LE DUALISME
Le système d'un Sénat fédératif sépare pour mieux unir. Le dualisme n'est qu'un instrument de discorde entre les parties contractantes. Tout y sent la poudre. Cette organisation désossée, ces délibérations en langues différentes des délégations, entre lesquelles l'abîme est dissimulé par un voile de gaze, -peuvent engendrer les plus grandes difficultés, jusqu'à ce qu'une irrémédiable rupture s'en suive. Que les intérêts de l'Autriche et de la Hongrie soient contradictoires, que la délégation de l'une vote à l'unanimité, tandis que chez l'autre quelques membres hésiteront , celle-ci se trouvera enchaînée et néanmoins refusera de se soumettre. Deak et de Beust ont pensé que ces intérêts pourraient se solutionner par voie de traités , ils ont classé toute une catégorie de questions qui entre les deux provinces devraient se terminer de cette manière, mais, il est des cas où les atermoiements ne font qu'activer la mèche qui brûle.
L'Ausgleich ne pourra jamais produire les résultats du Sénat américain. Contrat bilatéral, il a prétendu régler le sort de parties tierces. C'était s'exposer à le voir lorsque ces parties parviendraient à s'entendre, que leurs yeux seraient moins déroutés par la nouveauté du système, et que leur opposition serait victorieuse de l'Allemand et du Magyar se briser comme un instrument monocorde, ne pouvant se plier à aucune transformation. Les provinces non consultées ne se firent aucun scrupule de manifester leurs sentiments, et demandèrent, la Bohème en tête, que l'Ausgleich fut soumis à la ratification d'une assemblée générale dans laquelle elles auraient toutes été représentées. Le gouvernement central dut refuser, car il n'éprouvait aucun doute sur la manière dont les Slaves entendaient cette ratification. Les difficultés que l'on avait cru éloignées, on s'en apercevait dès le premier jour, étaient demeurées menaçantes.
64 PAYS PEDERATIFS
M. (le Beust avait voulu simplement faire à la Hongrie la part du feu. li comptait sur son tact personnel pour venir à bout du reste. La désillusion ne tarda pas à se produire.
Dorénavant deux politiques vont se dessiner parmi ses successeurs. Les uns acculés n'hésiteront pas à faire du fédéralisme immédiat. Les autres plus prudents suivront une tactique moins hâtive, à laquelle TAutriche-Hongrie devra peut-être un jour de doubler le cap des tempêtes, laisseront subsister le dualisme entre les Allemands et les Magyars, essayeront dans chacune des provinces Cisleithanes et Transleithanes de trouver vis-à-vis des dissidents un terrain d'entente permettant de nouer avec chacun d'eux pris isolément des contrats bilatéraux semblables à rAusgleich de 18G7. On se serait approché ainsi lentement de Tidée américaine, et les Slaves du Nord auraient continué à demeurer impuissants vis-à-vis de la Hongrie, séparés par l'existence des deux grandes provinces.
Nous sortirions du cadre de cette étude si nous voulions entreprendre d'exposer les efforts du cabinet Potocki pour introduire en Cisleithanie la lettre môme du système de Philadelphie, faire élire la Chambre des seigneurs par les diètes nationales, et le Reichsralh au suffrage universel, ceux du comte Charles Hohenwart en 1871 pour accroître l'initiative des diètes particulières, ceux du même ministre pour ramener la Bohème en lui accordant comme à la Hongrie un couronnement de l'empereur à part, lui permettre de voir en lui son propre roi et de ne point se considérer comme vassale de l'Autriche, le compromis sur le point d'aboutir en 1890 avec le royaume de Saint Vinceslas grâce à l'habileté du comte Taaffe à profiter de la scission des accommodants. Vieux-Tchèques de M. Rieger, et des irréconciliables. Jeunes-Tchèques de ^L Gregr.