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I. — Ouïe

Les troubles de l'audition sont assez fréquents dans les alleclions du système nerveux; ils peuvent relever d’altérations organiques ou être de nature fonctionnelle. Lorsqu’ils sont produits par une lésion organique, ils dépendent le plus souvent d’une altération de la voie acoustique à l’un quelconque de ses étages (Voy. fig. 212). Parfois, cependant, ils peuvent avoir pour origine une lésion de certains nerfs crâniens, car le trijumeau innerve le muscle du marteau et exerce un rôle trophique sur la caisse du tvnipan, de même que le facial envoie au muscle de l’étrier un filet nerveux qui se détache dans l’aqueduc de Fallope.

La voie acoustique commence avec le nerf de la VIIIe paire. Les fibres auditives ont leur origine dans le ganglion spiral ou de Corti qui occupe la coluinelle du limaçon et qui est l’homologue d’un ganglion cérébrospinal. Les cellules de ce ganglion ont une branche courte périphérique qui se ramifie entre les cellules épithéliales de l’organe de Corti, organe sensoriel de l’audition, et une branche longue qui s’unit aux libres veslibulaires venant des canaux semi-circulaires pour former la VIIIe paire ou nerf auditif. Ce nerf traverse le rocher par le conduit auditif interne en compagnie du facial; il peul être en ce point touché par une fracture du rocher. Puis il atteint le côté du bulbe où il est surplombé par cette partie du cervelet qui forme le lobule du pneumogastrique. Il se divise alors en deux branches : l’antérieure, ou nerf veslibulaire, qui lient sous sa dépendance les fonctions d’équilibre statique (Voy. Vertige, p. 145) et la postérieure, acoustique proprement dite et qui se termine aussitôt dans deux masses cellulaires siégeant sur le côté externe du corps resliforme, juste au-dessous du pont de Varole. L une est antérieure ou ventrale, c’est la plus importante chez l’homme; l’autre est postérieure ou dorsale.

A ces noyaux commence la voie acoustique centrale. Les libres nées du noyau ventral contournent le bord antérieur du corps resliforme et pénètrent dans la partie antero-externe < le la calotte pouline. 1res obliques (Mi haut et ('ii dedans, elles passent au devant de la racine descendante du trijumeau cl s’insinuent entre les faisceaux du ruban de Ueil

un;

SÉMIOLOGIE DU SYSTÈME .Y ERVEUX.

du même côté. A la partie moyenne de la protubérance, elles s'entrecroisent sur la ligne médiane et vont former derrière le ruban de Reil, du côtéopposé, le corps trapézoïde; puis elles se redressent, verticales, en arrière de l’olive protubérantielle. Les li lires du noyau dorsal suivent une autre voie. Elles contournent le bord postérieur du corps restiforme, rampent à la surface du plancher du quatrième ventricule où elles dessinent les stries acoustiques, plongent à l'intérieur de la calotte pouline sur la ligne médiane, s’y entrecroisent et gagnent le voisinage des libres ventrales, près de cette même olive protubérantielle. En ce point la voie acoustique forme le ruban de Reil latéral, lequel devient superficiel au bord supérieur du pont de Varole lorsque l'olive protubérantielle, en disparaissant, le découvre. Il forme l’isthme latéral du cerveau, audessus du sillon collatéral et se termine dans le tubercule quadrijumeau postérieur et le corps genouillé interne. C’est le deuxième ridai de la voie acoustique.

En traversant le tronc cérébral, le faisceau acoustique s’est complètement entrecroisé; il donne quelques libres terminales aux noyaux du corps traptzoïde et à l’olive supérieure (Amlré-I bornas). En outre, il envoie des collatérales aux noyaux bulbaires et protubérantiels des nerfs crâniens pour la voie réflexe courte.

A partir du mésocéphale le faisceau acoustique aboutit à son centre cortical — partie moyenne de la première circonvolution temporale — en passant par le segment sous-lenticulaire de la capsule interne.

Je me propose d'abord d’analyser les troubles auditifs qui dépendent des maladies nerveuses, puis de montrer ensuite comment ils se présentent dans chaque affection.

Très souvent, surtout au début et comme premier trouble, le malade entend des acouphènes ou bruits subjectifs; ce sont des bourdonnements, des sifflements, des bruits variés qui parfois prennent un caractère hallucinatoire. Ils sont paroxystiques ou continus et s’accompagnent d’ordinaire l’hvpoacousie.

f'esl la <1 imination (le l'ouïe qui est le signe le plus important. Elle est uni ou bi-auriculaire; elle est souvent très intense. Normalement, l'oreille perçoit des sons qui ont de lti (ut- 1) à (52768 (u/-IO) vibrations doubles. La zone dite musicale va de ut- 1 (16 v. d.) à ré 7 (1’m£= 704 096 v. d.). La voix humaine a une étendue qui va rarement au-dessous de 64 vibrations doubles et au-dessus de 1024 vibrations doubles (Moure et Cauzard). Or la diminution de l’acuité auditive peut se faire régulièrement sur toute la gamine des sons. 0 autres fois, l'affaiblissement porte seulement sur les sons graves ou sur les sons aigus. Dans certains cas, ce sont des notes isolées que le malade n’entend plus; on dit alors que la perception auditive présente des lacunes.

On apprécie facilement l’hypoacousie totale par le tic tac de la montre qui doit être suffisamment fort ou par l’examen à la voix chuchotée; on

SÉMIOLOGIE DE L'AUDITION.

articule modérément les voyelles u, i, e, o, a, en commentant par les plus graves. Il faut avoir soin d’examiner chaque oreille séparément. La voix chuchotée modérée s’entend à l’air libre à 20 mètres (Gastex), mais la plupart des malades qui se plaignent d'affaiblissement de I ouïe ne l’entendent guère qu’à moins de 5 mètres.

Pour apprécier le degré de conservation des divers sons, on se sert d'une série graduée de diapasons; o suffisent en général, le /a3 moyen qui donne 455 vibrations doubles, le la 1 grave et le Uü aigu. Au-dessus de 2000 vibrations doubles, c’est l’appareil de Schultzcqui permet le plus facilement d’apprécier l’acuité auditive; il consiste en une corde métallique tendue aux deux extrémités d’un socle de bois et sur laquelle glisse un curseur. Le sifflet «le (laiton, plus anciennement connu que le monocorde de Schullze, parait aussi plus pratique; en tout cas, il est d'un usage plus courant.

11 n’est pas toujours facile de reconnaître par l’examen fonctionnel l’origine périphérique ou labyrinthique d’une surdité. On a indiqué quelques expériences qui permettent, dans une certaine mesure, de distinguer une surdité de transmission par lésion de l’oreille moyenne, des surdités centrales ou de réception. Ce sont les épreuves de Weber, de Schwabach, de Rinne et de Gellé. Dans le Weber, si l'on place un diapason vibrant sur le vertex, l’homme normal localise également le son dans les 2 oreilles. Y a-t-il surdité de transmission, le son est renforcé, latéralisé du côté malade ou le plus malade; y a-t-il surdité de réception, il est latéralisé du côté sain. Dans le Schwabach, on applique sur le vertex un diapason vibrant dont on connaît la durée de perception normale. Il y a surdité de transmission si cette durée est augmentée, surdité de perception si elle est diminuée. Dans le Rinne, on compare la perception aérienne à la perception osseuse. Du diapason vibrant est placé sur l'incisive supérieure ou la masloïde jusqu'à ce que le son cesse d’être perçu; on le porte alors rapidement au méat. A l’étal normal et dans le cas de surdité de réception, le son est de nouveau perçu, le Rinneest dit positif. Quand il est négatif, c’est l’indice d’une lésion de l’appareil de transmission. Dans l’épreuve de Gellé, le diapason vibrant une fois sur le vertex, on comprime de l’air dans le conduit auditif à l’aide d’une poire de I’olitzer reliée au méat. Le son diminue, l’épreuve est positive, si l'oreille est saine ou s’il y a seulement lésion de l’oreille interne. Si, par contre, il y a lésion de la caisse et ankylosé de l’étrier, le son ne varie pas, l’épreuve est négative.

L’origine labyrinthique d’une surdité de réception se reconnaît surtout à la coexistence de symptômes dits vestibulaires, vomissements, vertige, nystagmus provoqué, vertige voltaïque... (Yov. Examen de l'appareil vestibulaive, p. 451.) G’est dans cette variété de surdité que l’on a décrit les lacunes de l’échelle des sons. Gradenigo a donné quelques signes de la surdité par atteinte du nerf auditif : l’acuité auditive s’épuiserait rapidement ; l’échelle des sons est atteinte dans les sons aigus, non dans les sons graves.

La douleur d'oreille ou otalgie esl rare et le plus souvent d'origine névropathique.

L 'hyperacousie ne consiste pas en une acuité plus grande de l'ouïe; le malade ne différencie pas mieux et ne perçoit pas des sons plus faibles qu’un sujet normal. C’est simplement par réaction psychique qu’il exagère les sons perçus (A. Marie). Ils paraissent plus intenses et s’accompagnent souvent d’un sentiment pénible, l’hyperacousie est alors douloureuse. C’est un phénomène relativement rare dans les affections organiques du système nerveux; pourtant il se rencontre dans certaines paralysies faciales périphériques. Il esl fréquent chez les névropathes, chez les dégénérés et dans, la migraine.

Les paracousies sont assez nombreuses. La paracousie de Weber qui consiste en une perception exagérée des vibrations du diapason, la paracousie de Willis où le malade entend mieux au milieu du bruit, indiquent surtout une lésion de la caisse du tympan. Dans la paracousie proprement dite ou musicale , le sujet prend un son pour un autre; il le perçoit abaissé ou exhaussé. Dans la paracousie de lieu, fréquente surtout au cours des surdités unilatérales passagères, le sujet assigne à la source sonore une direction opposée à la direction réelle.

L audition colorée, où voyelles et diphtongues s’allient à des sensations de couleur, esl une pseudesthésie qui se rencontre surtout chez les névropathes.

L’exploration électrique du nerf auditif fournit quelques renseignements. Pour provoquer la réaction normale du nerf, on se sert d’un courant continu de S, d’autres disent 10-15 milliampères. L’électrode active de petite dimension est placée sur le tragus; l’électrode indifférente plus large, sur la nuque ou le bras. Normalement, si l’électrode active répond au pôle négatif, dès que l’on ouvre le courant, il se produit un son bourdonnant ; la fermeture est silencieuse. Si l’électrode active répond au pôle positif, c’est l’inverse ; il ne se produit de son qu’à la fermeture. On dit qu’il y a hyperexcitabilité du nerf, s'il suffit d’un courant plus faible pour amener cette réaction, ou si un même courant amène une réaction beaucoup plus vive.

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