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MUTISME

Le mutisme esl 1 impossibité d’articuler et d émettre un son. Le muet esl incapable de parler, même à voix basse; il ne peut chuchoter. Le mutisme réalise donc la perte absolue de la voix.

Les causes et le mécanisme en sont extrêmement variables. Pour apprendre à parler, l’enfant répète les paroles qu’il a entendues et s’efforce de reproduire les mouvements des lèvres qu’on lui enseigne- Pour apprendre à parler à sou bébé, la mère le tient en face d’elle et Dkjeiune. — Sémiologie.

iv pète sans cesse le même mol, eu le décomposant en ses syllabes constituantes et en frappant à la fois l'audition et la vue de son enfant. L’enfant «pii entend le son de la voix de sa mère s’essaie à répéter en imitant le mouvement de ses lèvres. Il arrive ainsi à émettre d'abord des sons simples, puis de plus en plus complexes. Le centre de l’audition est donc dans le langage le premier développé: il reste toujours le plus important et sert de régularisateur aux autres centres. L’audition est donc indispensable pour apprendre à parler. La surdité congénitale entraîne le mutisme: c’est la surdi-mutité, et il en est de môme lorsque la surdité survient dans le jeune âge.

Lue personne qui a su parler peut devenir muette de plusieurs manières dilférentes. La perte complète des images du langage entraîne le mutisme, qui peut n’être ainsi que le degré le plus accentué de V aphasie motrice. La dysarthrie arrivée à son plus liant degré est encore une autre variété de mutisme, par perle de fonctionnement des organes de la phonation. Mais le mutisme peut encore relever d’un trouble portant sur des fonctions d’un ordre plus élevé. Le malade ne parle plus parce qu'il ne sait plus se servir de ses organes matériellement intacts (mutisme livstérique) ou parce qu'il n’a plus d’idées à exprimer (affaiblissement de l’intelligence), ou bien encore parce que sous l'influence d'un trouble délirant il ne veut plus parler (aliénation mentale). Il ne faudrait pas croire d’ailleurs que chacune de ces deux dernières catégories soit toujours nettement limitée, sans rapport avec ses voisines. Au contraire, assez souvent ces causes peuvent s’entremêler; à une aphasie motrice s'alliera parfois un déficit intellectuel considérable; le paralytique général est à la fois un aliéné et un dysarthrique. Ces cadres sont donc un peu théoriques et utiles seulement pour préciser les faits. Mais en clinique on aura affaire souvent à des cas mixtes, et ce sera au médecin de dépister ce qui relève du trouble moteur de ce qui appartient à une altération de la zone du langage ou à une diminution de l’intelligence.

Je ne m’occuperai pas ici du mutisme relevant d une aphasie motrice très prononcée ou d’une anarthrie complète, ce serait m’exposer inutilement à des redites. De même, je ne m'arrêterai guère au mutisme simulé. Si son existence ne saurait être mise en doute, et si dans certaines conditions (soldat, prisonnier), on doit y songer, son étude ne présente aucun caractère spécial méritant de fixer 1 attention.

La surdi-mutité n'est pas seulement la condition des enfants qui naissent sourds; elle est également la conséquence fatale de la perte de fouie dans les premières années de la vie. Il est souvent très difficile de dire si la surdité est congénitaleou acquise. Toutenfantqui devient sourd par affection quelconque de l'oreille avant 1 âge de huit ans, devient en même temps muet; après cet âge, le mutisme est moins de règle. La plupart des cas de surdi-mutité, 8 sur 10, d’après Ladreit de Larharrière. sont ainsi acquis. La surdi-mutité congénitale est souvent héréditaire ; mais il n’y a là rien de fatal : des sourds-muets peuvent avoir dos enfants jouissant d'une audition parfaite. L influence de la consanguinité serait

moins importante <[u "on ne l a avancé. La surdi-mutité acquise reconnaît |)ouc cause toules les affections primitives de l'oreille (utile ni u«| mmse du nourrisson), toules les maladies infectieuses pou va ni déterminer des oliles (rougeole, oreillons, scarlatine, lièvre typhoïde), toutes les affections cérébrales comprimant ou détruisant les centres auditifs (méningite syphilitique, tuberculeuse ou de toute autre cause, tumeur cérébrale, hémorragie cérébrale). La surdi-mutité congénitale relèverait ou de la non-évolution du tissu muqueux qui emplit à la naissance la caisse du tympan, ou du non-développement des centres acoustiques. Mais il est bon de faire observer «pie I anatomie pathologique cérébrale de la surdi-mutité est encore loin d’être faite.

Le sourd-muet en bas âge est distrait, son visage esl sans expression, il ne fait attention à rien; au bruit des voix, des pas, il ne fait aucun geste. Si cet enfant esl un idiot, la déchéance intellectuelle s’affirme; intelligent, au contraire, il s'intéresse à ce qu’il voit, s’amuse avec ses jouets, et prend plaisir à ce qui l’entoure. Devenu adulte, s’il n’a pas été éduqué, il se comporte comme un homme normal, sauf qu'il iui est impossible de comprendre la parole des autres et d'exprimer ses propres pensées par la parole. Certains d'entre eux peuvent même s’élever andessus de la moyenne des individus. La plupart cependant ne peuvent guère occuper que des emplois modestes. Le sourd-muet non éduqué ne fait ordinairement entendre aucun son, parfois il émet un simple grognement. Le sourd-muet éduqué, au contraire, parle sans entendre ce qu il dit. Il lit sur les lèvres de son interlocuteur les paroles prononcées; par Limitation des mouvements il répète les mots qu'il n’entend d ailleurs pas, mais qu il voit écrits ('I qu’on lui apprend à écrire. Le sourd-muet ainsi éduqué peut donc parler, même 1res bien, mais sa parole est d’ordinaire lente, et d'un débit un peu monotone.

Chez les aliénés , le mutisme est fréquemment observé. Tous les aliénistes se sont trouvés aux prises avec ces malades qui « restent enfermés dans un silence obstiné de plusieurs années sans laisser pénétrer le secret de leurs pensées » (Pinel). Mais toutes les variétés d’aliénation mentale n entraînent pas également le mutisme. Morel a bien exposé l'état de la question et je lui emprunterai les renseignements suivants: « C'est dans les délires généralisés que le mutisme esl le plus fréquent ; chez les maniaques le mutisme est rare, tandis que les mélancoliques présenlenl «l’ordinaire un mutisme de longue durée, en même temps qu’ils conservent une immobilité absolue. Dans le délire des négations, le refus de parler est presque constant : mais le mutisme est rarement total, et parlois le malade émet quelques dénégations. Le paralytique général arrivé à la période de dépression, et en dehors des troubles de dvsarlhrie, peut observer un mutisme absolu, absolument analogue à celui des aliénés ».

Les idiots présentent des troubles du langage qui avaient servi à Esquiroldc base à sa classification : dans une première classe se groupent les malades qui ont conservé quelques mois cl peuvent émettre de courtes

phrases ; la deuxième comprend ceux qui ne peuvent émettre que des sons inarticulés; chez les idiots de hi troisième catégorie, 1 expression verbale est totalement abolie; le mutisme est absolu.

Le mutisme hystérique constitue la modalité des troubles de la parole la plus fréquente dans cette affection. L'existence du nudisme se retrouve dans les auteurs les plus anciens (voir, dans Hérodote, I histoire du li 1 > de Crésus). Chaque époque a fourni des faits retentissants de mutisme miéris subitement et relevant de l'hystérie, mais il faut arriver aux Ira-

vaux récents (Revilliod, Charcot, Cartaz, Natier) pour voir la question nettement posée et étudiée scientifiquement. Le mutisme hystérique s’observe aussi bien chez I homme que chez la femme (Natier). Rarement il apparaît sans cause apparente, et il survient le plus souvent après une émotion ou à la suite d’une attaque hystérique, remplaçant ou non une autre manifestation de la névrose. Tantôt son début est brusque et la maladie atteint d’emblée son maximum; ou bien le mutisme s établit graduellement, précédé par une phase de bégaiement, ou par une période d’aphonie dans laquelle le malade peut encore causer, mais à voix basse (chuchotement). Beaucoup plus rarement le mutisme s’établit après une maladie infectieuse (fièvre typhoïde), un traumatisme, ou une lésion locale du larynx. Règle générale, il frappe les hystériques «le vingt à quarante ans. Le tableau clinique varie suivant les cas. Avec une intégrité parfaite de la musculature de l’appareil phonateur. I hystérique muet présente le plus liant degré du mutisme. Tandis que le sourd-muet peut pousser des cris, le muet hystérique est incapable de proférer aucun son, articulé ou non: il est muet et aphone. Il est incapable de chuchoter. C’est l’aphasie motrice poussée à son extrême limite. Mais toute la symptomatologie se résume en ce trouble moteur; I intelligence est parfaite; il n’y a pas trace de surdité ni de cécité verbales: la mimique traduit toutes les pensées du malade, qui s’empresse de répondre très correctement par l’écriture à toutes les questions qu’on lui pose. Ce typeclassique présente des variétés : Le mutisme peut ne pas être absolu et le malade prononce une ou plusieurs syllabes, toujours les mêmes. L’agraphie peut aussi exister (Charcot, Lépine); mais alors elle frappetoutes les modalités de l’écriture et le malade est aussi incapable de copier que d’écrire spontanément (Lépine). J’ai observé dans un cas une anomalie assez curieuse. Une de mes malades atteinte de mutisme hystérique, incapable d’écrire la plume à la main, écrivait très bien avec un crayon et ne put écrire avec une plume que lorsqu'elle fut guérie deson mutisme. Enfin l’agraphie peut se terminer par une phase de paraphasie en écrivant (Ballet et Sollier). Ainsi que je l’ai indiqué plushaut, Westphal, Môbius, Raymond ont signalé des cas d aphasie sensorielle hystérique (voy. Aphasie). 1) autres fois le malade peut articuler tous les sons, mais ne peut les émettre à haute voix. Le mutisme peut durer quelques heures seulement ou quelques mois ou plusieurs années. J’ai traité et guéri une malade muette depuis six ans, à la suite d uneémotion. Parfois il est intermittent : une malade de Mendel pouvait

TROUBLES DU LANGAGE

parler de six à neuf heures du mutin. Le pronostic est bénin cl le mutisme aboutit le plus souvent à la guérison, soit brusquement, spontanément, ou à la suite d’une émotion ou d une crise hystérique, ou bien il disparait progressivement. Il passe alors souvent par une phase d’aphonie ou de bégaiement. Les récidives sont fréquentes. Rarement le mutisme est une manifestation monosymptomatique de l’hystérie; le plus souvent il est accompagné des stigmates de la névrose, permettant de le rapporter à sa véritable cause et de déjouer la simulation. Suivant les cas, l’examen laryngoscopique a donné les renseignements les plus contradictoires; aussi les auteurs considèrent-ils 1 affection comme de cause locale ou de cause centrale, suivant qu’il y a ou non lésion laryngée. Comme pour toutes les autres manifestations de la névrose, c’est la théorie centrale qui seule peut expliquer toutes les bizarreries de la symptomatologie, et à cette manifestation psychique ne peut convenir qu’un traitement psychothérapique qui réussit toujours.

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