I. — Paraplégies par lésions du neurone périphérique
Je n’ai pas à insister de nouveau sur ses caractères : la flaccidité, l’atrophie musculaire, l'abolition des réllexes, l’absence ordinaire du signe des orteils, en sont les signes constants.
Kl le peut se rencontrer au cours des névrites périphériques, en particulier de la polynévrite alcoolique.
La paraplégie alcoolique est une affection essentiellement douloureuse, avec troubles de la sensibilité objective. Les douleurs à la pression des troncs nerveux et des masses musculaires, l’atrophie des muscles, les zones d’anesthésie ou d’hvperesthésie, les rétractions rapides de l'aponévrose plantaire, les signes concomitants d’élhylisme chronique, permettent d’en faire facilement le diagnostic.
Elle peut être aiguë et complète, allant jusqu’à la paraplégie absolue; les membres inférieurs sont incapables d’exécuter le moindre mouvement. Elle peut être aussi subaiguë ou chronique; presque toujours incomplète, elle est alors compatible avec certains mouvements. Le plus souvent enfin les membres supérieurs participent à un degré plus ou moins prononcé à la paralysie.
Elle prédomine d’ordinaire, ainsi ([lie les autres polynévrites, sur le triceps crural et sur le groupe antéro-externe de la jambe, tandis que les groupes postérieurs sont moins touchés. Il en résulte la chute de la pointe du pied — équinisme — produisant, lorsque le sujet peut encore marcher, une démarche spéciale appelée steppage : à chaque pas, le malade soulève fortement la jambe et le pied, de façon à ce que celui-ci retombe sur le sol d’abord sur son talon antérieur.
Ces mêmes caractères se retrouvent dans les autres polynévrites, saturnine, arsenicale, oxy-carbonée ou infectieuses. Dans la névrite saturnine la localisation aux membres inférieurs est rare. On sait en elfet que la névrite saturnine est le plus souvent anlibrachiale, à type radial, que la névrite arsenicale porte plus habituellement sur les extrémités des quatre membres. Parmi les polynévrites infectieuses, au contraire, la névrite diphtérique atteint ordinairement les membres inférieurs, bien que souvent aussi les membres supérieurs soienl également pris et l’on sait qu’elle est habituellement, sinon absolument indolente, tout au moins à peine douloureuse.
Les compressions de la queue de cheval — tumeurs, lésions osseuses, paehyméningite spinale, spina-bifida — déterminent aussi des paraplégies flasques accompagnées d’atrophie musculaire (fig. 80) et il en est de même pour les radicalités lombo-sacrées. J’ai déjà fait remarquer que si les radiculites pouvaient être parfois un syndrome purement sensitif, le plus souvent cependant elles s’accompagnent de paralysies [tins ou
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moins intenses, parfois complètes et toujours accompagnées d’atrophie musculaire. Les paralysies radiculaires se reconnaissent particulièrement aux symptômes sensitifs qui les accompagnent; les douleurs spontanées, continues, lancinantes ou paroxystiques, le signe de l’éternuement et de la toux. Enfin la topographie radiculaire des anesthésies ou des hyperesthésies, s’ajoutant à la répartition radiculaire des paralysies, toute une série de signes importants pour le diagnostic se trouve ainsi constituée. (Yoy. Paralysies radiculaires.)
La destruction des cornes antérieures de la moelle par une poliomyélite aiguë, subaiguë ou même chronique réalise très souvent la distribution paraplégique. C’est en somme la « paralysie infantile », la « poliomyélite aiguë antérieure de l’enfance » qui est la cause la plus fréquente en même temps que le type le plus parfait des paraplégies Masques atrophiques. Chez l’adulte elle est beaucoup plus rare. Je rappellerai sommairement le tableau clinique de cette affection : on connaît son début habituellement fébrile, suivi de 1 invasion rapide et globale de la paralysie; la période d’état, l’indolence et la flaccidité complète des muscles paralysés; l’atrophie musculaire considérable, 1 intégrité habituelle des sphincters et la conservation intégrale de la sensibilité, sont autant de signes qui permettent de reconnaître la nature de la paralysie; enfin la régression par limitation progressive aux muscles les plus touchés est également caractéristique, laissant le plus souvent une paralysie plus ou moins complète d’un ou de plusieurs groupes musculaires, constituant souvent une véritable infirmité, suivie de déformations considérables et d’arrêt de développement des membres.
Cette description classique de la poliomyélite aiguë comporte cependant quelques exceptions.
C’est ainsi que, à côté des formes méningées décrites ces dernières années, où des signes d’irritation méningée s’associent simplement à la période fébrile préparalytique, on peut observer des formes douloureuses, caractérisées par des douleurs violentes précédant l’apparition de la paralysie, disparaissant presque toujours assez vite lorsque la paraplégie est constituée, mais dans quelques rares cas, se prolongeant assez longtemps pour faire penser à une radiculite.
Dans quelques cas également assez rares, on peut rencontrer des paralysies des sphincters; des troubles spasmodiques légers associés à la paralysie flasque et traduisant la participation des faisceaux pyramidaux ; il existe enfin des observations certaines de poliomyélite avec troubles de la sensibilité. Il faut bien savoir cependant que toutes ces formes anormales sont rares, et (pie ces accidents sont toujours surajoutés, en quelque sorte, à la paralysie fiasque atrophique de type poliomyélitique, — maladie de Heine-.Médin, — procédant par foyers épidémiques souvent considérables, attribuée à l'action d’un virus filtrant, doué d'une affinité particulière pour les centres nerveux médullaires. C'est au cours de ces épidémies que s’observent surtout les formes anormales dont je parlais tout à l’heure. La question de I identité entre les cas sporadiques de
paralysie infantile, et les manifestations épidémiques de la maladie de Heine-Médin, ne me paraît pas jusqu’à présent résolue.
Si l’inversion du phénomène des orteils fait d’habitude défaut dans la paraplégie par poliomyélite aiguë de l’enfance, il est cependant des ras dans lesquels — et vraisemblablement parce qu’alors le cordon latéral participe à la lésion, — où le signe de Babinski a été constaté.
Enfin on a signalé des paraplégies Basques par poliomyélite dans la rage ; soit dans certaines formes de rage, dite rage mue ou paralytique, mais dans ce cas la paralysie a souvent un caractère ascendant; soit an cours du traitement pastorien de la rage par des virus atténués ainsi que l’ont signalé Babès, Nocard, Ucmljnger, etc.
Pour terminer ce qui a trait aux poliomyélites, j’ajouterai que, dans les formes subaiguës comme dans les formes aiguës, la paraplégie est fréquente. Enfin, dans la poliomyélite chronique et dans la sclérose latérale amyotrophique , dans cette dernière surtout, il n’est pas rare d’observer une atrophie musculaire assez accusée pour gêner la marche. Bans la sclérose amyotrophique, la paraplégique flasque qui peut aboutir à la paraplégie absolue, est toujours précédée d’une période de paraplégie spasmodique d’intensité variable.
11 me reste maintenant à mentionner la paraplégie au cours de la myopathie atrophique progressive. Chez tous les myopathiques les muscles des memhies inférieurs participent plus ou moins tôt à l’atrophie. Ici, comme pour les membres supérieurs, l’atrophie musculaire prédomine en général à la racine des membres. Il y a, en outre, du steppage pendant la marche du fait de l’équinisme des pieds. Bans la myopathie atrophique progressive la paraplégie est souvent assez peu accusée. Elle peut cependant, avec les progrès de l’affection, devenir très marquée et immobiliser le malade au lit. (Voy. Atrophies musculaires.)
Dans Y ostéomyélite enfin on a signalé de la faiblesse des jambes, prédominant dans les muscles delà hanche el les psoas iliaques. Trousseau a décrit dans celle affection une contracture des adducteurs des cuisses.
Paralysie ascendante aiguë ou maladie de Landry. — Ici il
s’agi l encore d’une paraplégie llasque mais à marche ascendante rapide, qui en quelques jours, quelquefois en une ou deux semaines aboutit à une paralysie des quatre membres et très souvent à la mort. La paralysie est flasque avec abolition des réBexes tendineux, et bien (pie l’atrophie musculaire n’ait pas en général le temps de s’accuser, on constate parfois dans les muscles une diminution de l’excitabilité électrique. La sensibilité est intacte le plus souvent ou présente quelquefois des altérations légères. Les sphincters ne sont pas atteints. La température est plus ou moins élevée. La paralysie ascendante aiguë est toujours d’origine infectieuse et tantôt l'infection agit seulement sur les nerfs périphériques — forme névrilique — tantôt seulement sur les cellules motrices de la moelle — forme médullaire — . D’autres fois les lésions sont à la fois centrales et périphériques. Différents agents microbiens ont été rencon-
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très dans celle affection, le pneumocoque (Roger et Josué), le streptocoque (Œttinger et Marinesco, Remlinger, Courmont et Ronne), le diplocoque intra-cellulaire (Piccinino). Un grand nombre de cas ont pu récemment être rattachés à la poliomyélite épidémique.
Actuellement il y a lieu de considérer la maladie de Landry comme un syndrome relevant de diverses infections ou intoxications du système nerveux, à marche parfois suraiguë, d’un pronostic grave et souvent fatal. C’est donc révolution de l’affection et sa gravité qui doivent surtout être envisagées, si I on veut conserver à cette affection les caractères qui lui ont été assignés par Landry.
La paralysie ascendante aiguë est d'un diagnostic facile, basé sur la rapidité de l’évolution des accidents paralytiques, la lièvre, l'intégrité constante des sphincters et le plus souvent de la sensibilité.