‹ Sémiologie des affections du système nerveuxChapitre 80 sur 222 · I KO UBI.ES UE LA MO LU. H L · texte numérisé non relu

I KO UBI.ES UE LA MO LU. H L

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nombre d'aflëctions ; on a soupçonné en ou Ire les lésions osseuses, les congestions labyrinthiques, la propagation d'une lésion méningée, les variations de pression sanguine, etc.

Tantôt le vertige labyrinthique débute brusquement, surprenant le sujet en pleine santé apparente, ayant une audition jusqu’alors normale. Tantôt il survient chez un sujet ayant une affection auriculaire et un certain degré de surdité, éprouvant d’un seul côté, ou d’un côté plus que de l’autre, des bourdonnements intermittents puis permanents, avec des accès d’exaspération — jet de vapeur, sifflement, — annonçant l'approche du vertige.

Le vertige est annoncé par une aura; c «*sl la perception d’un bruit aigu, strident, comme le sifflet de la locomotive, le tintement des cloches ou le bruissementde la mer; accompagnée parfois de troubles oculaires, — diplopie, strabisme, brouillards, flammes. L’apparition de l'accès survient chez quelques individus après un déplacement brusque de la tète, quelques-uns tombent brusquement lorsqu’ils regardent en l'air.

Alors le vertige commence. Le malade éprouve un mouvement de translation ou de chute d’avant en arrière, ou d'amère en avant (vert i go titübans), parfois il a la sensation de tourner autour de son axe vertical (ver II go gyraus). ou même autour d’un axe transverse comme pour une culbute, ou bien il se sent balancé, oscillant comme sur le pont d’un bateau (verligo oscillons). Généralement, entraîné par un mouvement giratoire violent, qui, d’habitude, commence du côté le plus éprouvé, le malade tombe brusquement, ou bien il titube, se cramponne aux objets voisins et finit néanmoins par tomber. S’il est surpris debout, il tombe du côté malade et la chute peut être assez brusque et violente pour qu’il se brise les os du nez, les dents. Mais l’accès peut être léger et n’imposer au malade que des oscillations qu’il peut surmonter en prenant un point d’appui. Lorsque le vertige survient au lit, le malade, en proie à une sensation de va-et-vient, de tournoiement, se cale avec des oreillers et se cramponne pour résister à celle hallucination de la chute.

Cependant la conscience reste* parfaite. Tout au plus la perte de connaissance apparaîtra en cas de chute violente avec traumatisme crânien; mais, au lit, elle n’arrive jamais. Pendant l’accès la face est pâle, la peau froide, couverte de sueur; il y a une tendance à l’étal syncopal. Presque toujours des nausées, des vomissements, quelquefois de la diarrhée terminent la scène. La surdité augmente après l’accès, elle finit par devenir complète à mesure (rue les crises se répètent, et celles-ci finissent alors par céder : le malade guérit, mais il reste sourd. Donc I accès de ver tige se caractérise par : sifflement, vertige, chute, état gastrique (Charcot ).

Le vertige auriculaire revêt deux formes : les paroxysmes et [étal vertigineux. A I origine la maladie s’accuse par des crises distinctes, durant de une à dix minutes, séparées par des intervalles de calme absolu. Puis, avec les années, les crises se rapprochent, se confondent, créant un étal vertigineux chronique, accidenté de parowsmes. Mois la

marche esl presque impossible, le malade rase les murs, s'y cramponne, n’osant traverser une rue; son état mental s’altère, il devient neurasthénique. Les paroxysmes apparaissent à certaines occasions : sensations fortes, mouvements plus ou moins violents (éternùment, déglutition, bâillement, injection auriculaire).

Certains auteurs réservent le terme de maladie de Ménière aux hémorragies labyrinthiques, appelant congestion labyrinthique les cas légers caractérisés par : vertiges, bourdonnements, surdité. Cn réalité il n’y a qu’une différence de gravité entre le vertige de Ménière et le vertige auriculaire simple. Dans celui-ci il y a tournoiement, sensation vertigineuse et phénomènes oculaires; et s'il y a surdité et bourdonnements d’oreille tout cela disparait avec la guérison de la cause. Dans la maladie de Ménière la surdité va croissant et les vertiges deviennent plus rares.

2° Vertige visuel ou par troubles oculaires. Il apparail comme conséquence d’une diplopie de cause variable, des paralysies unilatérales ou des contractures des muscles de l’œil par lésion centrale ou périphérique.

Dans ces cas la chute de la paupière supprimant la diplopie fait cesser le vertige, qui disparait d’ailleurs aussitôt (pie le malade n’emploie que l’œil sain. Le vertige est plus intense si le malade ne se sert que de l’œil paralysé. Le vertige précède souvent la diplopie, il coïncide fréquemment avec une démarche incertaine et une altitude de la tète telle qu’elle s’incline du coté du muscle paralysé; attitude qui en corrigeant la diplopie atténue en même temps le vertige.

Le vertige est un phénomène très intimement lié au nystagmus : certains auteurs, ainsi que je l’ai dit plus haut, ont même considéré le nystagmus comme un intermédiaire nécessaire pour l’apparition du vertige giratoire ou auriculaire. Comme le nystagmus, l’amblyopie est capable, pendant la fixation des objets en mouvement, d'occasionner des sensations vertigineuses.

5° Vertige de l’ataxie locomotrice. — Le vertige a été signalé assez fréquemment au cours de falaxie locomotrice (Pierret, Charcot, Pierre Marie et Wallon, Marina). Sa fréquence peut être expliquée par la concomitance d’altérations, soit du côté du labyrinthe, soit du côté des yeux; peut-être aussi par les troubles profonds de la sensibilité générale. C’est pourquoi le vertige des ataxiques peut revêtir les formes les plus diverses; chez quelques malades il s’agit du véritable vertige rotatoire, chez d’autres ce sont des sensations bizarres, telles que l'enfoncement du sol ou le soulèvement brusque du corps. Chez d’autres enfin, le vertige a une origine très complexe, c'est un désordre psychique dù au trouble de la déambulation et à la crainte de tomber.

IL Vertiges d’origine centrale. — J’ai indiqué précédemment, comment une lésion centrale du système nerveux peut occasionner des attaques vertigineuses dont la physiopathologie est très comparable à celle du vertige auriculaire. Le vertige se rencontre dans les tumeurs cérébrales de toute nature, dans la syphilis cérébrale, les ramollissements , les

TROUBI.ES Dé LA MOTILITÉ.

hémorragies, les scléroses multiples, les atrophies <lu cerveau; on l’a signalé au cours delà démence paralytique eide la chorée de liuntiuqton, enfin il constitue un épisode important de l’évolution de Y épilepsie.

Vertige épileptique. — Ce vertige trouve sa place en lète de ce paragraphe, car il figure fréquemment dans le cadre symptomatique des maladies que je viens d’énumérer.

C’est à tort que certains auteurs ont décrit comme vertige épileptique les accès de petit mal dans lesquels le malade pâlit et parlois s’allaisse brusquement sans convulsions ou avec contracture partielle de certains muscles.

Le véritable vertige épileptique, c’est Y aura vertigineuse (\yYi se produit comme prodrome, soit d une petite attaque, soit d une véritable grande attaque convulsive; mais le vertige peut aussi n’étre chez les épileptiques qu’un symptôme intervallaire. Il pourrait aussi rester a seule inanilestation de la névrose chez les épileptiques traités par le bromure de potassium (Charcot).

Les épileptiques ne donnent en général que des indications tort peu précises sur ce qu ils appellent leur vertige; il est certain que chez quelques-uns le vertige présente tous les caractères du vertige rotatoire, chez d’autres les phénomènes subjectifs sont très divers; ce sont des mouvements illusoires des objets, ou du corps, ou d une partie du corps; ceux-ci se trouvent subitement plus légers, comme si leur poids avait brusquement diminué; ceux-là ont l'illusion que leur corps se soulève brusquement d’un côté.

En réalité le vertige peut présenter chez 1 épileptique toutes les formes qu’il prend dans les affections cérébrales (llitzig). L’association à ce symptôme de phénomènes convulsifs et paralytiques, d’obnubilation ou de perte de la conscience, sa soudaineté (‘I sa brusquerie permettront le plus souvent d’en préciser la nature.

La contracture unilatéiale des muscles du cou serait, d’après Kéré, une cause de l’illusion vertigineuse : pour II. Jackson, les convulsions partielles des muscles des globes oculaires seraient très propices à la faire naître. On ne saurait faire complètement abstraction de ces deux théories; mais, sans y recourir, on peut très bien se rendre compte de la genèse du vertige épileptique, je me suis d’ailleurs expliqué précédemment à ce sujet.

Vertige au cours des lésions de l’encéphale. I. irritation qui provoque la sensation vertigineuse, reconnaît pour origine, soit la congestion sanguine, passive ou active, soit Y augmentation de la pression du liquide céphalo-rachidien et Vœdème cérébral, soit la compression exercée par la tumeur elle-même.

Sa fréquence serait de 51 pour 1 00 d’après Mills et Loyd. llitzig a publié en 1899 une statistique sur ce sujet : dans I 1 cas de tumeurs du lobe frontal, il y eut 7 fois du vertige; dans fi de ces cas ce fut un symptôme initial; dans \ il revêtit la forme caractéristique complète de la forme larvée de l’attaque épileptique; dans 5 autres cas il se combina

SEMIOLOGIE DI S ) S TE ME N ER VE! \

avec des maux de tète, des vomissements, et souvent sous forme d'accès. Eu outre, dans 2 autres cas, il ne fut qu un symptôme accessoire. Hitzig insiste dans ces cas sur l’apparition rare d’ataxie statique. Dans I \ autres cas de tumeurs ayant un siège diffèrent, il y en eut 5 avec vertige; dans 5 de ces cas les circonvolutions centrales étaient comprimées par la tumeur; dans 2 cas le vertige présentait les caractères de l’attaque épileptique; dans 1 cas il présentait des caractères tout à lait particuliers. Dans un cas où la tumeur n'avait aucun rapport avec les circonvolutions centrales, mais où elle comprimait le thalamus, le vertige coïncida avec des attaques convulsives. Chez plusieurs de ces malades, la inarche était chancelante. Dans le cinquième cas de vertige, la tumeur occupait le lobe sphénoïdal.

Dans 4 autres cas (h* tumeurs localisées dans le lobe temporal, il n v eut pas de vertige; de sorte que, d'après cette statistique, le vertige serait un symptôme relativement rare des tumeurs localisées dans le lobe temporal : malgré cela il existe un certain nombre de cas de tumeurs du lobe temporal avec vertige rapportés par différents auteurs.

Pour ce qui est des tumeurs cérébrales, le vertige appartient aussi bien à leur symptomatologie qu’à celle des tumeurs du cervelet; mais les attaques de vertige très intense doivent éveiller l'attention sur la participation de la corticalilé motrice au processus morbide, surtout quand ('Iles se combinent avec des symptômes d’excitation ou de paralysie motrice (llilzig).

Enfin sur I I cas de tumeurs du cenetet localisées, fi dans le vermis et 5 dans les hémisphères, le vertige ne manqua dans aucun cas; dans presque tous les cas les organes voisins (protubérance, pédoncule cérébelleux moyen, moelle allongée) étaient comprimés par la tumeur. Cette fréquence et cette intensité des symptômes des tumeurs seraient d'autant plus marquées que les tumeurs se développent dans un espace plus étroit ; et, d après llilzig. ce serait pour cette raison que Dévolution des tumeurs cérébelleuses est plus riche en symptômes. Dans les tumeurs de I angle ponto-cérébelleux le vertige est également constant.

Le vertige, au cours des tumeurs du cervelet, affecte assez souvent les caractères du vertige rotatoire type; il existe non seulement dans la position debout, mais aussi dans le décubitus, il augmente de fréquence et d'intensité à mesure que la maladie progresse; il coïncide presque toujours avec de l’ataxie statique. Cependant il n en est pas la cause, et la titubation, le cbancellement, la diminution ou la perte d’équilibre qui font partie de la symptomatologie de l’atrophie cérébelleuse ne s'accompagnent pas habituellement de vertige, de même que les individus atteints de tumeurs du cervelet peuvent présenter des troubles très accusés et constants de la marche, alors que le vertige n apparait que par intermittences. Parfois il s’accompagne de maux de tête, de vomissements, de syncope, ailleurs il survient sans ce cortège symptomatique.

Qu’il s’agisse d’une tumeur cérébrale ou d'une tumeur cérébelleuse, quand au vertige s’associent la céphalée, le vomissement, la syncope.

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ou bien lorsqu'il parait indiquer simplement mie congestion cérébrale, il est en rapport très vraisemblablement avec une augmentation de la pression intracérébrale; peut-être cette condition mécanique doit-elle nous expliquer la coïncidence du vertige avec les changements il altitude céphalique. La sensation vertigineuse survient fréquemment en effet, quand le malade passe de la position couchée à la position assise ou du décubitus dorsal au décubitus latéral, quand il se lève ou lorsqu il se met en marche.

Le vertige est un symptôme assez fréquent au cours de la syphilis cérébrale, qu'il s agisse d’une localisation méningée ou artérielle, de gommes des méninges ou de l'encéphale : le vertige est souvent ainsi un signe prodromique de I hémiplégie ou de I attaque à épilepsie syphilitique. Il peut présenter différentes formes, soit celle du vertige rotatoire, soit celle de sensation d’instabilité, d’obnubilations lumineuses, ou de bourdonnements d’oreilles; il s’associe à des troubles transitoires de la motilité, à des absences. Au cours de la syphilis constitutionnelle, il coïncide avec les maux de tète, les phénomènes névralgiformes, voire même avec des troubles oculaires — inégalité pupillaire et paralysies oculaires.

Symptôme inconstant des sclérosés multiples du cerceau, il y apparail avec tous les caractères du vertige rotatoire ou du vertige épileptique.

Les vertiges sont encore un prodrome fréquent des hémorragies ou des ramollissements (b* l'encéphale; ils appartiennent à la symptomatologie de 1’ abcès cérébral, et ils affectent plutôt la forme rotatoire lorsque la lésion siège sur le trajet des fibres conductrices des impressions de l’organe statique; le vertige épileptique appartient plutôt au vertige par lésions cérébrales proprement dites.

('.'est sans doute à la congestion cérébrale passive qu ol du le vertige de Y insuffisance mitrale ou de Y insuffisance Iricuspide, des lypémaniaqnes , delà paralysie générale, de la méningite cérébro-spinale; c'est à leur retentissement sur la circulation cérébrale que certaines causes d’hypertension artérielle — néphrite interstitielle , excès de travail intellectuel, veilles, excès de table, pléthore — doivent de produire sous l’inlluence de causes occasionnelles banales, des vertiges par accès ou un état vertigineux en dehors de la congestion cérébrale proprement dite (Mayct).

L ischémie encéphalique parait être la cause du vertige de I alhéronie cérébral qui est un des plus fréquents parmi les vertiges. Ce dernier peut affecter toutes les formes dé 1 étal vertigineux habituel, continu ou subcontinu, avec exacerbation pouvant aller jusqu’à la chute, ou produisant simplement la sensation de fuite du sol, ou de titubation ébricuse. Sa durée est passagère ou se prolonge parfois pendant dos semaines, des mois, des années. Il aboutit souvent à I apoplexie avec coma plus ou moins prolongé, ou à une perte de connaissance passagère; et ces accidents peuvent d’ailleurs apparaître après des vertiges courts ou passagers.

Grasset décrit trois types du vertige artério-scléreux ; vertige simple,

SEMIOLOGIE DU SYSTEME SERVE EX

vertige avec attaques apoplecliformes, vertige avec pouls lent permanent el crises épileptiformes ou syncopales — cette dernière forme n’indique plus aujourd’hui un athérome des altères lmlhaires, mais relève de l’anémie cérébrale duc à la bradycardie par lésion du faisceau de llis. Grasset attribue à l’artério-sclérose le vertige du tabac? I de Yalcool, et celui «pii s’observe dans la sclérose en platjaes et le tabes.

l.es vertiges des aortites et de l'insuffisance aortique ressortissent probablement à l’anémie cérébrale due à l’athérome ou au spasme des vaisseaux. L’est encore à l’ischémie cérébrale qu'on peut rattacher les vertiges des sujets anémiés par hémorragie, cachexie, convalescence, chlorose.

Dans la sclérose en plaques, le vertige se présente à la période initiale généralement sous forme d’accès, pendant lesquels il semble au malade (pie tous les objets qui l’environnent el le sol lui-même tournent avec une rapidité extrême, et souvent qu’il tourne lui-même avec eux. Très rarement il y a sensation de culbute et d'impulsion latérale. Les jambes fléchissent sous lui, il se cramponne.

Les sensations momentanées subjectives, lumineuses ou obscures, fréquentes dans la sclérose en plaques, sont également cause de veitige; parfois il résulte aussi de la diplopie liée au strabisme et aux paralysies passagères des nerfs moteurs de l’œil, ou enfin du nystagmus. La localisation d’une plaque de sclérose dans le bulbe sur le trajet des fibres vestilmlaires ou de leurs neurones secondaires, suffit dans bien des cas à expliquer le vertige; il peut être dû encore à la dissémination des plaques de sclérose sur les voies de la sensibilité? L'accès vertigineux peut précéder une attaque apoplectiforme et présenter tous les caractères du vertige épileptiforme.

Accidents du début de la sclérose en plaques se reproduisant à intervalles très variables, les accès se rapprochent à mesure que la maladie se confirme, et reviennent en séries avec disparition pendant une à plusieurs semaines Ils réalisent parfois un étal vertigineux continu qui force le sujet à rester couché; el les mouvements de la tête sont capables de causer des exacerbations. En général, à mesure que le tremblement et l’exagération des réflexes deviennent plus prononcés, le vertige diminue ou disparait, mais il peut cependant persister.

III. Vertige dans les maladies gë.néralls. — Elles comprennent les maladies infectieuses et les intoxications endogènes ou exogènes.

Il n’est pas de maladie infectieuse aiguë qui, parmi les symptômes initiaux, ne donne lieu à un état vertigineux d’autant plus prononcé que la maladie a une tendance adynainique ou typhoïde plus marquée. Aussi l’observe-t-on au début de la fièvre typhoïde, du typhus, de la fièvre récurrente, de la fièvre palustre, de la fièvre jaune, de la peste, de la grippe grave; moins souvent dans les fièvres éruptives, variole, scarlatine, dans les oreillons et la pneumonie. Ce vertige peut exister sans la moindre lésion de l’oreille, mais celle-ci peut parfois servir d’intermédiaire.

Parmi les maladies par auto- intoxication, la goutte est le plus souvent la cause du vertige. Le vertige goutteux, admis par Van Swieten, peut présenter une intensité très variable, depuis un léger étourdissement jusqu’à une forme grave, avec chute, parfois syncope, semblable au vertige labyrinthique qui sera bientôt décrit. Dans la forme chronique de la goutte, l’état vertigineux lait que le malade ne peut marcher sans perdre T'équilibre. L’attention, la pensée est troublée par une sensation de tète vide. 11 y a des paroxysmes et parfois des troubles mentaux : malaise, effroi de la solitude ou de l’obscurité (vertige mental), crainte de la vue des objets réticulés. La nature de sa cause est discutée : est-il de nature gastrique, athéromateuse, uricémique?

Le vertige peut faire partie des prodromes des accidents urémiques épileptiformes, et apparaître dans le diabète parmi les symptômes rattachés à l’acétonémie, quelquefois à titre de phénomène prémonitoire.

Tous les poisons qui, agissant d’une manière aiguë, entraînent des nausées et des vomissements produisent le vertige : champignons, digitale, ergot de seigle; plomb, cuivre, arsenic, tartre stibié, etc., mais leur action sur le vertige est, en somme, indirecte. Par contre, de nombreux agents d’ intoxication exogène ptoduisenl le vei lige d une manière, pour ainsi dire, indépendante. Les narcotiques, les solanées produisent un état vertigineux analogue à celui de 1 ivresse; c est ainsi qu agissent aussi la ciguë, la morphine, la cannabine, le tabac, soit sous forme de tabagisme aigu (vertiges, nausées, sueurs froides, anxiété précordiale), soit sous forme de tabagisme chronique (état vertigineux prolongé ou accès après un abus à jeun); il en est de même pour certains médicaments ; la pelletiérine ou l’écorce de grenadier employées dans le traitement du tænia, la quinine, le salicylate de soude, qui produisent en même temps des bourdonnements d’oreille intenses. Le vertige apparaît après l’inhalation de certains gaz; acide carbonique, oxyde de carbone, hydrogène carboné, gaz d’éclairage.

Le vertige peut faire partie des accidents cérébraux chroniques dus au plomb. Il est surtout le prélude d’accidents plus graves, 1 encéphalopathie.

L’ivresse alcoolique produit le vertige avec sensation de tournoiement, soit du sujet, soit de tous les objets qui l’entourent. En même temps se produisent les troubles des sens : obnubilation de la vue, étincelles, mouches, nuages, et un état d asthénie musculaire qui contribue a laiie perdre l’équilibre.

L’alcoolisme et surtout l'absinthisme chroniques produisent des vertiges qui sont parfois l’ébauche des crises épileptiformes. Il peut exister un état vertigineux constant ou intermittent, se produisant surtout le matin à jeun; et il est souvent le prélude du delirium treviens. Il amène quelquefois la chute du sujet et gêne la marche.

Les maladies générales et les intoxications interviennent de tarons très diverses pour produire le vertige: ou bien elles agissent par leurs produits toxiques sur les appareils sensitifs périphériques ou centraux, soit

SKMIOI.OGIE UL SYSTÈME NERl El X.

directement. soit indirectement par lus inoilillcations qu'elles provoquent dans la pression sanguine — et nous savons que ces dernières sont susceptibles d’occasionner le vertige — soit par les variations d irritation de l’appareil labyrinthique qu’elles entraînent, soit par les variations d’irritation des appareils centraux: ou bien elles agissent en localisant leur irritation pbleginasique sur certains territoires nerveux.

IV. \ rit tiges réflexes. - — Sous ce titre, je décrirai le vertige stomacal et le vertige largage, bien que leur pathogénie soil très obscure et encore en discussion.

Le vertige stomacal vertige a stomaro Iseso) (Trousseau, Lasègue), peut se présenter avec toutes les formes qui ont été décrites précédemment.

Tantôt il survient à jeun (Trousseau), accompagné souvent alors de gastralgie, et cesse par 1 ingestion d une petite quantité d’aliments, sauf à se reproduire parfois, un moment après, pendant la digestion. Tantôt il se produit trois ou quatre heures après le repas et il est lié à la dyspepsie par hypopepsie. On le voit alors accompagné de douleurs épigastriques, de flatuosités, éructations acides, vomissements glaireux, alimentaires, avec constipation : ou bien il v a simplement pesanteur et difficulté de la digestion.

Le vertige stomacal peut trouver une cause occasionnelle dans une excitation sensorielle ou un mouvement, — vue d'un treillage, mouvement brusque, une émotion, l'odeur de la fumée, l'ingestion d'un simple verre d’eau.

Dans le vertige stomacal la crise n’est jamais foudroyante il emblée. Il n’y a pas de chute. Toutefois le vertige peut acquérir une grande intensité, tout comme le vertige auriculaire, et produire h* mouvement giratoire intense, l'hallucination du gouffre, la titubation, la chute et la nécessité de rester couché pendant l’accès. Plus que les autres vertiges il s’accompagne de nausées et de vomissements. On I observe chez les convalescents de lièvre tvphoïde et souvent dans la dilatation d estomac. Il ne se rencontre guère dans le cancer ni dans 1 ulcère.

On a admis tour à tour les rapports du vertige stomacal avec I anémie (Trousseau), avec la neurasthénie ou un trouble auriculaire (llouvereti. Chez les faux gastropat lies qui sont légion, le vertige stomacal est uniquement d’ordre neurasthénique.

Certaines idiosvncrasies, telles que les accès de vertiges survenant chez certains sujets à la suite d’ingestion d'œufs, de poissons, glaces, etc., paraissent inexplicables. Ici encore il faut faire la part de l’auto-suggeslion.

Le vertige laryngé (ictus laryngé de Charcot), est causé par une alléelion préexistante du larvnx: ou bien vertige et trouble laryngé sont deux effets d’une même cause relevant d une lésion bulbaire. Il peut apparaître à toutes les périodes du tabes. L’accès est précédé d'une sensation de chatouillement pénible à la gorge, vers le pharynx, s accompa-

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(Je toux sèche, quinteuse avec sensation de strangulation, dyspnée (par spasme du larynx), cornage: puis apparail le vertige, capable de produire la chute.

Les accidents peuvent se borner là. Mais il peut arriver que le sujet perde connaissance (ictus laryngé), et présente même parfois îles convulsions épilepti formes d'un ou de deux membres. Et ces accidents peuvent se répéter quinze à vingt lois par jour. Ce sont là, du reste, des laits fort rares et dont jusqu’ici je n’ai jamais observé d'exemple. Charcot admet que l’irritation du nerf laryngé amène le vertige, comme le fait l'irritation du nerf auditif dans la maladie de Ménière. (Voy. Sémiologie des troubles respira lo i res . )

V. Vertige névropathique. — C est le vertige de 1 ligstérie, de la neurasthénie, de V hypocondrie et des névroses dites traumatiques. Au cours de l’hystérie, le vertige peut se manifester, soit comme accès d'une crise convulsive, soit comme un état cérébral dû à la neurasthénie, ou bien il se manifeste pendant l’état de suggestion hypnotique (llilzig).

Les illusions du vertige neurasthénique — variété de vertige très fréquente — sont l'inclinaison du corps ou de la tète d un côté, le mouvement de rotation, la chute en avant ou sur le côté, la titubation; à ces phénomènes purement subjectifs correspondent chez certains malades des signes objectifs de même ordre: mais on n observe pas, comme dans le vertige de Ménière, d’altérations très grandes de l'équilibration ni de chutes.

Ce vertige survient soit à la suite d ellorls prolongés, d altitudes céphaliques anormales, de mouvements prolongés de la tête, etc. Kralll-Ebing pense que le vertige des neurasthéniques est dû a des troubles vasomoteurs, ceux-ci provoquant un affaiblissement de pression dans le labyrinthe, celte opinion est combattue par Hitzig. La théorie de Binswangcr manque de clarté; cet auteur prétend que le vertige des neurasthéniques est une sensation paresthésique provenant d irradiations d autres sensations, soit générales, soit visuelles. Ilitzig essaye d interpréter ces accès de vertiges corticaux en les comparant à des phénomènes analogues qui se manifestent dans l'hypocondrie et l’auto-sugg'eslion. De même que dans l'hypocondrie, et d’ailleurs comme dans la mélancolie, la manie, ou la paranoïa, le point de départ du vertige se trouve dans une viciation d’une de nos fonctions psychiques les plus essentielles, c est-a-dire de la sensation de soi-même. A Létal normal, elle ne franchit pas le seuil de la conscience; mais sous l'influence de quelques processus morbides, les excitations physiologiques qui affluent vers l’écorce cérébrale et dont • elle dépend se transforment en états de conscience pathologiques. Les illusions de l’hypocondriaque, qui ne diffèrent de celles du mélancolique ou du maniaque que par leurs rapports avec des organes précis et limités, sont très comparables aux sensations vertigineuses. L hypocondriaque croit percevoir des mouvements apparents, en ce sens que les représentations obscures qu’il a sur l étal de quelques parties de son

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appareil locomoteur appuient sur le seuil de la conscience, et plus l’attention se porte sur elles, plus elles s’éclairent et plus large est leur place dans la conscience (Ilitzig); r'esl ainsi que le malade se croit soulevé en l’air ou incliné en bas lorsqu'il se repose sur son lit.

Pour ma part, je considère le vertige des neurasthéniques comme une phobie conséquence d'auto-suggestion. Le sujet ayant eu pour une raison quelconque un vertige, s’auto-suggestionne sur son état et l’état phobique ramène la production du symptôme.

Le vertige des montagnes, le vertige des hauteurs, n’est lui aussi, qu’un phénomène d’aulo-suggestion : l’enfant ne l’éprouve pas, parce qu'il n’a pas conscience du danger (Silvagni). Ni l’espace libre, ni l’éloignement des objets n’influent sur sa manifestation, et Tissandier et Richet ont fait remarquer que le vertige n’est pas éprouvé au cours des ascensions en ballon. Du vertige des hauteurs, il faut rapprocher Y agoraphobie : Cette crainte des espaces (Westphal) avec angoisse, faiblesse des membres inférieurs qui fléchissent, faisant redouter au malade une chute imminente et l’empêchant d’avancer, est une manifestation phobique fréquente chez les névropathes et les dégénérés.

Lasègue a désigné sous le nom (b* vertige mental une angoisse précordiale, subite, consciente, invincible, s’accompagnant d’une sensation de collapsus et de défaillance aux jambes, avec brouillard devant les yeux, pâleur de la face; angoisse provoquée par la vue d’un objet, glace, épingle, et se répétant chaque fois dans les mêmes conditions.

En résumé le vertige névropathique ou mental n’est autre chose que la concentration de l’attention sur un groupe de sensations de mouvement ou de locomotion, qui remplissent bientôt à elles seules le champ de la conscience, et le vertige névropathique ainsi considéré se confond insensiblement avec la phobie.

VL Vertige paralysant ou maladie de Gerlier. — Gerlier a décrit en 1887. puis en 189!), sous le nom de vertige paralysant, une affection se manifestant sous forme d’épidémie et caractérisée par des parésies momentanées, des troubles visuels et des douleurs vertébrales. Elle a été signalée aussi au Japon où elle porte le nom de kubisagari (N'akano, Onodera, Mima).

Les troubles de la vision et les parésies «pii constituent les deux principaux signes de cette affection apparaissent sous forme d’accès. Suivant que les troubles delà vision existent seuls ou se combinent à des parésies des membres supérieurs ou inférieurs, Gerlier distingue trois types :

1er Type. — Ptosis. Type de T endormi :

2’’ Type. — Ptosis associé à la parésie des extenseurs de la tète. Type du recueillement ;

5e Type. — Il exister en outre de la parésie des membres inférieurs. Type de V aveugle ivre.

Le ptosis (vertige ptosique de David) est plus prononcé d’un côté et plus souvent à gauche; il est précédé par du clignement, de l’éléva-

lion (les sourcils, du front : c'esl le symptôme (pii disparaît le plus lentement.

Les muscles extenseurs de la nuque sont inégalement pris, ceux <ln côté gauche étant plus afVaiblis, la tète salue à droite. La paralysie des inein • bres supérieurs est variable suivant la profession de l’individu, elle a un caractère fonctionnel, elle esl déterminée par tel ou tel acte, fréquemment répété, tel que celui de traire, de faucher, de bêcher, de frotter, de marcher, de manger; la plus fréquente, la paralysie du Irayeur, est la conséquence d'une paralysie dos extenseurs. On esl moins fixé sur ceux des muscles des membres inférieurs qui sont les plus atteints : ce seraienl les gastrocnéinicns (Gerin r). Enfin, après celle des membres supérieurs et inférieurs, la parésie des abaisséurs de la mâchoire est la plus fréquente. Moins souvent on observe la paralysie de la langue, des lèvres et des joues, la paralysie de la déglutition, la discordance de la voix, l’incontinence d’urine.

Les troubles visuels qui accompagnent l'accès ont fait donner à cette affection le nom de vertige; celui-ci n’a pas d’habitude les caractères du vertige giratoire; il s’agit généralement d'obnubilation, de diplopie, de photopsie, de photophobie, associées parfois à des troubles de l'équilibre. Il répond assez bien à la variété tenebricosa \ il ne s'accompagne ni de phénomènes psychiques (appréhension), ni de plaintes, ni de nausées; le nom de tourniquet, qui lui a été donné dans certaines localités, s’adresse donc principalement aux symptômes objectifs (inclinaison de la tète, troubles de l’équilibre, etc.).

Les douleurs spinales (faux torticolis, faux lumbago) et les névralgies (douleurs frontales, névralgies sus-orbilaires), les sensations périphériques (tension des épaules, eonstriclions de l’avant-bras et des poignets) rentrent dans le cadre de cette affection.

La durée des accès est de une à dix minutes; ils se reproduisent par série d’une durée de deux à trois heures. Dans les cas légers, tous les symptômes disparaissent entre les accès. Pendant cette période il existerait une fatigue plus rapide des muscles au courant faradique (Miura) et les réflexes tendineux sont exagérés. Dans les cas plus graves les symptômes ne rétrocèdent pas complètement.

Gerlier signale comme causes efficientes de l’accès : le mouvement, la position baissée. Les fatigues, les excès, les émotions, les sensations exagérées sont des causes favorisantes ; les accès sont plus fréquents le jour. La femme esl moins fréquemment atteinte.

Le début du vertige paralysant est brusque; l’évolution irrégulière, entrecoupée d’améliorations et de récidives; la durée varie de un à cinq mois. La maladie e>t plus fréquente pendant les grandes chaleurs, bien que les bergers qui couchent à l’étable soient pris aussi l’hiver.

La nature de celte singulière affection n’est pas encore complètement élucidée : sa limitation à certains pays (quelques cantons du Jura et le Japon), les épidémies de maison, la contagion d’élàble à étable, tendent néanmoins à la classer parmi les maladies infectieuses. On a remarqué

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SËMIOLOUŒ LU SYSTÈME XEIUEIX.

que les conditions atmosphériques favorables à l’éclosion des imicédinées sont indispensables à l’éclosion du germe pathogène, et on en a tiré des analogies entre la lièvre jaune et le vertige paralysant, affections qui auraient I une et l’autre besoin d’un cryptogame pour se développer ( (ici lie r ) . Certaines substances telles que l’alcool, l'absinthe, le vin de millet, le mochi ont été incriminées, mais ce ne sont là sans doute que des causes favorisantes. Quelques animaux domestiques, tels que le chat, présentent des symptômes très analogues à ceux qui caractérisent cette affection et cela dans les mêmes contrées que celles où l’homme en est atteint.

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