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FIEVRE NERVEUSE DANS LES NÉVROSES

Dans les faits précédents, quel que soit le mécanisme intime invoqué, l’hyperthermie, la fièvre nerveuse, était le résultat d'un désordre anatomique du tissu nerveux, d’une lésion souvent bien déterminée. Dans ceux qui vont suivre, on ne trouve à l’origine aucune lésion nerveuse appréciable, ou tout au moins directement incriminable; et la cause de la fièvre apparaît être simplement un trouble fonctionnel primitif du cerveau.

Avant d’entrer dans la description des diverses névroses hyperthermisanles, on peut mentionner quelques faits qui démontrent immédiatement ( influence du système nerveux sur la production de la fièvre. Tels sont les accès fébriles appréciables à l’examen du pouls et du thermomètre, fréquents chez les sujets jeunes et nerveux à l’occasion d’une excitation psychique, émotion vive, colère, discussion, fatigue corporelle ou autre, courbature, refroidissement léger, écart de régime. 11 eu est de même des élévations thermiques qui, dans la convalescence de la lièvre typhoïde, suivent les premières tentatives d’alimentation, bouchard, <pii mentionne ces faits, ajoute qu’il s’agit là d’un système nerveux débilité, qui ne sait pas refréner la calorification ou adapter exactement à la production les appareils qui aident à la déperdition du calorique.

Les névroses dont il y a lieu d’étudier l’action pyrétogène sont \ hystérie, la neurasthénie, le goitre exophtalmique, la chorée, Y épilepsie.

Fièvre hystérique. — L’existence de la fièvre hystérique, affirmée par Briquet, niée par d’autres, était généralement admise il y a une

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dizaine d’années. On s’accordait à lui trouver des caractères assez précis. Toujours observée chez la femme, elle n’offrait pas de type défini et était essentiellement irrégulière, résistant à tous les antipyrétiques. Elle pouvait atteindre une température très élevée et durer pendant longtemps. Malgré tout, l’état général restait bon, l’embonpoint persistait et pouvait même augmenter.

Tantôt la fièvre hystérique restait isolée, monosymptomalique. Plus souvent on la décrivait chez des sujets simulant une maladie organique fébrile. C’est ainsi que Rigal et Hanoi avaient cité des exemples de pseudo-fièvre typhoïde hystérique. Les cas de pseudo-méningite hystérique étaient encore plus fréquents, il y avait aussi des fièvres hystériques simulant la tuberculose pulmonaire. A cette époque on discutait non sur l'existence, mais sur la fréquence plus ou moins grande de celle fièvre.

A l’heure actuelle on est moins affirmatif. Tantôt il s’agirait de maladies organiques réelles, de tuberculose en particulier chez des malades qui pourraient, d’autre part, présenter le tempérament hystérique; souvent enfin le médecin aurait été induit en erreur par la supercherie du sujet. Quoiqu’il en soit en réalité, tout le monde est d’accord pour admettre qu’il s'agit là d’un symptôme fort rare et dont pour ma part je n’ai observé jusqu’ici qu’un seul exemple.

La fièvre hystérique n’offre pas de type défini : elle est essentiellement irrégulière et résiste à Ions les antipyrétiques.

Cette fièvre affecte une marche quelquefois intermittente, souvent continue ou rémittente, avec exaspérations vespérales ou matinales. La température atteint 58, 59, 40, 41 degrés et se maintient ainsi pendant des semaines et même des mois, avec un caractère de continuité ou au contraire avec une extrême irrégularité, qui ne permet de l’assimiler à aucun des étals fébriles symptomatiques connus. Puis elle disparait brusquement du jour au lendemain.

Différents auteurs ont signalé des cas de fièvre hystérique avec température beaucoup plus élevée que les chiffres précédents. Pour ma part, j’ai eu l’occasion de constater chez une jeune fille de la clientèle privée, et cela pendant onze jours de suite, une température axillaire oscillant selon les jours entre 45 degrés et 44°8. Chose singulière dans ce cas, la fièvre n’apparaissait et cela d’une manière absolument régulière, que lorsque la malade se mettait au lit. Je pus m’assurer de la constance du fait en faisant coucher la malade de jour en jour à une heure plus tardive — 9 heures, 10 heures, II heures, minuit, 1 heure, 2 heures, 5 heures du matin. Le douzième jour, la fièvre disparut complètement et ne reparut plus. Pendant toute cette période fébrile, la malade n’eut pas de crises ni d’état mental hystérique et la fièvre une fois terminée, elle ne présenta pas d’amaigrissement. L’état hystérique était ici la conséquence d’une affection contrariée, Une fois la solution heureuse intervenue l’ hyperthermie disparut après une crise de nerfs qui dura plusieurs heures. II y a de cela dix-sepl ans et bien des fois j’ai revu et je revois

encore celle malade, aujourd’hui mère de famille, qui, depuis lors, n’a jamais présenté le moindre symptôme nerveux.

Malgré son intensité apparente et sa durée, la fièvre hystérique ne s’accompagne pas d ordinaire des troubles généraux qui forment le cortège habituel des pyrexies. Parfois cependant il y a du malaise avec courbature, céphalalgie, langue saburrale. sueurs, fréquence du pouls. Mais ces troubles, outre qu'ils ne sont pas au complet, sont en désaccord avec l’élévation de la température, lit habituellement l’état général reste bon, l’embonpoint persiste, il augmente même parfois.

Tantôt la lièvre hystérique reste isolée, monosymptomatique. Tantôt, et c’est le cas le plus fréquent, elle accompagne d’autres manifestations de la névrose. Dans ce dernier cas, les symptômes se groupent souvent de telle manière qu ils simulent une maladie organique fébrile. Un certain nombre de ces syndromes fébriles simulateurs méritent une mention spéciale.

Parfois l’hystérie simule la méningite, surtout la méningite tuberculeuse. Dans un cas rapporté par Pitres, il s’agit d'une jeune fille qui a soigné pendant toute sa maladie un frère mort de méningite tuberculeuse, Dans les faits de ce genre, dont il m’a été donné d’observer plusieurs exemples, on voit les malades présenter de la céphalée, un faciès méningé, de la photophobie, parfois du strabisme, de la constipation, des vomissements, le ventre en bateau, diverses paralysies des membres et une fièvre pouvant coïncider avec un ralentissement ou une accélération du pouls. Abstraction faite de la constatation des stigmates, on peut généralement trouver dans le groupement symptomatique des particularités qui mettent sur la voie du diagnostic : c’est, par exemple, la facilité avec laquelle les malades décrivent leurs sensations, alors que le faciès avait au premier abord cet air d’hostilité spécial aux méningitiques; l’absence de constipation rebelle, et surtout l’absence d'amaigrissement. La localisation des paralysies, (hémiplégie), l’existence d'une hémianesthésie sensitivo-sensorielle ou de crises convulsives lorsqu'elles existent, achèveront le diagnostic. Parfois, surtout lorsqu'il y a de l’amaigrissement et le fait n’est pas rare, le diagnostic peut être plus délicat.

La fièvre hystérique peut encore simuler la tuberculose pulmonaire (hémoptysie, fièvre, dyspnée, point de côté, vomissements); après plusieurs mois de cet état, la fièvre cesse brusquement et la malade guérit, sans qu’on ait pu à aucun moment déceler le moindre signe thoracique. Dans ces cas toutefois, il n’est pas prouvé que les poumons soient indemnes et l’hémophysie de nature purement hystérique me parait être fort rare et bien difficile à diagnostiquer.

La guérison de la fièvre hystérique est la règle: mais le pronostic peut être très assombri si l’hystérie fébrile se complique de perte de l'appétit, d’une idée lixe d’inanition, entraînant le refus de tout aliment. (Voy. Anorexie ' mentale, p. 10D0.)

Le diagnostic de la nature hystérique de ces divers états morbides reposera sur l’existence d’antécédents et de stigmates hystériques, et sur

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la constatation de diverses particularités: le début brusque des accidents à la suite d’une émotion, parfois après une attaque de nerfs; l’irrégularité de l’évolution, entrecoupée d’attaques influant plus ou moins sur [ apparence symptomatique, l’absence de troubles généraux ou leur discordance, l’absence des signes objectifs des états infectieux (recherches microbiennes, exploration de la rate, examen des m ines), la résistance aux antithermiques, la terminaison subite et favorable. Avant (b1 se prononcer, il restera encore parfois à éliminer l’association possible de la névrose avec une pyrexie de cause organique. Mais même l’existence de celle association ne suffirait pas à expliquer l’énorme élévation de température parfois observée. C’est ainsi que Soca ( 1909) chez une hystérique atteinte d’appendicite a constaté, en s'entourant des précautions les plus minutieuses, pendant plusieurs jours de suite, une température de 45°, survenant sous forme de crises, d’une durée moyenne de deux heures. D’autres auteurs ont signalé des faits analogues.

Chez les neurasthéniques, l’élément fièvre est très accessoire. On signale simplement chez eux des accès fébriles fugaces, légers, sans élévation nette de la température, sans cause organique aucune, coïncidant parfois avec les accès d’émotivité si fréquents dans celte affection. D’autres fois il s’agit simplement de sensations de froid, se traduisant par un frissonnement général, avec alternatives de froid et de chaleur qui simulent un accès de fièvre intermittente. Mais ici encore, sauf complication surajoutée, il n'y a pas de fièvre véritable.

Dans la maladie de Basedow, la fièvre peut apparaître souvent au moment des périodes menstruelles et, s'il y a aménorrhée, au moment où devraient venir les règles. Parfois, pendant 1 aménorrhée, la fièvre e^t continue, la température atteint 5!) degrés et plus, allée tant la forme d’ascension et de descente graduelles, avec un fastigium à oscillations stationnaires.

Le type le plus fréquent est la forme légère revenant par poussées passagères, souvent provoquées par une émotion morale; l’accès se manifeste par un frisson violent avec chaleur vive — 59 degrés — et même davantage, sueurs proluses, en même temps que se gonlle le corps thyroïde. Entre les accès ou les périodes fébriles prolongées, dont la durée peut varier de quinze à vingt jours et même davantage, l’apyrexieest complète.

Dans la forme ordinaire de la maladie de Basedow dont la marche est lente et chronique, la fièvre est rare. Elle s Observe surtout dans la forme aiguë de cette affection. Elle est tantôt continue, tantôt à tvpc intermittent ou rémittent. Dans cette forme où l’amaigrissement est extrêmement rapide, la rate est augmentée de volume et souvent vers la fin de la maladie apparaissent des symptômes cérébraux graves, soit à forme si 1 1 >typhoïde, avec hébétude, soit à forme délirante et aboutissant à la mort.

La chorée chez l’adolescent, l’adulte, la femme enceinte et le vieillard, se complique parfois, sans 1 intervention de lésions cardiaques.de phénomènes fébriles. Il s’agit alors de chorée grave, d’état de mal choréique, dont on peut ainsi préciser à coup sur l’issue fatale. L’élévation de la

Dejerink. — Sémiologie.

sémiologie du système nerveux.

température centrale se fait brusquement : en quelques heures elle dépasse 59 degrés, attend 40, 41 degrés, en même temps que se déclarent des signes d’excilalion cérébrale. Celle hyperthermie a une valeur considérable au point de vue du pronostic fatal.

l/état de mal épileptique, dans lequel les accès se succèdent coup sur coup, qui dure en moyenne de trois à huit joui s, et se termine si souvent par la mort, est constitué par deux périodes, I une convulsive, l’autre d’épuisement. L'élévation de la température est un de ses signes capitaux. Elle ne tarde pas à atteindre 40, 41 degrés, restant élevée jusqu’à la fin, continuant même à monter après la mort (Hourneville). L’élude de la température fournit dans ces cas des indications pronostiques de très grande valeur : si la chaleur augmente ou reste en l’étal, ou peut prévoir l'issue mortelle, tandis (pie la défervescence annonce, au contraire, la terminaison heureuse de l’accident.

Un s’était basé pendant longtemps sur ce caractère tiré de l’élévation de la température pour distinguer l’état de mal épileptique de celui de l’hystérie : c’est un signe fort important mais on ne saurait le considérer comme ayant une valeur absolue, car dans un certain nombre de cas, très restreint, il est vrai, on a constaté une température élevée dans les attaques sériées d’hystérie.

Le syndrome d’état de mal. caractérisé par une élévation de température avec prostration excessive, s’observe également dans les attaques épileptiformes de la paralysie générale, et dans les épilepsies partielles symptomatiques. 11 conserve la même valeur pronostique.

CIIAITIÏtE XI

TROUBLES TROPHIQUES D’ORIGINE NERVEUSE

Syslèmes arliculaire el osseux. — Peau. — Troubles sécrétoires sudoraux.

La nutrition de tous nos tissus est sous la dépendance du système nerveux, et les altérations organiques ou fonctionnelles de ce dernier retentissent sur la slruelure el. partant, sur la fonction de Ions nos organes. Les troubles trophiques du système musculaire ayant élé décrits précédemment — voy. Alropliies musculaires — il me reste à étudier les troubles trophiques d’origine nerveuse dans : lu les articulations et le système osseux-, 2° la peau. Quant aux troubles trophiques viscéraux d’origine nerveu'C, ils sont encore, pour la plupart, d'une pathogénie encore assez obscure. Quelques-uns d'entre eux, toutefois, ont été déjà décrits au cours de certaines affections du système nerveux.

Je décrirai d’abord les troubles trophiques dus aux lésions organiques du système nerveux, puis ceux qui relèvent des lésions dites fonctionnelles de ce système.

A. TROUBLES TROPHIQUES ARTiCJLAIRES ET CSSEUX

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