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V. — FIÈVRE NERVEUSE

« Le maintien rigoureux d’une température uniforme (du corps) est imposé par l’action vigilante du système nerveux, qui refrène plus ou moins la production de chaleur dans les tissus, qui permet ou empêche la déperdition de calorique par la peau ou par les poumons, et qui, par son influence sur la circulation, essaie d’établir une prudente répartition de la chaleur dans tout le corps. » (Bouchard, 1(S!)3.)

Outre cette propriété de régulation thermique, le système nerveux est capable de produire de la lièvre, c’est-à-dire de provoquer l’élément capital de la fièvre, Y hyperthermie.

Les preuves expérimentales de ces deux propositions ne manquent pas. Les unes démontrent que cette influence sur l’équilibre thermique s’exerce par l’intermédiaire de phénomènes vaso-moteurs. Ainsi l’impression de froid ou de chaleur sur la peau, transmise aux centres sensitifs, entraîne, dans le premier cas, un réflexe de vaso-constriction, et dans le second, un réflexe de vaso-dilatation; et la conséquence de ces phénomènes est la limitation ou l’augmentation de la circulation superficielle, c’est-à-dire une diminution ou une augmentation de la déperdition de calorique. D’autres expériences établissent, de la part du système nerveux, une action plus directe sur la température. En effet, dans les parties du

TROUBLES VISCÉRAUX D’ORIGINE NERVEUSE

corps privées de circulation par la ligature ou la compression des artères, les sensations douloureuses amènent un abaissement de la température (Heidenhain). De môme, après avoir privé la glande sous-maxillaire de circulation, l’excitation de la corde du tympan accroît la température (Cl. Bernard).

La possibilité pour le système nerveux de produire l’hyperlhermie est démontrée par de nombreux faits expérimentaux et cliniques. Diverses expériences établissent que certaines régions des centres nerveux ont une action directe sur la calorification, en dehors de toute action vasomotrice : ainsi une section pratiquée entre le bulbe et la protubérance (Tschechichin) produit une hyperthermie considérable. D’où cette conclusion qu’il y a dans ces régions de l’axe cérébro-spinal des centres thermiques. Mais, pour les uns, il y aurait simplement un centre régulateur ou modérateur dont la suppression produirait l’hyperthermie ; pour les autres, il y aurait à la fois des centres modérateurs et des centres excitateurs de la calorification.

Quant à la localisation de ces centres, on est loin d’être fixé à ce sujet. Gtt les place autour de la scissure de Rolando, dans h' lobe frontal, dans la partie postérieure du lobe tcmporo-sphénoïdal, dans le corps strié et dans la couche optique. Certains auteurs admettent que le rôle de la substance corticale ou ganglionnaire n'est pas direct et ne s’exerce qu a distance, soit par excitation, soit par inhibition sur les véritables centres régulateurs, dont le siège reste à déterminer. J. -F. Guyon (1893), dans ses expériences, confirme que la piqûre du cerveau augmente la température, pourvu qu’elle intéresse des points précis : le noyau caudé, la couche optique, le corps calleux, le trigone: mais, dit-il, il faut que la piqûre atteigne la paroi ventriculaire, et encore le phénomène est-il inconstant. Et il conclut que s'il existe un centre thermique, il reste hypothétique; peut-être s’agit-il simplement d’une action réflexe exercée sur le bulbe et la moelle par l’excitation des parois ventriculaires.

Malgré l’indécision qui enveloppe encore la question de l’existence et de la localisation du ou des centres thermiques, il n’en est pas moins démontré que le système nerveux exerce une influence capitale sur la régulation de la chaleur, et qu'il est capable de produire l’hyperthermie, véritable fièvre nerveuse. Mais le mécanisme de cette fièvre reste inconnu, hypothétique : ou bien il s’agit d’une action directe sur les centres «h1 la calorification, ou bien l’affection causale intervient en modifiant les échanges dans les tissus, en troublant la vie autonome de chaque cellule, (in un mot en produisant cette combustion exagérée qui est la caractéristique de la fièvre, combustion qui aurait pour résultat de jeter dans la circulation des substances pyrélogènes, ainsi qu’on l’admet pour la patlmgénie de la fièvre inflammatoire.

En abordant le domaine de la clinique, en envisageant d’ensemble toutes les affections nerveuses susceptibles de s’accompagner d’élévation de température, on voit qu’elles n’ont pas toutes le même mode d’action.

ni la même expression symptomatique pour ce qui concerne la lièvre. Aussi, plutôt que de faire une description abstraite de la fièvre nerveuse, qui ne pourrait d'ailleurs s'appliquer qu'à quelques cas particuliers, il me semble préférable d'en passer en revue les différentes causes, en signalant les particularités que chacune impose à la fièvre qui l’accompagne.

Toutefois, il est permis de signaler quelques caractères généraux que présentent certains types fébriles. Ainsi les affections inflammatoires aiguës de la substance cérébrale provoquent une hyperthermie généralement intense, dont la marche et la durée sont parallèles à celles de la maladie elle-même.

Dans les affections nerveuses qui se terminent par une issue fatale, la température est très élevée, (die atteint son maximum au moment de la mort et souvent continue à monter ensuite. L’importance de la fièvre est quelquefois en rapport avec le siège de la lésion : une myélite aiguë de la région dorsale ou lombaire pourra produire une fièvre insignifiante pour ainsi dire; au contraire, une altération aiguë de la moelle cerviea’e supérieure ou de la région bulbaire produira immédiatement une hyperthermie extrême (42°, 45"). Enfin la fièvre nerveuse, lorsqu’elle résulte de simples troubles fonctionnels primitifs, comme dans certaines névroses, est remarquable par son irrégularité, son instabilité, la conservation de l’état général malgré la durée parfois très longue de Thyperthermie et enfin par sa bénignité générale.

Au cours de certaines affections nerveuses, la fièvre peut apparaître sous 1 influence de complications inflammatoires (cystite, fièvre urineuse, eschares). Ces faits n’ont naturellement aucun rapport avec la fièvre qui est sous la dépendance immédiate de la maladie nerveuse.

On peut classer en deux groupes les maladies nerveuses qui s’accompagnent de fièvre : l" maladies organiques du système nerveux; 2° névroses.

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