SÉMIOLOGIE DES DÉVIATIONS VERTÉBRALES
Dans le syndrome cérébelleux , il existe aussi des troubles du mouvement dans la station debout et dans la marche, avec intégrité relative des mouvements isolés, lorsque le corps repose sur un plan horizontal. Pendant la station debout, la difficulté à maintenir l’équilibre se marque déjà par l'écartement des membres inférieurs, par les oscillations dont le corps est le siège ; mais, pendant la marche, tous ces symptômes s’exagèrent, les oscillations de la tète et du tronc augmentent, le malade titube et, comme un individu ivre, n’arrive pas à se maintenir dans la direction qu’il veut suivre (fig. 202, 203 et 204). Lorsque les troubles sont moins marqués, c’est dans l’exécution même des mouvements des différents segments du membre que l’on peut les déceler : ces mouvements sont le plus souvent d’une amplitude trop grande, ils dépassent le but, cette dysmétrie se retrouve aussi bien aux membres supérieurs qu’aux membres inférieurs. Ces troubles n’entrainent du resle pas, comme ceux du tabes, le défaut d’orientation vers le but qui reste généralement intact. ( Vov . Syndrome cérébelleux.) Cette démarche s’observe dans les lésions atrophiques de l’écorce et dans les tumeurs du cervelet , dans la maladie de Friedreich, dans Vhérédo-ataxie cérébelleuse et très souvent aussi dans la sclérose en plaques. Les différents états vertigineux , la maladie de Ménière amènent aussi une démarche éhrieuse. (Voy. Sémiologie des vertiges.)
Je mentionnerai encore la démarche des choréiques, qui se traduit par l’abondance des mouvements irraisonnés, irréguliers et brusques; dans la chorée hystérique au contraire, les mouvements involontaires se produisent suivant un rythme régulier, réalisant parfois chez certains malades de véritables mouvements de danse. Enfin les troubles de la marche dans Y astasie-abasie — syndrome névropathique qui se traduit par l’impossibilité absolue pour le malade de marcher ou de se tenir debout, alors qu’il a conservé tous ses autres mouvements intacts — échappent par leur polymorphisme à toute description précise.
E. DÉVIATIONS VERTEBRALES
Lorsque Duchenne (de Boulogne) décrivit la lordose paralytique avec ses variétés, il montra l'influence du système nerveux sur les courbures normales de la colonne vertébrale, et donna en même temps la physio-mécanique des déviations rachidiennes. Depuis, la question des rapports réciproques du système nerveux et de cette partie du système osseux a été diversement envisagée ; je la résumerai rapidement en passant en revue les affections nerveuses au cours desquelles on peut voir se produire des déviations de la colonne vertébrale.
Parmi les affections cérébrales, pouvant se traduire par une hémiplégie, Y hémiplégie spasmodique infantile, qui détermine une paralysie d’une moitié du corps avec arrêt de développement osseux, peut s’accompagner de déviations de l’axe rachidien. Dans les diplégies cérébrales infantiles, on a constaté plusieurs fois de la cyphose et de
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r.oo
SÉMIOLOGIE DÉ système NERVEUX.
la cyphoscoliose el Oppenheim en a rapporté des cas (1900). Mais cet auteur a rarement observé une déformation vertébrale dans Yalhétose double o u la cliorée chronique double, contrairement à ce qu’ont constaté Audry et Hallion. Dans la paralysie générale et dans les maladies mentales, on a également signalé des incurvations de la colonne vertébrale .
C’est surtout dans les a ffect i on s médullaires que l'on a observé et étudié les déviations vertébrales ; là, en effet, elles sont et plus précoces et plus prononcées. Dans Y hémiplégie spinale à début précoce et dont l’évolution se prolonge jusqu’à un certain âge, on peut voir de la scoliose ou de la cypho-seoliose.
Oppenheim en a publié deux observations avec syndrome de Brown- Séquard. La poliomyélite aiguë de l’enfance, par suite des atrophies musculaires ou des arrêts de développement q u 'cl 1 e entraîne, peut donner lieu à la formation d’une scoliose d intensité variable ( fig. 1 51) ; la lordose peut être également observée, parfois même les altérations sont telles qu'il s’agit d’un véritable cul-de-jatte. Dans la poliomyélite aiguë de l’enfance, la scoliose et la lordose sont, somme toute, assez fréquentes. D habitude il s agit de déformations compensatrices, mais elles peuvent aussi résulter de l’atrophie des muscles du dos ou de 1 abdomen. Elles peuvent aussi n’apparaître que plus ou moins longtemps après le début de l'affection.
On sait que les muscles sacro-spinaux sont en général les derniers atteints dans la poliomyél ile chronique el la sclérose latérale amyotrophique, aussi les déviations vertébrales sont-elles rarement observées dans ces affections. Parfois cependant les muscles profonds de la nuque
Fig. 528. — Cyphose cervicale excessive par atrophie des muscles de la nuque, chez une femme de quarante-cinq ans, atteinte de sclérose latérale amyotrophique depuis huit ans. Cette atrophie a progressé d'année en année ainsi que le montrent les ligures 150, 151 et 152 représentant l état de la malade en 1008. Cette malade esl la même que celle représentée dans la ligure 129, à une époque (1898) où l’atrophie des muscles de la nuque n’existait pas encore (Salpêtrière).
SÉMIOLOGIE DES DÉVIAT10SS VERTÉBRALES.
participent à l'atrophie, et la tète ne peul plus être maintenue en extension sur le tronc (fig. 150 à 152 et 528). La même rareté des déviations rachidiennes existe dans la sclérose en plaques. Il n’en est pas de même dans la maladie de Friedreich, où la cypho-scoliose, le plus fréquemment «à localisation dorsale, est un symptôme banal, parfois même précoce et s’accompagne quelquefois de lordose lombaire compensatrice. Dans le tabes, maladie à troubles osseux et articulaires, la colonne vertébrale peut être touchée, ainsi (pic Kœnig. Pitres et Yaillard, etc., l'ont signalé. On assiste alors à une véritable déformation lente et progressive de la colonne : c'est une arthropalhie vertébrale, analogue à celles que l’on observe dans les membres. D’après Oppenheim, des déviations du rachis peuvent se produire chez les tabétiques, secondairement à une luxation spontanée de l’articulation coxo-fémorale ou à une fracture spontanée de la cuisse.
Les déviations vertébrales se manifestent avec une fréquence spéciale dans la sijrinç/omyélie (fig. 155 et 144). Ici l’incurvation de la colonne fait partie du syndrome, à une période plus ou moins précoce de la maladie Roth, Herniiardt ont insisté sur l’état du rachis dans la syringoinyélie. Brühl a montré la fréquence des déviations vertébrales dans cette affection, puisque sur 56 observations, il les a rencontrées dans la proportion de 50 pour 100. C’est la scoliose qui existe ordinairement, associée le plus souvent à la cyphose Pour Morvan, Broca, Schlesinger, les déformations de la colonne vertébrale dans la syringomyélie seraient dues aux troubles trophiques osseux et articulaires. Par suite de ces altérations ostéo-articulaires. la résistance du rachis à l’action de la pesanteur serait diminuée. Hallion, tout en faisant jouer un certain rôle à l’action anormale des muscles qui détermineraient le sens des déviations, — la convexité de la courbe scoliolique dorsale regarde de préférence le côté du corps envahi le premier et le plus fortement atteint par les troubles musculaires syringomyéliques, — pense que les déviations rachidiennes sont peut-être l’expression d’un élat morbide de tou le système osseux. Les vertèbres, os courts et spongieux, en subiraient plus particulièrement les conséquences. Roth regarde l’atrophie des muscles transversaires épineux comme la cause de la scoliose syringotnyélique. Charcot faisait dépendre les déviations vertébrales de la lésion syringomyélique. Bernhardt ne se prononce pas sur la nature et l’origine de ces troubles vertébraux. En résumé, relativement à la pathogénie de la scoliose syringomyélique, les auteurs admettent les uns une théorie trophique, les autres une théorie musculaire, d’autres en lin une théorie mixte. Nous manquons encore d’éléments anatomo-pathologiques suffisants pour trancher celte question. La cyphose-scoliose de la syringomyélie est assez souvent accompagnée d’une déformation de la partie antérieure du thorax, thorax en bateau (Pierre Marie), caractérisée par un enfoncement de la partie supérieure du sternum ainsi que des côtes adjacentes, et par une saillie en avant des épaules.
Si la syringomyélie est une des affections médullaires où la scoliose se
montre te plus fréquemment, la sciatique est l’affection des nerfs périphériques, qui s'associe le plus souvent à des déformations de la courhure normale des vertèbres, car si dans certaines névrites systématisées motrices on peut observer une déviation rachidienne, le degré et la fréquence de cette dernière sont loin d’égaler cen\ qu'on trouve dans la sciatique. Signalée par Charcot, en 1 <S 8 ti , puis par ballet en 1887, elle
fut étudiée en 1888 par Babinski, en 1890 par Brissaud, puis par Lamy, F rançon, lligier, etc. Lorsque la scialique-névriteexistc depuis un certain temps ou lorsqu'elle est particulièrement douloureuse, il est rare qu’il n'y ait pas en même temps une déformation vertébrale.
La déformation du tronc dans la sciatique se présente sous trois formes : la scoliose croisée, la scoliose homologue, la scoliose alternante.
l)e ces trois formes, la plus fréquemment observée est la scoliose croisée, dont voici les caractères :
Si l’on examine le malade dans l’attitude debout, on voit que toute la partie supérieure du corps est inclinée latéralement et comme déjetée du côté sain. La crête iliaque du côté malade est plus élevée, et le rebord costal s’en rapproche plus ou moins, au point parfois de venir presque en contact. Toute la peau de la région comprise entre le rebord costal et la crête iliaque présente des plis de flexion trans-
Fig.329. Scoliose croisée dans un cas de scia- YersaUX, et 1 espace laissé llhlC.
tique droite, chez un homme de trente ans. en[re |e côté du COl'pS et le membre (lîicct’re, 1892.) , . , , . ,
supérieur pendant le long du corps, est beaucoup moins large du côté malade que du côté sain ifîg. 529).
A l’examen de la colonne vertébrale, on constate au niveau de la région lombaire une courbure dont la convexité est tournée du côté malade, et dans la partie supérieure dorsale ou dorso-cervicale une courbure de compensation dont la convexité regarde au contraire le côté sain.
Les épaules sont parfois sur un niveau différent : l'épaule du côté malade est en général abaissée : quelquefois elle est en même temps sur un plan antérieur. Le pied du côté malade ne repose que par sa partie antérieure, le talon est plus on moins relevé : le pied du côté sain appuie