‹ SemiramisChapitre 14 sur 50 · ACTE SECOND · texte numérisé non relu

ACTE SECOND

OURKAM

La pourpre des puissants t'enserre en ses plis lourds : aucun monté au faîte ne saurait plus descendre; il faut mourir dedans ses dignités,

le trône est une apothéose ; les Dieux n'ont jamais renoncé!

SÉMIRAM1S

Ils sont les Dieux; et je me sens humaine.

OURKAM Que le passé t'apparaisse vivant,

mesure l'abjection où par toi sont tombés Menonès et Ninos la même te menace 1

Ils ont vécu d'enviables ivresses Ce que je leur donnai... qui me le donnera ?

OURKAM

Le sang1 de Derkéto dans tes veines s'éveille...

Ma mère ? Je l'ai vue, en songe, cette nuit...

OURKAM

Dans le sommeil, l'homme découvre un nouvel horizon. Les songes, comme un miroir d'acier reflètent le destin.

Au bord d'un lac sacré à Tonde calme et claire,

une femme s'avance dont les traits aux miens s'apparentent

Elle se penche langoureuse au cou d'un jeune prêtre ;

ils se parlent d'amour, ils se baisent, s'enlacent.

L'ombre du soir, qui descend, mêles cache.

Tout à coup, la femme reparaît, effrayante!

Elle agite un glaive ensanglanté.

Son geste montre le corps livide de l'amant. Il ressemblait à Keth-Aour.

Ma mère, un secret sentiment me la fit reconnaître,

ma mère s'abîma sous l'eau noire.

La lune, en se levant, éclaira son cadavre ;

il flottait l'œil ouvert.

Soudain, la morte se ranime et se jette sur moi.

Elle veut m'entraîner dans ce hideux trépas.

« Âh ! Derkéto, m'écriai-je,

« que viens-tu m'annoncer de funeste?

« Pourquoi t'obéirai-je? Quel lien fut entre nous?

« Comme tu m'as abandonnée, je te repousse.

« Dénaturée, arrière! » Son contact d'abord m'épouvante,

mais la meneuse de char est robuste.

En vain, elle crispait ses bras; je rompis son étreinte.

L'effort me réveilla, le jour parut,

le jour béni qui chasse les fantômes

et rend à la raison l'empire de nos sens.

OURKAM

Ce songe est prophétique.

Si tu cèdes à ton vertige, tu seras, toi aussi, réduite à te tuer

SÉMIRAMIS, elle quitte la litière.

Le repos du palais succédant à la vie guerrière explique mon humeur incertaine. Que puis-je ? Remonter sur mon char et courir vers l'Indus, au-devant des défaites, ou attendre à Ninive qu'une passion vienne me consumer ? Quand mes guerriers sont las, je leur donne un morceau de terre et le preneur de villes, devenu pacifique, cultive un champ qui le nourrit.

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