SCÈNE
NARAM-SIN, seul.
Cette aube est l'apogée de la Patrie, moment unique dans l'histoire, où l'univers se tait, craintif et recueilli, devant l'astre éclatant d'une cité à son zénith. Bientôt retentira, jaillie du cœur assyrien, une clameur de joie immense !
Sémiramis, la reine qui surpasse les rois, rentrera dans sa ville, éblouissante de victoires I Elle a courbé au joug* et forcé au tribut l'aïeule des nations, l'Egypte vénérable ! Tandis que Ninive pavoise ses palais jusqu'au faîte, jonchant ses rues de tapis et de palmes, aux échos des chants d'allégresse, seul avec mon souci, je médite, voyant déconcerté par sa vision !
En ce livre du ciel où les mots sont des mondes, j'ai lu une menace :
Sémiramis, toujours heureuse en ses conquêtes et le glaive à la main,
verra son étoile blêmir, sitôt la cuirasse quittée : présage inexpliqué, qui défie ma vieillesse e t me contraint à recourir aux mages Kaldéens. Ourkam viendra, babylonien subtil, devin vanté. Ce jardin est propice aux secrètes paroles.