AMNÉSIE
Lebon fonctionnement de la mémoire est, comme celui de toutes les autres fonctions psychiques, lié à l'intégrité fonctionnelle et anatomique des centres cérébraux. Tous les troubles pathologiques qui ont le cerveau pour siège ou qui retentissent indirectement sur lui peuvent donc compromettre la mémoire.
Tout souvenir complet est un phénomène complexe qui suppose la perception de l’image, sa fixation, sa conservation, son évocation ou reproduction, sa localisation dans le temps et dans l'espace. Perception, fixation, conservation répondent à des modifications particulières des éléments nerveux : à attention égale, elles sont d'autant plus précises et stables que les cellules du cortex sont dans un meilleur état anatomo-
TROUBLES l)E L IA T E I. LICENCE.
physiologique. L’évocation des images se fait par le mécanisme des associations d idées, dont le jeu régulier réclame: anatomiquement, 1 i n tégrité des connexions nerveuses; psychologiquement, la persistance des facultés supérieures, attention et volonté. La localisation dans le temps el l'espace intéresse la personnalité entière et avec elle tout le consensus dynamique des centres nerveux.
C’est exclusivement par l'évocation volontaire el la localisation dans 1(> temps et dans l’espace que les faits de mémoire appartiennent, comme tels, à la vie consciente. Fixation et conservation, bases de la mémoire, sont toutes organiques, et l'évocation des images, en se répétant, en passant graduellement à l’involontaire, à l'inconscient, à l’automatique, transforme le souvenir conscient en un réflexe dont les commémoratifs nous font défaut cl qui n’a plus d’histoire à nos yeux : c’est ainsi que nous marchons, que nous exécutons les gestes professionnels, que nous écrivons, que nous parlons, que nous lisons, sans nous rendre compte que, ce faisant, nous utilisons des souvenirs. La mémoire en se perfectionnant tend à devenir inconsciente, automatique, organique.
On comprend aisément que les troubles de la mémoire sont d’autant plus graves qu'ils portent plus profondément : l’évocation, la localisation peuvent être troublées, sans que le souvenir soit irrémédiablement compromis, puisque par hypothèse la fixation et la conservation sont restées normales; mais il n'est pas de trouble de la fixation et de la conservation sans disparition définitive de la mémoire pour toutes les images qui n'ont été ni fixées ni conservées, et toute perte de connaissance, de quelque nature qu elle soit, s’accompagnant d’abolition de la conscience et de la perception, entraîne une amnésie incurable de la période correspondante. De tnème la perte des souvenirs qui ressortissent à la mémoire organique traduit en général une désorganisation plus profonde des éléments nerveux que celle des souvenirs conscients. Aussi, dans les amnésies progressives, verrons-nous les souvenirs conscients disparaître avant les souvenirs organiques.
Toutes les mémoires ne sont pas identiques; l’aptitude à emmagasiner les souvenirs varie avec les individus, suivant leur condition sociale, leur instruction et leur éducation, suivant leur nationalité, suivant leur race, suivant leur sexe, suivant leurs facultés, suivant enfin la nature des images, selon (|uc les individus sont visuels, auditifs ou moteurs. Ci' sont là tout autant d’éléments dont il importe de tenir compte dans l’examen clinique de la mémoire. Pour être complet cet examen doit porter, d’après Séglas, sur les souvenirs concernant les conditions personnelles du malade, son état civil, sa famille, son milieu domestique et social, sur les souvenirs des faits anciens et récents qui ont pu l'intéresser personnellement, sur les souvenirs des notions générales et spéciales, que son âge, son sexe, sa condition sociale ont pu lui permettre d’acquérir antérieurement, sur la mémoire verbale, sur les souvenirs des habitudes manuelles, enfin sur la mémoire organique.
Les troublés de la mémoire sont de trois sortes : elle peut s’exagérer.
SÉMIOLOGIE DU SYSTÈME NE RI EUX
elle peut être diminuée ou absente, enfin son fonctionnement peut affecter des allures paradoxales. D’où la distinction habituelle en hypermnésies, en hypomnésies, dysmnésies ou amnésies et en paramnésies. Iles premières et des dernières je ne dirai que quelques mots, car elles ne présentent cliniquement ni la fréquence, ni l'importance des amnésies.
V hyper mnêsie peut être congénitale ou acquise. Congénitale, quand elle est générale et porte sur toute la mémoire, elle ne saurait intéresser le clinicien, car elle n’offre rien de morbide; elle est alors l’apanage de grandes intelligences et de cerveaux vigoureux; témoin Velpeau et l’anecdote fameuse de sa composition latine d’agrégation. Mais l’hypermnésie congénitale peut également être élective et spéciale et ne pas intéresser la mémoire entière : certains débiles, imbéciles, crétins, idiots, inaptes à toute étude suivie, retiennent cependant avec une facilité et une précision surprenantes, soit les airs de musique, soit les chiffres, soit même certaines catégories paradoxales de faits, comme les naissances et les enterrements. Cultivée, l’hypermnésie congénitale et spéciale peut acquérir une valeur sociale momentanée : tels les calculateurs comme Mondeux et Inaudi.
L’hypermnésie acquise est toujours morbide. Elle est assez difficile à diagnostiquer; car. d’une part, il n’est pas toujours possible de connaître la puissance antérieure de la mémoire, et, d’autre part, il se peut que l’exaltation des facultés mnémoniques soit seulement apparente et tienne à l’exagération de la mémoire involontaire, du jeu automatique des associations d’idées, joint à l’inhibition ou à l'affaiblissement des facultés supérieures. Kn tous cas, apparente ou réelle, l'hypermnésie, toujours transitoire, peut être générale et intéresser la mémoire entière ou, au contraire, être partielle et porter, par exemple, sur des langues jadis entendues ou parlées et oubliées depuis longtemps. Ces formes d’hvpermnésie se rencontrent dans la période prodromique de certaines maladies infectieuses et de certaines affections cérébrales, telles (pie la paralysie générale, dans l’excitation maniaque, dans les étals extatiques, dans l’hystérie ou dans l’hypnotisme. Elles apparaissent également sous l'inllueiice des toxiques tels que l’opium et le haschisch, des anesthésiques et des chocs émotifs : il est de notion courante (pie les individus en danger de mort, dans le cas de noyade en particulier, sont sujets à voir se dérouler sous leurs yeux, au moment suprême, le tableau panoramique de leur vie entière.
Les paramnésies, perversions de la mémoire, nous rapprochent des amnésies, car elles supposent déjà un fonctionnement défectueux de la mémoire et se rencontrent souvent associées à l’amnésie proprement dite. Elles sont fréquemment conscientes et quelquefois coercibles. Dans la paramnésie négative ou de certitude, le malade, tout en se souvenant, doute de la légitimité et de la réalité de ses souvenirs; la forme extrême de cette paramnésie de certitude se réalise dans les états décrits sous le nom de folie du doute. Dans la paramnésie positive, les fantaisies de l’imagination sont au contraire prises pour des souvenirs
TROUBLES UE L' INTELLIGENCE
réels; on y revèle également les illusions dites de fausse reconnaissance. La paramnésie positive se rencontre dans la psychasthénie, les étals confusionnels, 1 hystérie el l'épilepsie.
Les ecmnésies se relient plus étroitement encore aux amnésies. Kilos sont, en effet, toujours associées à cette forme d’amnésie que l’on décrit sons le nom de rétrograde. L'ecmnésie, véritable retour en arrière à une période antérieure de la vie, a son expression la plus frappante dans le puérilisme mental de Dupré. Le puérilisme est essentiellement caractérisé par les retours à la vie, aux habitudes, aux goûts et aux notions de l’enfance, avec perte définitive ou momentanée des acquisitions ultérieures. On distingue : le puérilisme confusionnel qui relève d’une toxi-infection qu’on a signalée dans les abcès et les tumeurs cérébrales; le puérilisme hystérique; le puérilisme démentiel, qui se rencontre principalement dans la démence sénile, dans la démence paralytique et dans les démences organiques: le puérilisme constitutionnel, qui répond à un état de débilité mentale et à un arrêt du développement intellectuel. Seuls, les deux premiers sont curables.
Amnésie. — On entend par amnésie toute perte, congénitale ou acquise, de la mémoire. Quand la mémoire est simplement diminuée et affaiblie, on emploie le terme de dysmnésie. Les amnésies, comme les souvenirs, sont des phénomènes fort complexes; aussi n’est-il pas étonnant que, pour en préciser et en différencier les caractères cliniques, on ait mis en usage toute une terminologie dont il importe, avant toute étude descriptive, de déterminer brièvement la signification.
Suivant le stade du souvenir qui est troublé, on parle d’amnésie de fixation, de conservation, d’évocation et même de localisation, cette dernière rentrant de préférence dans le groupe des paramnésies de certitude. Cette distinction, on I a vu, a son importance clinique, puisque, au contraire des deux autres, toute amnésie de fixation et de conservation est nécessairement el de par sa définition même, incurable.
On peut distinguer entre les amnésies suivant le nombre et la nature des souvenirs sur lesquels elles portent. Une amnésie est dite générale, quand elle embrasse indistinctement l’ensemble de tous les souvenirs de la vie entière ou d’une période délimtiée de la vie. Dans le premier cas on peut avoir affaire soit à une amnésie congénitale de fixation, comme chez les idiots, soit à une amnésie acquise par destruction des éléments nobles, comme dans la paralysie générale ou dans la démence sénile. Dans le second cas, l’amnésie générale relève d'un trouble limité de la fixation ou de l'évocation, et se rencontre dans Y hystérie, Y épilepsie, le somnamhulisme, le traumatisme, les intoxications , les infections, et Y insolation. L’amnésie, qu elle tienne à des lésions destructives ou à des phénomènes d’inhibition fonctionnelle, peut porter sur un groupe plus ou moins systématique de souvenirs, el se limiter à un ordre particulier de sensations et de perceptions ou à une catégorie déterminée d'objets. Sous l'influence du sulfure de carbone, du tabac, de l’ivresse ou de lésions orga-
niques, les couleurs, les sons, les nombres, les figures, les lieux, les noms propres, les langues étrangères peuvent être passagèrement ou définitivement oubliés : on dit alors que l'amnésie est partielle. En un sens, à ce point de vue, l’apraxie, 1 asymbolie, Eagnosie, la cécité et la surdité verbales, l’aphasie motrice sont autant d’amnésies partielles. Mais leur importance clinique, leurs caractères anatomo-pathologiques leur méritent une place à part dans la sémiologie. Cependant, selon Pitres, il y aurait lieu de distinguer entre l'aphasie proprement dite et l’aphasie amnésique : chez l’aphasique amnésique la parole serait conservée, les mots reconnus, le langage compris enfin sous tous ses modes, mais il v aurait amnésie verbale d’évocation et secondairement aphasie. Cette aphasie mériterait donc d’être dite aphasie dysnmésiqne d'évocation. Elle emprunterait trois formes cliniques : la première répondrait au cas des polyglottes qui perdent la faculté de parler une ou plusieurs des langues qu'ils ont antérieurement apprises; la seconde serait caractérisée par une dislocation syntaxique du langage se traduisant par le parler nègre; la troisième enfin consisterait en la perte des substantifs. En tous les cas, l’aphasie amnésique répondrait le plus souvent à une lésion organique. (Yoy. Aphasie amnésique, p. 102.)
D’après leurs modes d’apparition et d évolution, les amnésies se distinguent en congénitales, brusques, périodiques, lentes et progressives. Congénitale, comme chez Y idiot, Y imbécile, le crétin, l'amnésie est plus ou moins incurable — Brusque dans son invasion et sa disparition, comme dans les chocs émotifs et les traumatismes, elle est en général temporaire, pouvant persister de quelques heures à quelques années, mais durant ordinairement de quelques semaines à quelques mois; elle est par conséquent généralement curable. — Périodique, elle se produit par accès plus ou moins prolongés, divise le cours de la vie en deux courants distincts, dont l’un au moins ne pénètre pas 1 autre, et aboutit ainsi au dédoublement de la personnalité, dont la possibilité, communément admise chez les ligslériques, a été soutenue par Maxwell chez les épileptiques. — Lente et progressive, comme dans la démence sénile, elle est incurable et aboutit normalement à l’abolition de tous les souvenirs. L’amnésie progressive suit la loi de régression de Ribol : dans son travail de désagrégation mentale, elle va de l'instable au stable, du nouveau à l'ancien, du complexe au simple, de l’abstrait au concret, du volontaire à l'automatique, du moins organisé au mieux organisé. C’est ainsi que le souvenir des faits récents disparait avant celui des idées, celui des idées avant celui des sentiments, celui des sentiments avant celui des affections, celui des affections avant celui des actes. A l’égard du langage, l’amnésie progressive emporte successivement, suivant la même loi, les noms propres, les substantifs, les adjectifs, les verbes, les exclamations et les gestes. La mémoire affective et motrice se montre ainsi plus persistante que la mémoire intellectuelle.
L’amnésie est dite lacunaire quand elle porte sur une période nettement délimitée. Quand elle embrasse exclusivement le souvenir des évé-
TROUBLES DE LIS TE L I.IilEXCE.
nements de tout ordre qui oui pu provoquer son apparition, comme chez les traumatisés, par exemple, elle est dit*' simple. — Le plus souvent cependant cette amnésie ne reste pas simple, mais elle déborde, au contraire elle-même, pour ainsi dire, soit en avant, soit en arrière. Si, outre l’accident initial, l’amnésie porte sur les événements qui l’ont précédé de plus ou moins près, elle est dite rétrograde : c’est évidemment mie amnésie d’évocation, curable, par conséquent. — Quand, outre l’accident initial, l’amnésie intéresse, sur une période plus ou moins longue, les événements qui l’ont suivi, elle est dite antérograde et peut répondre soit à un trouble d’évocation curable, soit à un trouble de fixation incurable. — Dans une amnésie antérograde, continue, générale, portant sur l’ensemble des souvenirs, le malade se trouve à chaque moment vivre mie vie toujours nouvelle dans un monde toujours nouveau : il ne peut se familiariser naturellement avec rien de ce qui l’entoure, d’où, en particulier pour lui, I impossibilité de fixer dans son esprit la représentation des lieux où il habite et par conséquent une désorientation irréductible, une véritable topo-agnosie qui a été bien décrite par Dupré. — L’amnésie peut enfin porter à la fois sur les événements antérieurs et postérieurs à l’accident initial et mériter alors le nom de rétro-antérograde.
Suivant que le trouble des facultés mnémoniques est perçu ou non par le malade, l’amnésie est dite consciente, comme dans la neurasthénie, la mélancolie et la syphilis cérébrale, ou inconsciente comme dans la paralysie générale, Y épilepsie, le traumatisme et la confusion mentale. Dans Y hystérie, il est des cas où l’amnésie, ignorée du malade, méconnue par l’entourage, est une trouvaille de l’examen médical.
Les amnésies enfin, suivant la connaissance que nous avons de leur substratum anatomique, suivant la pathologie que nous croyons leur reconnaître, se distribuent en fonctionnelles et en organiques. — Les amnésies fonctionnelles ne sont pas nécessairement curables, car le trouble fonctionnel peut ne pas se ramener simplement, comme dans les amnésies d’évocation et de reproduction, à l’inutilisation des connexions établies entre les images, mais intéresser primitivement les cellules nerveuses elles-mêmes: tel semble être le cas dans l’émotion, la fatigue, les commotions cérébrales, les traumatismes, l’hystérie et 1 épilepsie. Essentiellement paroxystiques, d’invasion en général soudaine, les amnésies fonctionnelles atteignent d’emblée toute leur intensité, puis après une période d’étal d’une durée très variable, offrent le plus souvent une régression rapide, quand elles ne disparaissent pas brusquement. Dans l’étiologie des amnésies fonctionnelles, on a fait jouer un rôle important aux troubles de la nutrition et par conséquent de la circulation cérébrale, en particulier à 1 ischémie, dont l’action a été invoquée pour expliquer les amnésies fonctionnelles relevant des lésions cérébrales, des traumatismes, des maladies infectieuses, des intoxications, des hémorragies, de la fatigue, de la faim, de la soif et de la chaleur. — Les amnésies organiques sont des amnésies incurables répondant à des
SÉMIOLOGIE DU SYSTÈME XEBVEUX.
lésions destructives des libres de connexion entre les cellules nerveuses, ou des cellules nerveuses elles-mêmes, centres des images. Kl les se présentent plutôt comme des dvsmnésies que comme des amnésies proprement dites. Tantôt elles sont générales, comme dans les démences ; tantôt elles sont partielles, et relèvent alors, en général, de foyers de ramollissement . Le trait essentiel des amnésies organiques est leur incurabilité, leur permanence et leur progressivité. — II est à remarquer que cette distinction des amnésies en fonctionnelles et en organiques, pour satisfaisante qu’elle soit à l’esprit, ne laisse pas, dans la pratique, que de présenter quelques difficultés : certaines amnésies organiques sont susceptibles de rétrocéder dans les mois qui suivent leur apparition, tout comme une paralysie organique consécutive à un ictus : les lésions n’ont donc pas eu simplement une action destructive sur les éléments qu’elles ont directement intéressés, mais encore un retentissement dynamique sur les territoires cérébraux avoisinants; ici donc l'amnésie primitive comportait une association de troubles organiques et de troubles fonctionnels dont le départ est cliniquement impossible, autrement que par l’évolution. De même des amnésies fonctionnelles, provoquées par les troubles de la circulation cérébrale ou l'imprégnation momentanée des cellules par des poisons de tout ordre, sous l'influence des infections, des intoxications, dans le saturnisme, l'alcoolisme aigu, le diabète et le mal de Briglit, peuvent, après des oscillations, des rémissions et des rechutes, aboutir à la chronicité. Dans ces cas, de la simple perturbation fonctionnelle due à une action nocive momentanée, à la lésion définitivement établie sous l'influence continue de cette action, comme de l'amnésie fonctionnelle à l’amnésie organique, il va une gradation insensible. En particulier, le dément alcoolique est passé, pour aboutir à son amnésie incurable, par des épisodes d'amnésie curable de ses premières ivresses, et il en est ainsi de presque toutes les intoxications. De même, les émotions peuvent à la fois provoquer une amnésie fonctionnelle et, par les perturbations vasculaires qu’elles entraînent, constituer des lésions organiques génératrices également d'amnésie.
Valeur sémiologique des amnésies. — Les distinctions symptomatiques, cliniques et pathogéniques, que je viens d’énumérer, ne sauraient actuellement aboutir à une classification nosologique satisfaisante des amnésies. D’autant qu'au point de vue sémiologique, il m'a paru préférable d’aborder maintenant la description purement clinique des types d’amnésie que l’on peut observer en tenant essentiellement compte de deux facteurs capitaux au point de vue pratique : l'importance symptomatique relative que revêt l'amnésie dans le tableau morbide; les rapprochements cliniques qu'imposent naturellement les nécessités du diagnostic.
Pour ce qui a traitaux parlicularitésde la mémoire chez V idiot, Y imbécile et le crétin, je crois en avoir déjà suffisamment indiqué les traits essentiels.
Les troubles mnésiqucs qui apparaissent dans la fièvre typhoïde, la
TROUBLES DE El N TE LU G EN CE.
rougeole, la variole, le choléra , le typhus, la peste, le rhumatisme, les cardiopathies, la cachexie myxœdémateuse, ou qui soûl consécutifs à ['inanition, la strangulation, la pendaison et la submersion, ressortissent trop indirectement de la sémiologie du système nerveux pour que je croie devoir m'y arrêter et du reste, par leur symptomatologie et leur pathogénie, ils se rapprochent des amnésies confusionnelles et quelquefois de l’amnésie épileptique.
Dans la neurasthénie, la psychasthénie et la mélancolie, I amnésie ou plutôt la dvsmnésie est plus apparente que réelle. Quand elle existe elle porte principalement sur les laits recents ou se traduit par une certaine difficulté à trouver les mots. En ce quelle a de positif, cette dvsmnésie tient beaucoup moins à un trouble réel de la mémoire qu a une incapacité du sujet de se détacher de ses préoccupations morbides et à un certain ralentissement des associations d’idées et des processus psychiques en général. Il ne faut pas oublier enfin que ces malades sont portés à s’analyser à l’excès et à s’exagérer par conséquent leurs moindres défaillances, en ce qui touche leur mémoire comme en tout le reste, car ils aiment à saisir toutes les occasions qui leur sont offertes de se mal juger et de se déprécier.
Dans la démence précoce, les troubles de la mémoire sont secondaires aux troubles de l'affectivité et de la volonté qui, en substituant le pur automatisme aux associations volontaires, entraînent la non utilisation de la majorité des images mentales. Primitivement. les souvenirs ne sont donc pas détruits, ils restent simplement inutilisés; mais cette inutilisation, en se prolongeant, a pour conséquence leur disparition définitive.
Des troubles de la mémoire ont été signalés dans le goitre exophtalmique, dans la chorée où ils s’associent, soit à un état d hébétude et d’engourdissement, soit à une diminution de 1 attention et a une mobilité des idées, qui rendent difficile et défectueuse la fixation des images. Ces deux affections s’accompagnent quelquefois de tout le tableau clinique de la confusion mentale.
L’existence de troubles mentaux dans la maladie de l'arl; inson est encore très discutée. On peut y rencontrer un étal d’obtusion et de torpeur ou de diminution de la mémoire et de l’attention, qui, le cas échéant, aboutit à l’amnésie et à la démence. La sclérose en plaques dans la majorité des cas ne donne lieu à aucun trouble de la mémoire; cependant la diminution de la mémoire y a été signalée, associée à celle de la volonté et aboutissant quelquefois à un véritable puérilisme mental. On a attribué au tabes une action très lente de dégradation intellectuelle, mais, dans les cas où les troubles mentaux deviennent manifestes, ce n est pas le tabes qui en est cause et il faut toujours envisager la coexistence possible d’une paralysie générale associée. L afiaiblissemenl de la mémoire, de l’intelligence en général est au contraire un des symptômes fondamentaux de la chorée chronique d'IIuntington.
Dans l'encéphalite aiguë l'amnésie est fréquente. Les méningites laissent souvent après elles une amnésie de leur période délirante et parmi les
SÉMIOLOGIE DU SYSTÈME XERVEUX.
reliquats qui peuvent persister à leur suite, on constate fréquemment la diminution de la mémoire et de l'intelligence.
Les tumeurs cérébrales et les abcès du cerceau peuvent compter l'amnésie parmi leurs symptômes. A côté de la compression et des troubles circulatoires, l'intoxication nerveuse périlocale, dont les abcès et surtout les tumeurs sont le foyer, jouerait un rôle important dans la production de cette amnésie. Non seulement les malades ont des troubles de la mémoire, mais encore, désorientés, hébétés, ralentis, ils peuvent présenter un étal de confusion mentale torpide, dans lequel la diminution ou l’inhibition des facultés intellectuelles peut aller jusqu’à simuler la démence. A la faveur de leurs troubles mnésiques, ils traversent fréquemment des crises d’amnésie mal systématisées, di if uses, incohérentes, qui leur font revivre, au hasard des groupes d'images mentales reviviscentes, des périodes éloignées et disparates de leur vie. C’est dans les cas où le corps calleux esl intéressé par l’abcès ou par la tumeur que l'amnésie, et avec elle la confusion mentale, paraissent en général être les plus considérables.
Tout coma , quelle qu’en soit l'origine, s’accompagne d'une amnésie consécutive de la période comateuse, puisque toute perte de connaissance abolit la conscience et la fixation des images. Cette amnésie totale et immuable de la période comateuse se complique le plus souvent d une amnésie rétro-antérograde, en général de faible amplitude. Elle est naturellement de règle dans les ictus, qu'ils relèvent d'une hémorragie ou d’un ramollissement. Entre la période dont le souvenir est irrémédiablement perdu et le retour à la pleine conservation des images, règne en général une zone intermédiaire d’amnésie diffuse où les souvenirs subsistent on peut dire par ilôts.
Mais dans le ramollissement cérébral les troubles mnésiques ne s’arrêtent pas à ceux que je viens de signaler. Dans un cerveau prédestiné aux lésions de dégénérescence cellulaire par l’état de son système vasculaire, les ictus plus ou moins brusques ne sont pas Tunique mode de manifestation du ramollissement; ils peuvent au contraire être si légers qu’ils passent inaperçus et les phénomènes morbides, dus aux progrès du ramollissement, semblent alors suivre une marche irrégulièrement progressive. A côté des signes physiques dont on trouvera ailleurs la description, il importe de noter dans le ramollissement cérébral progressif et en particulier chez les pseudo-bulbaires, des symptômes mentaux parmi lesquels l’amnésie tient une place importante. Ces malades manifestent une émotivité croissante, qui chez les pseudo-bulbaires n’est pas simplement apparente et ne tient pas exclusivement au rire et au pleurer spasmodiques, dont ils sont fréquemment affectés. Ils sont sensibles à l'excès, ont la joie et la tristesse* faciles et on les fait passer aisément de l'une à l'autre, lue diminution des facultés psychiques, faite d’affaiblissement du jugement et de la volonté, s’installe progressivement, la mémoire de même diminue graduellement. Ils sont primitivement affectés d'une amnésie de fixation qui
TROUBLES DE L’INTELLIGENCE
porte sur les événements récents et les incite, dans le néant de leur Conscience actuelle, à rabâcher inlassablement leurs souvenirs d'enfance et de jeunesse, Progressivement cette amnésie remonte plus ou moins avant dans le passé, réalisant partiellement le tableau clinique de l’amnésie lenle et progressive, car si elle est progressive, elle est rarement en même temps globale : des groupes de souvenirs plus ou moins systématisés surnagent au contraire au milieu des ruines qui les environnent. Il est donc naturel que chez des malades atteints de lésions circonscrites la mémoire soit affectée de troubles plus ou moins systématisés.
L’existence des signes physiques précités et l'irrégularité, les caprices de cette amnésie progressive, serviront dans les cas difficiles à différencier la démence organique par lésions circonscrites d’avec la démence sénile. L’amnésie peut même dans le ramollissement cérébral se limiter au point de prendre les caractères d’une amnésie partielle, révélatrice de lésions nettement inconscrites : agnosie, topo-agnosie, aphasie, perte de la mémoire verbale, perte des souvenirs relatifs à l’état civil, etc. Ces amnésies partielles apparaissent quelquefois sous forme de véritables ictus amnésiques, équivalents psychiques des ictus paralytiques, qui surprennent le malade dans un bon état de santé apparente et au milieu de ses occupations. Ces ictus amnésiques, que j’aurai occasion de signaler ailleurs, sont d’un pronostic plus ou moins grave, suivant qu'il peut s’agir d’un trouble passager de l’irrigation cérébrale ou d’une lésion définitive. Ils sont sujets à rétrocéder. Mais d’une manière générale, quant au retour à l’état normal, leur pronostic devra être réservé, et cela d’autant que les symptômes organiques de lésions circonscrites seront plus nombreux et plus nets.
Une amnésie lente et progressive, qui garde longtemps les allures d’une dysmuésie, qui évolue le plus souvent sans à-coups, et qui relève d’abord de l’incapacité où sont les cellules nerveuses de fixer des images nouvelles, puis de la paresse générale des évocations, enfin de la disparition graduellement définitive des images mentales antérieurement fixées, est un des symptômes caractéristiques de la démence sénile, qui se différencie du ramollissement cérébral par la diffusion extrême et régulière des lésions, l’absence consécutive de signes organiques et la netteté des troubles affectifs, intellectuels et volontaires — émotivité égoïste, affaiblissement mental et aboulie. C’est l’observation des déments séniles qui a permis à Itibot d’établir la loi dite de régression; r'esl donc dans cette maladie qu’elle se vérifie le plus rigoureusement. Au début, dans la disparition des souvenirs récents, il y a reviviscence des souvenirs anciens et radotage ; mais en même temps les souvenirs anciens eux-mêmes s’affaiblissent et disparaissent. Les malades oublient ce qu’ils ont fait la veille, répètent inlassablement les mêmes questions faute d’avoir conservé le souvenir de la réponse, ne savent plus où ils ont mis leurs affaires, etc. Comme ils n’ont qu’une conscience très relative de leur amnésie et qu'ils ne s’en -affectent pas, ils attribuent à la malveillance, au vol, la disparition des objets familiers dont ils ne se
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rappellent plus ce qu ils ont fait : l'amnésie progressive est ainsi à la base dn délire de préjudice qui a été décrit chez les vieillards. Sous l’influence de l'affaiblissement des facultés critiques et volontaires, le malade peut commettre des incorrections plus ou moins graves dans son langage et dans ses actes, et par suite de son amnésie, n’en conserver aucun souvenir : c’est ainsi qu’on a signalé dans la démence sénile un vagabondage amnésique où les fugues sont exécutées par le malade sans qu'il en garde aucun souvenir précis. Ces fugues ne sont pas toujours volontaires, car il arrive aux malades de se perdre dans les rues, soit que leur amnésie soit progressivement arrivée à ce point qu'ils ne reconnaissent plus où ils sont, soit par suite d'un ictus amnésique qui vient brusquement rompre la lente monotonie de leur déchéance. Le nombre est assez fréquent des déments séniles qui sont recueillis ainsi dans la rue, désorientés, égarés, ne sachant ni où ils sont, ni où ils habitent, ni même qui ils sont. En général, les ictus amnésiques sont partiellement curables et au bout de quelques jours le malade reprend une certaine conscience de son étal civil, mais, à la faveur de l'ictus, l’état mental tout entier a subi une brusque diminution.
Dans la pdrah/sie générale l’amnésie globale, diffuse et progressive, suit en ses lignes essentielles la loi de régression. Des ictus avec hémiplégie et aphasie plus ou moins transitoires viennent fréquemment en précipiter la marche. La concomitance des signes classiques — troubles pupillaires, troubles de la parole, tremblement ti lui liai rc* de la langue et des mains — et des signes mentaux — euphorie ou tristesse absurdes, instabilité de l'humeur, indifférence, inconscience absolue de la gravité de la situation — vient, en général, confirmer le véritable caractère pathogénique de l’amnésie paralytique. Mais l'amnésie peut être le trouble initial : alors il importera de rechercher son caractère global, l'inconscience où est le malade de ses troubles, l'indifférence avec laquelle il les subit ou les constate, les mêmes oublis journaliers qui, dans la vie courante, en même temps que l’amnésie, trahissent l’affaiblissement, si léger soit-il parfois, des facultés intellectuelles et de l’activité pratique. Les fautes d’orthographe, les lettres oubliées, les mots sautés, sont, avant même l’apparition nette des troubles proprement graphiques, un symptôme important de l’amnésie et de la déchéance paralytiques. A côté de cette amnésie globale, diffuse, progressive de la paralvsie générale, on a signalé exceptionnellement une amnésie rétro-antérograde à limites très précises dans le passé, ayant débuté brusquement par un ictus qui y forme centre, et dans laquelle la conservation relative des souvenirs antérieurs à une date déterminée fait contraste, avec la disparition absolue des souvenirs postérieurs. Ici les autres signes de la paralysie générale doivent fournir les éléments du diagnostic, car cette forme d’amnésie rétro-antérograde, est réellement atypique dans cette affection. Les rémissions possibles de la paralysie générale s’accompagnent d’une amélioration dans le fonctionnement de la mémoire, amélioration qui prouve que l’amnésie paralytique est à la fois organique et fonctionnelle
TROUBLES DE L INTE U.IGEXCE.
et qu’elle esl susceptible de rétrocéder pour ce qui relève des troubles dynamiques. Mais celte amélioration, relative, passagère, exceptionnellement notable, ne va jamais jusqu’à la guérison.
Dans la syphilis cérébrale les troubles de la mémoire revêtent également la forme d’une dysmnèsie générale et progressive, obéissant à la loi de régression. Mais trois éléments comportent le diagnostic : dans la syphilis cérébrale, au contraire de la paralysie générale, l'attention esl susceptible, par un effort volontaire dont le paralytique est incapable, de vérifier les erreurs de la mémoire; le malade a conscience de s<wi amnésie, de la gène qu’elle lui cause, des conséquences qu’elle peut avoir, il s’en affecte, il s’en plaint, il la signale au médecin, avec une anxiété variable dans l’intensité des autres troubles mentaux; enfin l’amnésie île la syphilis cérébrale est, comme d’autres symptômes de cette affection, favorablement influencée par le traitement. L'amnésie peut ici, tout comme dans la paralysie générale, n’ètre pas régulièrement progressive, mais procéder par à-coups à la suite d’ictus congestifs, et de crises apoplectiformes ou épileptiformes. Exceptionnellement, dans la syphilis cérébrale se produisent les ictus amnésiques, décrits par Fournier, qui entraînent une perte brusque et complète de la mémoire, sujette aux variations d’évolution que j'ai déjà signalées. D'une manière générale, dans toutes ses formes, l’amnésie de la syphilis cérébrale s’améliore par le traitement qui devient ainsi un élément de diagnostic.
La confusion mentale est un syndrome morbide complexe, qui relève toujours d’une intoxication ou d’une infection, évidente ou inaperçue. Au point de vue psychique elle se signale d’une manière générale par des phénomènes d’inhibition, de torpeur et d’obtusion intellectuelles, de désorientation et d'hébétude, dont le diagnostic avec la démence est souvent très délicat. A la faveur de ce trouble fondamental de l’activité psychique, s’installe un état de rêverie automatique qui, à la limite, revêt la forme du délire onirique, décrit par Régis, où le malade, dans l’ignorance du milieu qui l’entoure, vit à l’état de veille toutes les bizarreries et toutes les horreurs d’un véritable cauchemar. Plus que tout autre symptôme, l’amnésie de la confusion mentale contribue au premier abord à faire penser à la démence, mais à l’examen cette amnésie n’offre rien des amnésies démentielles. Elle s’installe avec une brusquerie relative, ne suit pas une évolution régulière, acquiert d’emblée une intensité que les amnésies par affaiblissement ne connaissent pas au début et en outre elle est moins systématique : révocation des souvenirs antérieurs est fortement mais inégalement inhibée, la fixation est fortement, mais non radicalement compromise, car la répétition ou un heureux hasard peut lui permettre de se réaliser. D’ailleurs la conscience du confus renferme un mélange de souvenirs arbitrairement conservés, paradoxalement utilisés et d’oublis extravagants, portant sur les choses les plus essentielles et les plus familières. L’amnésie de lixation, contemporaine de la confusion mentale, est par bien de ses caractères analogue à celle des traumatismes et des névroses, elle déborde nettement dans le passé et l'amnésie
SÉMIOLOGIE DU SYSTÈME XERVEUX.
revêt ainsi, au cours de l’accès, les caractères d’une amnésie rétroantérograde de fixation et d’évocation.
II est par conséquent aisé de comprendre que la guérison de cette amnésie n’est jamais complète : le malade recouvre en général tous les souvenirs antérieurs à l’accès pour lesquels il y avait amnésie d’évocation mais, des souvenirs de la période de confusion, il ne conserve que ceux pour lesquels la fixation, par un heureux hasard, s’est opérée, et dont l’amnésie, malgré leur date, était une amnésie d’évocation : tous les autres n’ayant pas été fixés sont irrémédiablement perdus. Et ainsi la confusion mentale, qui peut guérir complètement quant à ses autres symptômes, ne guérit jamais complètement quant à l’amnésie; les souvenirs de la période de confusion demeurent toujours, au moins partiellement, abolis.
L’amnésie consécutive à l’accès et consécutive à la guérison est particulièrement considérable dans les psychoses puerpérales, principalement dans les psychoses post-éclamptiques. De même Y insolation se caractérise quelquefois par une confusion mentale amnésique où des troubles mnésiques intenses peuvent se prolonger pendant des années, sous la forme d amnésie rétro-antérograde de fixation et d’évocation, puis d amnésie diffuse.
Dans la psychose polynévri tique ou maladie de Korsakolf, comme dans tout état de confusion mentale, l’obtusion intellectuelle, le délire hallucinatoire ou l’amnésie, peuvent indifféremment occuper le premier plan du tableau clinique. Cependant ici les troubles mnèsiques acquièrent une intensité particulière qui donne à la maladie une physionomie originale. Ils se présentent sous la forme d’une amnésie actuelle et rétro-antérograde d’évocation et de lixation qui porte principalement sur les événements présents ; le malade ne retient rien de ce qu’il voit, ni de ce qu’il entend, il ne sait ni où il est, ni pourquoi il y est. ni le nom, ni la profession des personnes qui l’entourent. De son passé, il conserve quelques souvenirs épars, mais d’une manière générale il n’a plus sur son état civil, sur les principaux événements de sa vie ou de la vie sociale à laquelle il a participé, que des notions confuses, incomplètes ou milles. A cette amnésie intense et mal systématisée, se surajoute un état mental particulier fait d’inconscience de la situation, d abolition du sens critique et d’automatisme idéatoire, qui se manifeste par les réponses du malade : incapable de souvenirs corrects, il infabule à l’aide de pseudoréminiscences automatiques et de faux souvenirs imaginaires, il raconte avec complaisance et minutie l’emploi de sa soirée ou de sa nuit, alors qu’en réalité il n’en a gardé aucun souvenir. A la confabulation provoquée, peut même s’associer une infabulation spontanée qui manifeste sans provocation la désorientation, l’amnésie, la confusion du malade. La psycho-polynévrite est longue à guérir et encore ne guérit-elle presque jamais complètement ; elle entraine presque toujours à sa suite un certain degré de diminution intellectuelle, quand elle n’aboutit pas franchement à la démence.
TROUBLES 1)E L'INTELLIGENCE
Toutes les intoxications, qu’elles soient provoquées par le tabac, Y alcool, la morphine, le haschisch, I éther, le chloroforme, la belladone, la ciguë, Y arsenic, le mercure, le plomb, Yoxyde ou le sulfure de carbone, peuvent aboutir à des états de confusion amnésique. D'une manière générale, les toxiques, d’abord agents d’excitation, puis de dépression, entraînent par la prolongation de leur usage, des épisodes de confusion. Primitivement, les troubles innésiques sont purement fonctionnels, mais, graduellement, sous l’influence des intoxications exogènes, longtemps prolongées, qui entraînent presque toujours après elles une intoxication endogène hépato-rénale, les éléments nobles, d’abord affectés dans leur dynamisme, finissent par être matériellement altérés, et à l’amnésie relativement curable des premiers accès, succède insensiblement l’amnésie progressivement incurable des lésions chroniques disséminées. Les troubles mnésiques de Y alcoolisme simple, subaigu et chronique, sont une très nette démonstration de l’action des toxiques sur la mémoire.
L’ivresse, quand elle atteint une grande intensité, est suivie d’une dysmnésie simple de la période ébrieuse qui peut aller de la paramnésie de localisation et de certitude, a l’amnésie complète et définitive. Très souvent celte amnésie n’est que temporaire et relève alors de l’épuisement nerveux consécutif à l'excitation. Quelquefois l’amnésie simple se complique d’une courte amnésie rétrograde. C’est dans le s formes vertigineuses et excito-motrices de l’ivresse, dues à l’absorption de liqueurs à bases d’essences que l'amnésie atteint son maximum : à ce point de vue il existe un rapport étroit entre les accidents épileptiques et les amnésies dues aux essences dont on connaît les propriétés épileptogènes.
L alcoolisme subaigu se caractérise essentiellement par des accès de confusion mentale et de délire onirique où le malade éperdu vit un cauchemar ellrayanl. L’amnésie y est constante : durant l’accès, il existe une amnésie rétrograde d'évocation des états antérieurs; après l’accès, les souvenirs de la période délirante ne subsistent qu'imparfaitement et sont d’autant plus compromis que la crise a été plus violente. Ivresse et délire onirique de l’alcoolisme subaigu sont assimilables à une sorte d’état second, durant lequel le malade est susceptible de se livrer à des fugues, dont il ne garde qu’un souvenir incomplet.
L alcoolisme chronique se signale par une amnésie progressive qui porte de préférence sur les souvenirs intermédiaires aux souvenirs récents et anciens. Incohérente et irrégulière d’allures, cette amnésie intéresse les mots plus que les idées et peut alterner avec la réapparition brusque des souvenirs disparus. Elle débute souvent par des accidents paramnésiques : les souvenirs sont incertains et mal localisés dans le temps et dans l’espace. Au début, ces troubles ont un caractère dynamique et leur nature fonctionnelle se confirme par les heureux effets de la diète. Mais l’action prolongée du toxique Huit par entraîner des lésions organiques et une amnésie générale, progressive, semblable à celle des autres démences, dont le diagnostic se fait pas la notion étiologique et les autres symptômes physiques et mentaux de l’alcoolisme chronique.
ti'l
J’arrive ainsi aux trois formes «l'amnésie dont la connaissance importe le plus au neurologiste : Yamnésie traumatique, Y amnésie hystérique et I amnésie épileptique.
Il est pratiquement impossible de séparer les amnésies traumatiques des amnésies consécutives à certaines émotions violentes : cliniquement et étiologiquement, elles ollrent d’étroites analogies. Les lésions du crâne et de l’encéphale, fractures ou hémorragies, qui s’accompagnent de contusion ou de compression, les traumatismes du crâne qui ne produisent pas de lésions, mais qui provoquent des accidents de commotion cérébrale par rupture de l’équilibre fonctionnel, ne sont pas les seuls traumatismes qui comptent l’amnésie parmi leurs conséquences. Les traumatismes qui portent sur des régions éloignées du crâne, entraînent également des troubles de la mémoire, à la production desquels il est indéniable que l’émotion morale causée par l’accident a au moins concouru. Ainsi, du traumatisme cérébral grave au choc moral proprement dit, en passant par le traumatisme léger accompagné de réactions affectives intenses, il y a une transition très sensible et continue. L amnésie émotive proprement dite porte sur les circonstances qui ont provoqué l’émotion, elle est rarement immédiate et brusque; le retour des souvenirs est possible quand il n’y a pas eu perte de connaissance, et la guérison peut s’effectuer parfois sous l’influence «l’une nouvelle émotion. Dans l’amnésie traumatique, les choses se passent en général de la manière suivante : le traumatisme dont un vient de voir que la gravité avait une importance secondaire, est suivi d’une perte de connaissance dont la durée peut varier de quelques minutes à quelques jours. Le retour à la conscience s’accompagne d’une lacune dans les souvenirs. Cette amnésie peut être simple et porter exclusivement sur l'accident : elle est en général permanente. Mais le plus souvent cette amnésie se complique. L’amnésie rétrograde d’évocation el de reproduction portant sur les événements antérieurs de quelques instants à quelques jours à l’événement causal, quelquefois plus étendue, est si fréquente qu’elle est, pour ainsi dire, de règle et constitue une d«'s caractéristiques de l’amnésie traumatique. Elle est permanente ou temporaire et en ce cas sa disparition s’opère brusquement ou lentement. Quelquefois le retour à la conscience est suivi d'une période de vie automatique, pendant laquelle l’amnésie rétrograde est déjà décelable, où le malade se conduit correctement, mais dont il se réveille pour ainsi dire au bout de quelque temps, sans en garder aucun souvenir : ainsi se constituent une amnésie rétrograde et une amnésie antérograde d'évocation et de reproduction des souvenirs immédiatement consécutifs à l'accident. A cette amnésie rétro et antérograde d’évocation et de reproduction, s’associe quehpiefois une amnésie antérograde de fixation et de conservation, portant sur les concomitants plus ou moins immédiats de l’accident, qui peut se présenter à l’état de pureté el sans association d’autres troubles de la mémoire, mais «pii est rarement aussi isolée. L’amnésie rétrograde et doublement antérograde ainsi constituée est habituellement temporaire;
TROUBLES DE L'INTELLIGENCE
mais on comprend sans peine que nécessairement une lacune doit subsister, qui porte sur la période qui intéresse l’amnésie simple et l’amnésie antérograde de fixation et de conservation. Quelquefois au traumatisme succède une amnésie élective et partielle, en général curable, qui porte par exemple sur les noms propres, les langues, le calcul, la musique. Le pronostic des amnésies traumatiques n'est pas toujours invariablement favorable : elles peuvent en effet aboutir à la démence. C’est que, ou bien le traumatisme a été de nature à provoquer des lésions et une amnésie organiques, comme dans les plaies par balles de revolver, ou que les modifications vasculaires ont eu une action destructive sur les éléments nobles du cerveau. Or. on connaît assez le rôle que les phénomènes vaso-moteurs jouent dans les émotions pour comprendre que cliez les personnes dont la vascularisation cérébrale laisse à désirer, elles puissent avoir les mêmes conséquences que les traumatismes crâniens.
L’amnésie dans ses formes les plus diverses joue un rôle très important dans le tableau clinique de Y hystérie. Certains auteurs ont voulu même lui attribuer un rôle primordial dans la pathogénie des accidents hystériques, en rapportant ces accidents à des idées lixes subconscientes, dont le caractère essentiel est précisément d’être amnésiques, sans cependant perdre tout contact, au contraire, avec la personnalité du malade. En tout cas, une amnésie simple, portant souvent sur des événements importants, est un des phénomènes les plus communs de l’hystérie. Cette amnésie, indifférente au malade, échappe à l'entourage et passe souvent inaperçue.
L’hystérie est le terrain d’élection des amnésies partielles, fonctionnelles, biologiques, automatiques ou psychiques, allant de l’anesthésie au mutisme, en passant par les paralysies et l’astasie-abasie. Toutes les amnésies partielles sont susceptibles d’être guéries et d’apparaître sous l’influ'ence de la suggestion.
Les crises hystériques se caractérisent en général par la conservation du souvenir des prodromes et de la chute et parfois la perte de celui de l’attaque convulsive. La perte de mémoire ici est bien loin d’atteindre la régularité et l’intensité qu’elle prend dans la crise épileptique.
Les états seconds hystériques, dont une des formes les plus typiques est la fugue, Y automatisme ambulatoire, se produisent avec ou sans prodromes. Le malade entre dans une phase de vie où il perd presque1 toujours en totalité ou en partie le souvenir des événements antérieurs. Néanmoins sa conduite reste correcte et n’emprunte sa singularité qu’aux bizarreries qu’entraîne quelquefois l’amnésie de la vie normale antérieurement écoulée. Cet état, qui est susceptible de se prolonger, se termine brusquement : le malade se réveille stupéfait, d’autant plus stupéfait s’il a fait une fugue et si ses pérégrinations l’ont transporté dans un pays inconnu. L’amnésie de l’état second est la règle. Cependant quelques souvenirs épars peuvent avoir été conservés et tous sont capables de réapparaître dans la conscience sous l’influence de l’hypnose.
Au cours de ces états seconds, grâce à l’oubli où il est de sa vie anlé-
Dejeiuse. — Sémiologie. 5
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rieure, le malade peut vivre un véritable délire amnésique, dont la manifestation clinique la plus ordinaire est le puérilisme mental ; on a même signalé des délires plus singuliers encore, où le malade semble revêtir des personnalités ancestrales et ataviques et se comporte comme pouvaient le faire les hommes des temps préhistoriques et de la période quaternaire. Ces états seconds sont faciles à produire par l’hypnose.
Si les états seconds se répètent, il se produit une forme d'amnésie périodique, chaque retour à la conscience normale comportant l’oubli des états seconds antérieurs. Le malade passe alternativement de l’état prime, normal, où il ignore les états seconds, à l'état second, où quelquefois il ignore l'état prime, mais où souvent il en garde le souvenir. Ainsi se constitue un véritable dédoublement de la personnalité, dont les observations, très rares, ont fait grand bruit autrefois dans le monde scientifique. On a même signalé des cas où sur les états seconds se greffaient des états tierces, mais les observations qui en ont été publiées sont sujettes A caution. Les accès sont plus ou moins régulièrement périodiques. Quelquefois les états seconds se reproduisent identiques les uns aux autres. Ici encore l’amnésie n'est pas délinitive et sous l'influence de l'hypnose, ont peut créer des états seconds artificiels où revit le souvenir des états seconds antérieurs.
Au dédoublement de la personnalité se rattache le somnambulisme naturel, dont la forme la plus fréquente est le noctambulisme. Le malade, un adolescent en général, vit durant son sommeil un rêve plus ou moins complexe, auquel il conforme ses démarches et ses paroles : tant qu'il est dans ses états somnambuliques il est indifférent à ce qui n’intéresse pas son rêve. Au réveil l’amnésie est complète.
La suggestion hypnotique peut créer chez les prédisposés, des états particuliers dont ils ne gardent au réveil aucun souvenir. L'amnésie hypnotique est de sa nature tout à fait analogue à l’amnésie hystérique et somnambulique.
L’inconscience et l’amnésie corrélative sont les gros caractères des accidents épileptiques, véritables ictus psychiques. L’accès épileptique, quelle qu’en soit la nature, entraîne après lui une amnésie simple, totale, complète, qui constitue une lacune brusque et nette dans la vie mentale, et que rien ne peut venir corriger. Cette amnésie succède en effet non seulement à la crise convulsive, dont elle peut épargner l’aura, et dont elle englobe quelquefois toute la période prodromique, mais encore à tous ses équivalents psychiques : vertiges, impulsions, états crépusculaires avec délire hallucinatoire, fugue procursive ou ambulatoire, dont le diagnostic avec l’automatisme ambulatoire hystérique, se fait précisément, non seulement par les caractères mêmes de l'amnésie, mais encore par l’analyse des symptômes qui ont précédé la crise, les prodromes : aura, céphalée, troubles de l’humeur, l'égarement, la confusion, l'hébétude, les hallucinations terribles de l’épileptique, la simplicité, la brièveté, la brutalité de ses actes. Après la crise, au lieu d'amnésie simple, on peut observer soit une amnésie rétrograde, soit une amnésie
TROUBLES DE L'INTELLIGENCE
de forme antérograde qui se réduit vraisemblablement à l’amnésie simple d’un état crépusculaire post-paroxystique qui passe inaperçu de l’entourage. Des accidents ecmnésiques sont possibles après l’accès.
Maxwell a admis dans l’épilepsie l'existence de deux nouvelles formes d’amnésie qui sont loin d’être encore généralement acceptées, il a signalé chez les épileptiques une amnésie périodique intermittente, analogue à l’amnésie périodique hystérique. Mais il ne semble pas avoir encore suffisamment démontré, à supposer la chose démontrable, qu’il puisse exister une mémoire propre aux états crépusculaires, pouvant constituer en eux une véritable personnalité seconde. D autre part, Maxwell a soutenu qu’après un équivalent épileptique, h* malade parait garder un souvenir fugitif et momentané des actes commis durant la crise, pour en perdre toute notion un instant après. A cette forme particulière d’amnésie, il a donné le nom d’amnésie retardée. On conçoit aisément 1 irnportanee de cette amnésie retardée au point de vue médico-légal, puisque la conservation passagère des souvenirs cesserait d’être un argument contre la nature épileptique des actes incriminés. Mais l’existence même de cette amnésie retardée de Maxwell est encore très discutée. En tout cas, l'épilepsie consciente et mnésique reste extrêmement rare, el dans la pratique son existence doit soulever bien des réserves. Pour ma part, sur uu nombre considérable d’épileptiques que j’ai observés, il ne m’a pas été donné jusqu’ici d’en rencontrer un seul exemple.
Cependant V épilepsie larvée peut donner lieu à des crises psychiques, véritables états seconds avec confusion mentale hallucinatoire aiguë, pour lesquels l’amnésie consécutive esl de règle, mais dont le souvenir peut cependant quelquefois être conservé. De même des psychoses conscientes peuvent succéder immédiatement aux accès épileptiques, durer au maximum une semaine, se terminer brusquement et aboutir à une amnésie simple et même quelquefois antérograde. O11 peut voir encore des états dé confusions de nature épileptique pouvant rester conscients et mnésiques, et ne révéler leur véritable pathogénie que par leur anamnésie et les circonstances de leur production.
Dans Y épilepsie partielle (Bravais-Jacksonienne) par lésion irritative de la corticalité motrice — tumeur, plaque de méningite, plaques jaunes, etc. — la perle de connaissance et l’amnésie au réveil sont de règle. Le malade se souvient du début de sa crise, indique très bien le plussouvenl par quelle partie du corps ont commencé les mouvements cloniques : le pied, la main, la moitié de la face, parfois le pouce ou le gros orteil — signal symptôme des Anglais — mais la perte de connaissance se produit immédiatement et le malade ne peut décrire les phases ultérieures de sa crise dont, lorsqu il revient à lui, il a perdu tout souvenir. On voit cependant des sujets qui, lorsque la crise est légère, conservent leur connaissance dans certaines crises et la perdent dans d'autres. Mais ce sont là des faits assez rares.
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TROUBLES DU LANGAGE
Aphasie. — Dvsarthrie, Anarthric. — Mutisme. — Bégaiement.
Les signes à l’aide desquels l'homme échange ses idées avec ses semblables peuvent être altérés dans trois conditions différentes :
1° Lorsque l’intelligence étant plus ou moins lésée, l’élaboration des idées ne se fait que d’une manière incomplète ou nulle. Troubles du langage par insuffisance ou par défaut d'idéation. Sous l’influence d’une lésion matérielle, d’une intoxication ou d’une infection de l’encéphale, les fonctions de l'intelligence peuvent être supprimées ou très affaiblies, le malade ne possède plus d'idées abstraites ou concrètes, il ne peut par conséquent ni comprendre ce qu'on lui dit à haute voix ou par écrit, ni parler, ou ne le faire que d'une manière plus ou moins incomplète et imparfaite. Ce sont là des phénomènes d observation banale dans Yapoplexie, dans le coma, dans les démences, dans certains états de stupeur, etc.
2° Lorsque l’intelligence étant intacte, les centres préposés à la fonction du langage sont lésés, ou lorsque leurs connexions avec certains appareils sensoriels ou moteurs sont détruites : Aphasies proprement dites.
5° Lorsque le fonctionnement des organes qui entrent en jeu dans le mécanisme de la parole articulée — appareil bucco-pharyngo-laryngé — est altéré par un état paralytique, atrophique, spasmodique ou ataxique : Dysarllirie. Anarthric.