CTE SECOND
|Je suis le vétéran des gloires d'Assyrie, !je veux me reposer aussi.
OURKAM
Obscure, tu pourrais disposer de toi-même.
Tu t'appelles « La Grande ».
Tu as conquis l'empire et l'immortalité,
tu dois rester la reine, la déité,
sans démentir par des faiblesses
une race qui t'a voué son sang- et des autels.
Ninos impunément, malgré sa tête déjà blanche,
élève une enfant trouvée jusqu'au trône,
et s'enferme, dès lors, dans le palais des femmes,
sans perdre rien de son autorité.
Et moi, ruisselante de gloire et pure de péché,
à peine je dénoue le harnais militaire,
je me vois avertie, contrainte, menacée !
L'Assyrie ne contient pas d'observateur assez subtil.
Tu viens de Babylone pour être le veilleur de ma folie.
L'univers me respecte, ébloui ; et je ne trouve dans ma ville
que censeurs préventifs pour de futurs désordres!
Un si fiévreux souci de ton destin
est un hommage et non pas un affront.
Oui, tu as égalé les plus illustres conquérants,
mais ta beauté, la crois-tu étrangère à ton prestige ?
Qu'importait aux légions de Ninos
qu'il aimât une femme, épouse ou favorite ?
Au contraire, suppose une armée d'amazones ;
elle serait jalouse de son roi.
Eh bien ! l'Assyrie entière, unanime pour Ion apothéose,
te dédiera des statues et des temples
si tu restes l'être surnaturel et sans faiblesse.
Gomme ils se sont donnés, éperdûment,
ils s'attribuent des droits d'époux ou d'amant!
Tu n'es plus libre d'un acte humain, toi, Déesse d'un peupt
Tu le sentais, lorsque tu as crié aux chefs enthousiastes :
« Je suis l'amante des légions, l'épouse de l'armée. »
Moi, je serais liée par des mots de harangue,
phrases pompeuses inspirées du momeut!
Je dois compte du trône, des frontières, de la prospérité,
mais non pas de mes nerfs, mais non pas de mes nuits!
Le sceptre a ses devoirs : mais mon corps m'appartient.
Aux efforts de mon ambition
mesure mes exploits, si l'amour m'inspirait!
OURKAM
Tu as eu"pour complice de ton sort éclatant l'amour de la Patrie qui te donna l'essor. Si tu trahis la passion nationale, le passé, de son poids énorme, t'écrasera.
SÉMIRAMIS Je lutterai, même contre ma gloire.
Je saurai, en suprême prouesse, me reconquérir sur Assou
OURKAM
La légende t'oblige autant que les annales ; il est trop tard pour changer de conduite. Reste debout dans la forêt des cèdres
Je suis lasse de vaincre et lasse de régner,