SÉMIOLOGIE DU LIQUIDE CÉPHALO-RACHIDIEN
La ponction lombaire fut introduite 'en clinique, par Quincke (1<S!)1), dans un but exclusivement thérapeutique et pour diminuer la compression cérébrale dans les cas d hydrocéphalie aiguë et chronique. Mais cette intervention avait été déjà pratiquée avant lui par Essex et Winler (1889) et par IIulke( 1890). Ce sont Widal, Sicart et Ravaul (1900) ipii furent les premiers à montrer la possibilité, en étudiant la cytologie dit liquide céphalo-rachidien retiré par la ponction lombaire, d’en tirer des indications diagnostiques. Au cours de ces dix dernières années, les recherches pratiquées, surtout en France, ont bien mis en évidence 1 intérêt considérable qui s’attache à I étude de ce liquide. Le diagnostic, le traitement, la pathogénie des affections nerveuses et des maladies générales ont largement bénéficié de cette nouvelle méthode d’exploration, (pii est, à proprement parler, une biopsie.
Je rappellerai brièvement que le liquide céphalo-rachidien lire principalement son origine des vaisseaux des plexus choroïdes, que sa masse totale, accumulée dans les espaces sous-arachnoïdiens et dans les ventricules, est évaluée normalement de 109 à 150 centimètres cubes, — bien ipie, s’échappant d’une façon continue par une ponction accidentelle, on en ail pu recueillir jusqu’à 2 et même 4 litres, — et qu'enlin il s’écoule dans la circulation lymphatique par les gaines périvasculaires et périradiculaires.
Sans m’arrêter à d’intéressantes considérations d’ordre physiologique, thérapeutique ou pathogénique, qui m’écarteraient du cadre de cet ouvrage, je me bornerai ici à indiquer la valeur sémiologique de l’étude du liquide céphalo-rachidien.
Voyons d’abord quels sont, à l’état normal, les caractères de ce liquide.
Lorsqu'on fait une rachieentèse, on le voit sourdre par l’aiguille sous forme de gouttes assez serrées — 60 environ par minute, soit une par seconde, — qui se pressent lorsque le malade parle, tousse ou respire fortement, mais jamais le liquide ne s’écoule en jet.
Recueilli dans un tube de verre, il est incolore, limpide comme de l’eau de roche. Mais il est plus lluide que l’eau, car, agité dans sou récipient, il en mouille moins les parois que celle-ci et retombe au fond plus rapidement.
Dejehine. — Sémiologie. 7ô
Quelquefois, il est teinté en rouge, par suite de la piqûre accidentelle d’un vaisseau; on verra plus loin gomment ou distingue celte coloration accidentelle de certains étals pathologiques dus à une hémorragie méningée ou cérébrale.
Sa réaction est légèrement alcaline. Sa densité, en rapport avec sa faible teneur en matériaux solides, est environ de 1007.
Avant tout, le liquide céphalo-rachidien est constitué par une solution de chlorure de sodium ; il en contient de 6 à 8 grammes par litre. En dehors de cette substance minérale, il ne contient que des traces de phosphate de chaux et de carbonate de soude. Les matières organiques sont moins abondantes que les sels, il n’y en a que l ou 2 grammes pour 1000. A l’état normal, on y rencontre une petite quantité d’albumine, toujours inférieure à 0,50 pour 1000 (Mestrezat) et mise facilement en évidence par le chauffage après adjonction de quelques gouttes d'acide trichloracétique, ou par l’acide nitrique. Cette albumine est constituée presque uniquement par de la séro-globuline. alors que dans h1 plasma sanguin on trouve, en outre, de la séro-albumine ou sérine. La fibrine n’existe qu’à l’état de traces, inappréciables à l’état normal. 11 nv a pas de substance fibrinogène.
Le liquide céphalo-rachidien réduit légèrement la liqueur de Fehling: le corps réducteur parait être, comme l’avait supposé Claude Bernard, le glucose (Grimbert et Coulaud). La quantité normale de glucose est de 40 à 60 centigrammes par litre (Sicard); elle est donc inférieure à celle du sang. Il renferme encore de l’urée (0,25 à 0,55 par litre) et des traces de peptones. Il ne contient pas de complément ou alexine. Il est donc inutile de I inactiver lorsqu’on veut pratiquer avec lui la réaction de fixation du complément par la méthode complète.
La centrifugation montre (pie ce liquide ne contient aucune cellule en suspension ou, quelquefois, de rares lymphocytes. D’après Nageotte et Lévy-Valensi. le nombre de lymphocytes qu’on rencontre à l étal normal varie entre 1/2 et 1 1/2 par millimètre cube (numération faite avec la cellule de Nageotte). Abandonné à lui-même, à l’abri de l infection, il ne se trouble pas, il ne se coagule pas.
Telles sont les principales propriétés du liquide céphalo-rachidien normal. Chacune d’elles peut se modifier dans les états pathologiques et ce n’est qu’en coordonnant les caractères anormaux qu’on peut juger de l’altération plus ou moins marquée que peut présenter ce liquide.
J’étudierai successivement les modifications des caractères physiques, chimiques, cytologiques, bactériologiques et biologiques proprement dits de ce liquide.
I. Étude physique. — J’envisagerai ici la tension, la coloration, la densité et le point cryoscopique dans les états pathologiques. Je laisserai de côté l’étude de la conductibilité électrique et de la viscosité.
1" Tension. — On a essayé de mesurer la tension du liquide céphalo-