuvent encore marcher.