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SEMIOLOGIE DES DÉVIATIONS VERTÉBRALES

au contraire franchement et fortement sur le sol. Mais ces positions des épaules et des pieds ne sont point aussi constantes que l'inclinaison latérale du tronc et les courbures rachidiennes : elles varient suivant les malades et sont en rapport avec les efforts que chacun d'eux peut faire pour corriger la déviation rachidienne.

Cette altitude de scoliose croisée apparaît plus ou moins vile dans l'évolution de la sciatique : elle s’accentue dans la station debout ou la marche, persiste dans le décubitus, et disparait en général à mesure que guérit la sciatique. Elle n’est pas toujours proportionnée à l'intensité ou à la durée de la sciatique (Chauffard), et elle n’est que le résultat de la position instinctive prise par le malade pour atténuer la douleur. Celte déformation est produite par une courbure du rachis dans la région lombaire : cetle courbure résulte de l’impotence des muscles extenseurs du tronc, innervés par les branches émanées du plexus lombaire du côté malade : cette impotence permet aux muscles du côté sain d’exercer une action prédominante, et de déterminer la scoliose croisée.

Dans la sciatique avec scoliose homologue (Brissaud), le tronc est incliné du côté malade (fîg. 170 et 529) : l’espace costo-iliaque du même côté est diminué d’étendue : le bassin peut être incliné soit à droite, soit à gauche, déterminant ainsi un raccourcissement ou un allongement du membre inférieur. De plus, chez ces malades, on observe constamment des contractures ou des phénomènes spasmodiques, et il résulte de l’étude des différents faits publiés que, dans ces cas, il ne s’agit plus de sciatique essentielle, mais d’une affection névralgique s’étendant à la fois au plexus lombaire et au plexus sacré, ou peut-être d’une affection encore plus complexe.

Dans la scoliose alternante, il s’agit de malades qui ont successivement une scoliose croisée de chaque côté, ou bien de sujets qui, au cours d’une sciatique avec scoliose croisée, présentent pendant les paroxysmes douloureux une inclinaison du tronc dans la direction opposée (Remak, Iligier), el dans ces cas encore, les déformations du tronc résultent toujours des altitudes instinctives prises par les malades pour obtenir une atténuation de la douleur.

En dehors de ces déformations du tronc dues à des inclinaisons latérales du rachis, on observe parfois dans la sciatique un certain degré de lordose, due à une flexion en avant de la colonne vertébrale. Cette lordose existe rarement seule, elle accompagne le plus souvent la scoliose croisée, et résulte de l’attitude prise par les malades pour moins souffrir : car, dans cette position, il ne se produit pas d'extension dans le nerf malade et la douleur en est d’autant moins vive.

Lamy, Erançon, Guse, firent les premiers essais d’interprétation de la pathogénie de ces scolioses sciatiques. Fischer etSchœnwald attribuent la scoliose croisée à la névralgie des rameaux postérieurs du plexus lombaire, la scoliose homologue à la névralgie des rameaux antérieurs. Mann incrimine la paralysie directe des muscles correspondants, sans toutefois nier la possibilité d’une contracture de la masse commune du côté

malade. D’après cet auteur, une paralysie des muscles de l’abdomen des deux côtés, dans les cas de sciatique double, pourrait entraîner une lordose assez prononcée pour créer une nouvelle variété de déviation de la colonne vertébrale [iscliias lordolica), dont il a observé un cas chez une femme atteinte d une inflammation pelvienne. Hallion revient à la théorie

Fig. 350. — Cyphoscoliose excessive dans la névrite interstitielle hypertrophique el progressive. — Femme âgée de quaranle-cinq ans, sœur du malade représenté dans la figure 182. (Iîicêtre, 1S92.I Pour l'observation clinique et l'autopsie de celte malade, vov. .1. Dkjkrisk et J. Sott\<, Sur In névrite interstitielle hypertrophique et progeasive de l'enfance. Mém. de lu Soc. de biol ., 1895, p. 6'-. obs. 11.

de Charcot et de Brissaud : les muscles fléchisseurs latéraux de la colonne lombaire entrent dans une sorte de spasme fonctionnel, du côté opposé à la sciatique. Il ajoute qu’il faut peut-être faire intervenir aussi l'atrophie des muscles latéraux du rachis lombaire du côté de la sciatique, car l’atrophie peut s’étendre au delà de la sphère de distribution du sciatique. Quant à la scoliose sciatique homologue, elle ne serait qu'une névralgie spasmodique lombo-sacrée, analogue à la névralgie faciale spasmodique.

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Dans la névrite interstitielle hypertrophique, la cypho-scoliose est un symptôme constant. Elle peut dans certains cas être très accusée (Ei g. 530).

A côté de la scoliose sciatique on peut placer la scoliose hystérique, bien qu’il soit rare de voir la S'ialique au cours de celle névrose, dans laquelle la scoliose peut se surajouter à d’autres symptômes, mais peut aussi exister à l’état isolé. Il s’agit ici d’une scoliose spasmodique par contracture des muscles du dos et du carré des lombes, contracture qui peut être primitive ou réflexe, c’est-à-dire due à la douleur. La concavité de la scoliose est dirigée du côté des muscles contracturés.

Fig. 551. — Cyphose excessive chez un myopathique âgé de vingt ans (même malade que celui représenté dans la ligure 91).

Ducbenne, Duret, Pravaz, Richer et Souques, Wegner, en ont publié des cas. Albert (de Vienne) a rapporté l’observation d’une jeune fille de quinze ans, qui avait eu une coxalgie hystérique deux ans auparavant et qui présentait une scoliose lombaire très prononcée, avec sensation de raideur très accusée, bien que les muscles contracturés ne fussent pas douloureux à la palpation; elle guérit facilement eu peu de temps. La scoliose hystérique est rare, si l'on excepte, bien entendu, celle qui accompagne la coxalgie hystérique (fig. 255).

La scoliose hystérique présente certaines particularités qui la font reconnaître. Elle survient rapidement et peut disparaître de même. Dans les différentes positions du corps elle peut aussi disparaître. Lorsque la colonne vertébrale est prise toute entière et le fait n’est pas rare, le diagnostic de ce fait est facile. Enfin parmi les autres caractères distinc-

tifs de la scoliose hystérique il faut noter qu’il n’y a pas de torsion des corps vertébraux ni des apophyses transverses.

Quant aux raideurs musculaires ou aux inflammations osseuses qui peuvent donner à la colonne vertébrale une rigidité spéciale, telle qu'on l’observe dans les arthrites vertébrales , la maladie de Parkinson, l’ ostéomyélite vertébrale , le mal de Pott, le rhumatisme vertébral, la spondqlose rhizomélique, ce ne sont pas des déviations vertébrales proprement dites; aussi ne m’y arrêterai-je pas.

Par contre, chez les sujets atteints de myopathie atrophique progressive, on rencontre assez souvent une atrophie des muscles de la masse sacro-lomhaire amenant une lordose considérable avec cyphose dorsale (fig. 1 15). Il existe du reste toujours dans ces cas une atrophie des muscles abdominaux contribuant aussi à la production de ces déformations. Ici, le plus souvent, il n’y a pas de scoliose ou cette dernière est peu appréciable. Chez certains myopathiques cependant on peut observer une cyphose excessive accompagnée parfois d’une scoliose plus ou moins accusée (lig. 551).

Jusqu’à présent je n’ai envisagé que les déviations vertébrales se produisant au cours et sous l’influence des affections du système nerveux; je dois maintenant retourner la question et rechercher si les déformations de la colonne vertébrale sont susceptibles de provoquer des manifestations nerveuses. Leyden (1874) admettait que dans la scoliose, les troncs nerveux pouvaient être comprimés par resserrement des trous de conjugaison, conséquence du déplacement et de l’atrophie des vertèbres. On expliquerait ainsi chez ces malades les douleurs névralgiques intercostales, lombaires, abdominales, constatées fréquemment. Plus tard, Lesser et Bernhardt admirent la même idée pour interpréter la cause de la névralgie intercostale. D’après mes observations personnelles, j’estime également que la scoliose et la cypho-scoliose arrivées à un degré avancé peuvent, par un moyen purement mécanique, déterminer des douleurs névralgiques plus ou moins intenses dues à un tiraillement des racines postérieures.

Après avoir étudié la pathogénie de la scoliose des adolescents, an sujet de laquelle il se range à l’avis de Bouvier, de Kirmisson et de la plupart des chirurgiens français, en admettant que cette affection relève d'un trouble portant sur le squelette du rachis et non sur son appareil musculaire, Ha 1 1 ion envisage cette scoliose associée aux névropathies. 11 fait remarquer que la scoliose vulgaire frappe volontiers les sujets chargés de lares nerveuses héréditaires. Conformément aux idées émises par Landois (1890), llallion suppose que, dans certaines familles, un vice général de l’évolution peut se traduire simultanément ou séparément par des troubles du système osseux et du système nerveux; ces deux systèmes seraient frappés chacun pour leur compte. Rien ne prouve que la lésion nerveuse soit nécessairement la première en date et la cause primordiale de la scoliose. Marie et Aslié (1897) parlent d’une prédisposition familiale à la cyphose, toutefois dans leur cas il y avait un traumatisme

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antérieur. Hirschberger (1899) a réuni les observations de scoliose congénitale éparses dans la littérature et a donné la description anatomique de deux pièces qu’il avait pu recueillir. Pour Oppenheim, ces déformations congénitales de la colonne vertébrale auraient la signification d’un véritable stigmate de prédisposition névropathique, en particulier pour les névroses et les états psychopathiques. Il ne m est pas possible de me rallier à cette opinion car, pour ma part, je n ai jamais constaté, chez les névropathes, une fréquence plus grande des déformations de la colonne vertébrale (pie chez les gens sains.

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