SOMMEIL
Sommeil normal. — Toute cellule de l'organisme a besoin de repos après qu’elle a fonctionné. Or, la cellule nerveuse, par la multiplicité et la variété des adaptations et des associations physiologiques auxquelles elle se prête, a besoin, elle aussi, d’une période réparatrice. Cette période, c’est le sommeil. Si loin qu'on descende dans la chaîne des animaux inférieurs, on retrouve ce repos du système nerveux.
Ce qui caractérise le sommeil dans l’espèce humaine, où je l’envisagerai seulement, c’est la raréfaction progressive des impressions venues de l’extérieur, c’est une diminution des fonctions psychiques et c'est l'abolition des mouvements volontaires. Après avoir travaillé toute la journée, les cellules nerveuses se reposent quand vient la nuit. C’est en effet le moment du silence, de l’obscurité, du minimum des excitations sensorielles en un mot, qui convient le mieux à leur repos. Tantôt le sommeil survient brusquement, c’est ce qui arrive chez les enfants ou après une grande fatigue intellectuelle ou physique chez certains sujets. Tantôt et le plus fréquemment, le sommeil s’établit progressivement et régulièrement, annoncé par la lourdeur des paupières supérieures, par le tiraillement des muscles sous-hyoïdiens, par la torpeur cérébrale et les
SÉMIOLOGIE DU SYSTEME SERVE U X
bâillements; les organes des sens suspendent leur activité, les hallucinations hypnagogiques de Ilaillarger se manifestent, la vie de relation s’efface. Certains s’endorment sitôt couchés, d’autres ne dorment qu’après un certain repos préalable; les uns ont un sommeil lourd, insensible à toute excitation du dehors, les antres ont le sommeil léger et se réveillent à la moindre impression sensorielle. Ce sont là autant de variations individuelles et où l'hérédité ne parait jouer aucun rôle.
Lorsqu’un individu est endormi, quel est létal de ses organes et comment réagit-il aux excitations diverses? Tout d’abord le cerveau est-il anémié ou hyperémié? La question n’est pas nouvelle et les anciens pensaient déjà à une compression du cerveau par une accumulation sanguine dans le crâne. Durham en 1865, puis Hammond et Samson remarquèrent au contraire la pâleur du cerveau. Cl. Bernard, étudiant les anesthésiques, vit que les troubles de la respiration produits amenaient une congestion du cerveau, puis que. lorsque l’anesthésie apparaissait, le cerveau devenait pâle. Mosso (1891) a constaté que pendant le sommeil la réplétion vasculaire cérébrale diminue.
François Franck chez une adulte, Langlet et Salathé chez les enfants ont reconnu le même phénomène. Si l’on inscrit le pouls du cerveau pendant des heures consécutives, on constate qu’au lieu de présenter de fortes ondulations comme pendant l’état de veille, il devient régulier et uniforme (Mosso). Cette diminution de vascularisation du cerveau pendant le sommeil est d’ailleurs, comme I a fait remarquer Mathias Duval, en rapport avec une loi de physiologie générale : un organe au repos renferme moins de sang que lorsqu'il travaille. Dick (1S!)D) a attiré l’attention sur ce fait que, chez les épileptiques, les attaques nocturnes coïncident avec le moment où le sommeil est le plus profond et il est disposé à regardé l’anémie cérébrale du sommeil comme favorisant l’apparition de ces attaques.
Il est cependant plus que probable que la théorie de la contraction vasculaire ne suffit pas à elle seule pour expliquer le sommeil et que ce dernier relève surtout d’une intoxication de la cellule nerveuse. L’état de veille prolongée amène peu à peu un état d’asphyxie cellulaire et partant une circulation moindre (J. Soury).
Pendant le sommeil, la réceptivité du cerveau pour les impressions extérieures est loin d’être annihilée. Une excitation suffisante peut amener une modification du degré du sommeil ou de l’attitude du sujet; elle peut être l'occasion d'un rêve; plus énergique elle peut provoquer le réveil. La volonté elle-même ne perd pas tous ses droits, et chacun sait qu'il peut s’éveiller à telle ou telle heure, s'il a fait un effort de volonté suffisamment intense. Les exemples d'actes cérébraux conscients, d’attention et de mémoire au cours du sommeil, ne sont pas très rares. Mais en général il n’y là qu’une réviviscence assez faible de ces facultés. On sait, en effet, avec quelle facilité et avec quelle rapidité s’évanouit le souvenir des images d’un rêve!
Longet oppose à la vue, qui s'endort la première et ne se réveille pas
TROUBLES DE L'INTELLIGENCE
instantanément, Ionie qui, endormie la dernière, se réveille la première.
Le sommeil établi, l'homme’’ est comparable à un animal dépourvu d’hémisphères cérébraux. 11 estcapaldede quelques mouvements réflexes, mais, sur 1 état des réflexes proprement dits, les opinions divergent. Les uns les disent exagérés (Mathias Duval, Bertin), les autres, diminués ou abolis (Nuel, Waller, Rosenbach). Expérimentalement, Mosso a constaté la persistance des réflexes vaso-moteurs, qui sont toutefois ralentis. Il a noté qu’à l’occasion d’une excitation périphérique, b* sang afflue dans le cerveau anémié pendant le sommeil : c’est par ce mécanisme qu’il rentrerait en activité et que le sommeil cesserait.
Les paupières sont closes, les globes oculaires regardent en haut et en dedans pour les uns, en haut et en dehors pour les autres. La sécrétion lacrymale est presque supprimée : d’où sécheresse de la cornée, d’où probablement la sensation de picotements aux yeux, qui précède le sommeil (Berger et Lœwy). La pupille est resserrée, ainsi que Fonlana l’avait déjà constaté. Le myosis du sommeil ne tiendrait pas à un spasme du sphincter irien (Plotke), mais à une paralysie des libres nerveuses vasoconslriclives de l'iris, paralysie qui serait d’origine centrale (bulbaire, d’après Berger et Lœwy). Mathias Duval, considérant avec Schiff que la pupille est un véritable esthésiomètre, et que son resserrement marque l’absence de toute sensation, conclut quelle doit être rétrécie dans le sommeil sans rêves et sans doute plus ou moins dilatée dans le cas contraire.
Depuis Galien, on s’accorde à reconnaître que dans le sommeil le pouls est ralenti. François-Franck évalue ce ralentissement à I/o. 11 note de plus que l’impulsion systolique du cœur est moins énergique, que le dicrotisme s’atténue ou disparait et que le retard du pouls sur le cœur s’exagère notablement. De même, la pression artérielle baisse de 2 à •5 centimètres de mercure : pour Brush et Fayerweather, elle se relèverait avant le réveil et le minimum de tension correspondrait au maximum de profondeur du sommeil. A la superficie du corps, les vaisseaux sanguins sont dilatés : les téguments et les muqueuses rougissent, la sécrétion sudorale est activée.
La respiration se ralentit également et, d’après Mosso, devient presque exclusivement thoracique. Elle tend à prendre le type périodique, l’inspiration devenant plus longue que l’expiration. Pettenkotfer et Voit ont constaté que le volume d’oxvgène absorbé est supérieur à celui de l'acide carbonique exhalé; aussi la production de chaleur animale est-elle moindre. Toutes les sécrétions, sauf la sudorale, diminuent. L’assimilation augmente, tandis que la désassimilation décroît.
La production d urée baisse. Bouchard a trouvé dans l’urine du jour un poison narcotisant et dans l’urine de la nuit un poison convulsivant, ces deux poisons étant antagonistes. Au total, les urines du sommeil ont une toxicité moindre (pie celles de la veille. Les muscles lisses se laissent facilement relâcher, les réservoirs deviennent plus tolérants. La
température centrale s’abaisse (de Manacéïne). L’appétit du sommeil, comme disait Laségue, n’a pas de localisation. C’est un besoin général. On a parlé de centres du sommeil, mais leur existence est tout au moins hypothétique.
Peut-on trouver pendant le sommeil un état anatomique spécial du système nerveux et en particulier des cellules. Kn 1894, Lépine si* demandait si ces éléments ne subissaient pas une sorte de rétraction. Mathi as Duval a fait jouer ingénieusement un rôle à la rétraction des extrémités protoplasmiques — dendrites — des neurones et à la suppression de leurs relations entre eux. D’autre part, avec la méthode de Golgi on a pu constater des aspects variables de la cellule nerveuse suivant qu’elle était à l’état de repos ou à l'état de fonctionnement.
Mais en somme il n’y a pas, appuyée sur des faits suffisamment positifs, de théorie anatomo-physiologique du sommeil. C'est encore, d’autre part, une question que de savoir s'il faut envisager le sommeil comme un état négatif, comme résultant de la cessation de certaines fonctions, ou si au contraire il faut en faire une fonction végétative autonome. Claparède le regarde comme « une fonction de défense, un instinct qui a pour but, en frappant l'animal d'inertie, de l’empêcher de parvenir au stade d’épuisement ». Le sommeil, d’après Claparède, est une réaction de désintéressement pour la situation présente. « Ce n'est pas, dit-il, parce que nous sommes intoxiqués que nous dormons, mais nous dormons pour ne pas l'être. » Ces vues quelque peu finalistes sont intéressantes, mais ne nous éclairent pas sur le mécanisme intime du sommeil.
Quoiqu’il en soit, une donnée reste positive, c'est qu'il ne peut v avoir de sommeil qu’autant qu’il y a abolition des fonctions de conscience. Celles-ci dépendent étroitement de l'automatisme psychologique. Fonctions de conscience et fonctions automatiques sont évidemment soumises, comme toutes les fonctions de l'organisme, à des conditions anatomiques' et physiologiques, et d'autre part tous les phénomènes de la vie organique ont un retentissement sur les fonctions psychiques automatiques capables de réveiller à leur tour les fonctions de conscience. C’est dans ces propositions qu’il faut, à mon sens, chercher la clef de toutes les atteintes pathologiques que peut présenter le sommeil.
Sommeil pathologique. — Le sommeil peut être troublé par divers mécanismes et l’on conçoit théoriquement qu’il existe des troubles du sommeil par altérations anatomiques des centres nerveux, par autoou hétéro-intoxication de ces centres, par troubles circulatoires, etc. D’autre part, tous les appels de l’automatisme psychologique en rapport ou non eux-mêmes avec des appels de la vie organique peuvent atteindre le sommeil, dans sa production, dans sa durée, dans ses qualités.
.le n’étudierai ici que les insomnies et les divers sommeils pathologiques proprement dits.
TROUBLES DE L INTELLIGENCE
Insomnie. — Lorsque le sommeil est diminué notablement ou supprimé, on dit qu’il y a insomnie partielle ou totale, ou bien encore (u/rypiiie.
Pour l’insomnie comme pour le sommeil normal, il y a une question individuelle dont il faut tenir compte: pour une même cause et dans des conditions identiques tel sujet aura de l’insomnie, alors qu’un autre ne présentera que peu ou pas de troubles du sommeil. Les faits où l’on a constaté la diminution progressive du sommeil à peu près au même âge chez les ascendants et les descendants doivent-ils être acceptés sans contestation? Y a-t-il ou non une insomnie héréditaire? C'est là une question encore incertaine.
On peut ranger les causes de l'insomnie dans les trois groupes suivants : ou bien elle relève d’une altération organique ou fonctionnelle du système nerveux, ou bien elle est symptomatique d une affection viscérale ou d’un état général dyscrasique, ou enfin elle résulte d’une infection ou d’une intoxication.
Les affections cérébrales douloureuses ou accompagnées de troubles vasculaires notables engendrent l'insomnie: telles les méningites aiguës, les tumeurs cérébrales, la paralysie générale et surtout la syphilis cérébrale, où l’insomnie, jointe à la céphalée, acquiert une valeur sémiologique importante.
Dans la plupart des affections mentales, en particulier dans les attaques de manie aiguë, l'insomnie est de règle et tenace. Dans l’hystérie, l'insomnie s’observe assez souvent et dans la neurasthénie on sait combien elle est parfois difficile à combattre. On la rencontre également chez les obsédés, et chez les phobiques elle n'est pas rare. Il existe du reste une phobie de l’insomnie, les sujets qui en sont atteints ne dorment pas, parce qu'ils ont peur de ne pouvoir dormir. D'une manière générale, tout ce qui entretient l’activité psychique dans un certain état de tension est une cause d’insomnie. C’est du reste un fait d’observation banale que la concentration de l’esprit sur une idée empêche ou retarde le sommeil .
Dans le domaine de la sensibilité générale les causes d'insomnie sont fréquentes, tel est le cas pour les grands traumatismes, les plaies, le zona, les panaris. Je citerai encore les névralgies de divers ordres, qui s’exaspèrent souvent au lit pendant la nuit, par la raison que l’attention du sujet est moins distraite que dans la journée. Toutes les démangeaisons et les prurits, le prurit nerveux et eu particulier le prurit anal s’exaspèrent au lit. Certaines douleurs, eu particulier l’acroparesthésie, ne survenant que la nuit, sont encore une cause d’insomnie. L'hyperesthésie de certaines sensibilités spéciales, de l’ouïe en particulier, joue encore un rôle important dans la privation du sommeil. Certains sujets sont tourmentés par des bourdonnements d'oreilles, par des bruits divers rendant le sommeil impossible.
Différentes maladies, parmi lesquelles les cirrhoses hépatiques, l’hypertrophie cardiaque avec palpitations chez les névropathes, l'asyslolie,
comptent souvent 1 insomnie au nombre de leurs manifestations ; dans cette dernière même, l’insomnie est parfois le signal-symptôme de la crise. La néphrite interstitielle par la polliakurie ou la polyurie qu’elle détermine est également une cause fréquente d insomnie. Il en est de même pour la polyurie nerveuse. L’arthritisme, sous le couvert de la goutte, du diabète ou de l’obésité, l’artério-sclérose, causent encore l’absence du sommeil.
Les altérations qualitatives ou quantitatives du sang dues à une infection ou à une intoxication, sont aussi fréquemment la source d'une insomnie plus ou moins prononcée. On sait quel rôle important joue l’insomnie comme signe de début d’une fièvre typhoïde ou d’une grippe, et combien il est fréquent de compter l’absence de sommeil au rang des symptômes du rhumatisme articulaire aigu ou de l’érysipèle, surtout lorsque celui-ci gagne le cuir chevelu. Enfin dans presque toutes les intoxications aiguës le sommeil fait défaut.
Chacun enfin connaît l’influence du café, du thé, du tabac sur la production de l'insomnie.
Comme pour le sommeil normal, on a recherché dans l’insomnie l’existence de modifications histologiques des cellules corticales du cerveau. Agostini et Lamberto Daddi ont décrit en 1898 des modifications histologiques de ces cellules; mais ces altérations n’ont rien de spécifique et se rencontrent dans nombre d’affections où I insomnie fait complètement défaut.
Narcolepsie. — Ce terme fut employé pour la première fois par Gelineau (1881) pour désigner une « névrose rare, caractérisée par un besoin subit, irrésistible de dormir, ordinairement de courte durée, se produisant à des intervalles plus ou moins rapprochés et obligeant ht sujet à tomber ou à s’étendre pour lui obéir ».
L’invasion du sommeil est plus ou moins brutale, précédée de courbatures, de sensation de constrietion céphalique. Les paupières sont lourdes, les yeux sont le siège de légers picotements. La marche est pénible et incertaine. Presque constamment, en somme, il y a avant que le malade cède au sommeil une période prodromique. Mais celle-ci peut être j * 1 u s ou moins courte et parfois être assez réduite pour prendre le malade au milieu de ses occupations, sans qu'il ait le temps de se protéger contre les accidents auxquels peut l’exposer un sommeil profond. Lorsque le malade a succombé au sommeil, la résolution musculaire est généralement complète. Les membres soulevés retombent inertes; les traits sont affaissés et même, d’après Féré, les muscles de la face pourraient être parésies et les joues vibrer à chaque respiration. Parfois au lieu d’être en état de résolution les muscles sont au contraire en état de contention plus ou moins marquée.
Les sensibilités générale et spéciales sont obtuses et seules des excitations intensives et répétées peuvent sortir les malades pour quelques, instants de leur torpeur dans laquelle ils retombent presque iinmé-
troubles de e intelligence.
diatemeiit. Les fonctions générales de l’organisme sont ralenties. La
température reste cependant normale.
Pendant le sommeil les fonctions intellectuelles se trouvent dans un état variable. Tantôt l'inconscience est absolue. Tantôt certains processus psychiques élémentaires persistent, se traduisant par des gestes et des paroles confuses et quelquefois par du somnambulisme. Il est enfin des malades dont la conscience veille el qui sont au réveil capables < «
raconter ce qui s’est passé durant leur sommeil.
La durée de l’attaque varie entre quelques secondes et plusieui. heures et, suivant la durée de la crise, le réveil est brusque ou progressai • La durée de l’attaque est à peu près constante pour toutes les crises <1 un
même malade. , . , •
les circonstances qui déterminent occasionnellement la ciisc extrêmement variables suivant les sujets, mais ont été quelquefois trouvées assez fixes pour un sujet donné.
Valeur sémiologique. — La narcolepsie essentielle ou idiopathique ne paraît devoir persister dans les cadres nosologiques .pi a titre de dénomination d’attente, donnant une étiquette provisoire a des cas tels que ceux de Macormac (1899), de Sezary et de Montet (malade de mon service de la Salpêtrière (1908). Cette narcolepsie dite essentielle a une évolution chronique. Elle compromet la vie sociale du malade et peu devenir le point de départ de troubles psychiques. Il n y a généralement nas de narcolepsie sans causes. Mais ces causes sont des plus variables. Les tumeurs cérébrales (Salmon, Janet, Socca, Corvin, l ighelli. ira, ceschi, Raymond, Saudré, etc...) l’occasionneraient assez fréquemment. La narcolepsie se produisant dans ces cas n’a aucune valeur de localisation. Dans la poliencéphalite supérieure aigue, la po hencep lia ht supérieure subaiguë ou chronique (Mauthner, Goldzieher), enupia < paralytique (Féré) , la narcolepsie se trouve signalée. Mais c est sui tout • - • l’encéphalite provoquée par le trypanosoma gambiense, dans la maladie du sommeil des nègres , que la narcolepsie se trouve avec une requence saisissante. A celle-ci je consacrerai un paragraphe spécial. Dans a méningite tuberculeuse (Lesage et Abrami), on a signale des attaques somnolence .pii semblent pouvoir se confondre avec la narcolepsie.
D’autre part des crises de sommeil paroxystique peuvent survenir au cours des intoxications les plus variées, que celles-ci soient auto ou hétéro-toxiques. Le chloral, l’opium, l'alcool, le haschich, le -
forme, l’éther peuvent chez des prédisposes provoquer des attaques sommeil précédées, accompagnées ou suivies d hallucinations p us ou moins groupées en un état onirique. Ce ne sont pas la des naitolef pures, vraies, spontanées. Chez les obèses, les diabétiques, les uremiques, les myxœdémateux, chez les sujets atteints d’insuffisance hépatique, on peut rencontrer des attaques de sommeil identiques en somme aux aises
de la narcolepsie. .
Dans les infections générales, des attaques de narcolepsie peuvent sui-
SÉMIOLOGIE 1)U SYSTÈME XETiVEUX.
venir soit au cours <le leur évolution, soit consécutivement, l a grippe, en particulier dans des épidémies anciennes (Caméranius, Lepecq de la Clôture, R. Longuet), est l'affection (pii le plus hahiluidlement se trouve en cause. Il est d’autre part une affection rare et mal connue, la noua, vraisemblablement forme cérébro-spinale de la grippe (Braun) dans la symptomatologie de laquelle la narcolepsie tient la première place ( I ranjeu, Hammerschlag, Priester, Pannheimer, llalnger et liarret).
Enfin la narcolepsie peut faire partie intégrante de la svmptomatologie des névroses , hystérie et épilepsie (Féré). La catalepsie et la léthargie de l’hypnose peuvent même, dans une certaine mesure, être assimilées à la narcolepsie.
Maladie du sommeil. — La maladie du sommeil — trypanosomiase humaine — due au trypanosome yambiense est une affection limitée dans son expansion à 1 Afrique et spécialement à l'Afrique occidentale et centrale. Elle sévit surtout le long des fleuves (“I se propage principalement par l'intermédiaire d’un moustique, la ylossina palpalis. Elle atteint de préférence la race noire, mais les Européens sont loin de présenter à son endroit une immunité absolue (Patrick-Manson, Dutton et Todd. Brumpt).
L’évolution de la maladie reconnaît trois périodes (pie précède une période d’incubation et d'invasion. Celle-ci durerait de huit à\ ingt jours. La première période se caractérise par une lièvre irrégulière de 38 à 40 degrés, coupée de périodes d’apvrexic, par une faiblesse générale, par une sensibilité exagérée à la douleur, par des périodes d’excitation cérébrale passagère. Insomnie, céphalée, exanthèmes, prurit, adénopathies en particulier cervicales, caractérisent encore cette première période.
A la deuxième période on observe, outre l’accentuation des dgnes précédents, du tremblement, de l’apathie et enfin de la somnolence, survenant ou non sous forme d’accès, de crises de narcolepsie qui, au fur et à mesure de l'évolution, se rapprochent les unes des autres. En général, ces accès de narcolepsie sont précédés par différents phénomènes, a savoir : un ptosis bilatéral parfois extrêmement accusé, et une céphalée frontale. Le ptosis précède l’attaque de sommeil et disparait avec elle, mais à mesure que l'affection évolue, cette intermittence du ptosis diminue et la chute des paupières peut alors persister dans l’intervalle des accès.
A la troisième période, la somnolence est continue. Le malade ne sort plus de sa torpeur. Il ne mange ni ne boit que quand on l’y force. Les phénomènes nerveux augmentent. On peut constater des accès délirants, des convulsions épileptiformes généralisées ou à type jacksonien. Il \ a du tremblement musculaire généralisé; la marche et la parole sont impossibles; l’amaigrissement devient extrême et la mort survient dans un temps variable: la durée totale de la maladie peut élit; de quelques semaines à nombre de mois.
On a décrit des formes de la trypanosomiase à complications nerveuses
TU0UB1.ES DE l.lNTEU.KiENCE.
particulières : forme médullaire avec paraplégie (Mar lin cl Gui lia in). Idr me cérébrale (.Martin et Darré), forme cérébro-spinale (Nallan-Larrier el Sézafv), forme avec convulsions (Rey), forme délirante, forme cataleptique (Dey).
L’agent pathogène connu depuis les recherches de Caslellani (1905), déjà entrevu par Dultan en 1901, sc trouve dans le sang cl dans le suc ganglionnaire avec une assez grande facilité, à la deuxième période de la maladie, plus difficilement à son début. On le retrouve dans le liquide* céphalo-rachidien qui présente en même temps une I vmpliocvlose souvent marquée.
Le vertige paralysant ne peut être confondu avec la maladie du sommeil. C’est une maladie caractérisée par des accès de parésies momentanées, s’accompagnant de troubles visuels et de douleurs vertébrales à irradiations, sans que 1 intelligence ni la sa ni»’* générale soienl atteintes. Il v a trois types principaux de physionomie du malade : le Ivpe de rendormi, le type du recueillement et le type de l'aveugle ivre. (Voir Sémiologie c lu vertige.)
Sommeil hystérique. Léthargie. — Ambroise Paré dit que c’est un « sommeil par lequel les facultés el puissances de l ame sont ensevelies, en sorte qu'il semble que l’on soit mort ». Pfendler, Routges, Espanet se sont occupés de l’hystérie comateuse. Plus récemment Charcot, Pitres, Debove, Achard, llandford, Steiner, Cilles de la Tourelle oui étudié l’attaque de sommeil hystérique.
Rarement les attaques de sommeil hystérique constituent la première manifestation de la névrose: d’ordinaiie elles terminent une ou plusieurs attaques convulsives. Ni l’âge ni le sexe n'ont d'influence. Tantôt brusquement le sujet est plongé dans le sommeil, tantôt il existe une aura prémonitoire. Une fois endormi, le malade a la face soit pâle, soi I colorée, les muscles, en particulier les masséters, sont contracturés, les yeux sont convulsés et recouverts par les paupières qui présentent des battements rapides. La respiration est calme, superficielle, tantôt ralentie, tantôt accélérée, tantôt affectant le type Clieyne el Slokes.’ comme dans un cas d’Achard. Le pouls bat régulièrement. D'après Charcot la temperature ne dépasse jamais 58", 5. On peut constater l'existence d'une anesthésie sensitivo-sensorielle généralisée. Cependant la perception n’est pas abolie, car par la pression des zones dites hystérogènes on peut rappeler une crise ou quelquefois amener le réveil. On peut rappeler à ce propos l'histoire du malade de Pfendler qui entendait les préparatifs de mort se faire autour de lui. sans pouvoir sortir de son état. L’alimentation du sujet doit presque toujours être pratiquée artificiellement, el si la léthargie se prolonge, le taux de l’urée diminue, le sujet maigrit.
Certaines attaques de sommeil sont brusques et courtes, pseudo-syncopales; d’autres se prolongent pendant plusieurs heures, quelquefois même l’état de mal dure des semaines et des mois. Parmi les attaques à évolution rapide, il faut signaler celles qui débutent par un véritable
ictus et durent trois ou quatre jours : elles méritent le nom d' apoplexie hystérique que Debove leur a donné eu 1886, et ont été étudiées surtout par Achard (1887). Généralement la terminaison de l’attaque île sommeil se fait par une crise convulsive ou par le passage à un autre accident de la névrose. Landouzy cite des cas de mort, l ue attaque de sommeil hystérique qui s’est présentée sous la forme de léthargie, par exemple, peut récidiver sous la forme narcoleptique ou la forme apoplectique. 6e sont là d’ailleurs autant de transformations de l’hvstérie convulsive.
Existe-t-il une léthargie proprement dite, c’est-à-dire une variété de sommeil continu et prolongé, qui ne soit pas à mettre sur le compte de l'hystérie? C’est ce qu'on a admis pendant longtemps, et on a fait de la léthargie une entité morbide. Aujourd’hui que lhvslérie monosymptomatique et que le polymorphisme de la névrose sont bien connus, il semble assez difficile d’admettre l’existence de la léthargie en dehors de l'hystérie.
Le diagnostic du sommeil hystérique est parfois des plus délicats. On écartera la syncope vraie, qui d’ailleurs peut survenir chez les hystériques et rendre ainsi la différenciation plus complexe. Il faudra aussi envisager la possibilité d’un coma, en particulier du coma urémique, dans lequel on peut voir comme dans l'hystérie des attitudes calaleploïdes (Ih issaud). Le sommeil hypnotique ne sera pas toujours facile à dépister. La stupeur mélancolique à forme dépressive se jugera par l’évolution. La narcolepsie, ainsi qu’on vient de le voir, peut être d’origine hystérique, et la < I i ll’érenciation entre le sommeil hystérique et la narcolepsie, bien que tentée par Parmentier, me parait bien difficile à établir. On devra aussi, sous peiné d’erreur des plus graves, distinguer la léthargie hystérique de la mort réelle qu’elle simule parfois à s’v méprendre. Ou ne compte plus actuellement le nombre de léthargiques qui ont été ainsi ensevelis. Une petite incision artérielle sera, dans quelques cas, un moyen auquel on devra avoir recours, lorsqu’on n’aura pu se prononcer par aucun autre procédé.
L’importance que revêt le sommeil hystérique en médecine légale est immense. La possibilité du viol dans cet état et sans que la malade en ait conscience est aujourd'hui établie.