LE DUALISME
ces ponts m^»lalliques dont la solidité soutient les plus lourds fardeaux malgré leur légèreté et leur transpa* renée. Chaque année le Parlement de Vienne et celui de Pesth nommeront deux délégations de soixante membres chacune. Les soixante Autrichiens seront élus vingt par la Chambre des seigneurs , quarante par le Reichsrath ; les soixante Magyars, vingt par la Table des Magnats, quarante par les Ordres. Ces deux délégations se réuniront alternativement dans les deux capitales pour ne mieux traiter personne, comme la vagabonde Diète de la Constitution suisse de 1815. Elles délibéreront séparément, l'une en magyar, l'autre en allemand, et ne pourront discuter dans la même enceinte que lorsque trois échanges infructueux de notes n'auront pas réussi à les mettre d'accord. Leur but sera de contrôler les actes d'un cabinet central investi de la direction d'un nombre d'affaires communes aussi réduit que la situation le permettra.
Quelle différence entre ces complications et l'aspect sobre du système américain !
Nous avons vu le moyen inventé par les Etats-Unis pour que leurs sous-secrétaires d'Etat puissent diriger le mouvement des idées au lieu de le subir, pour que la continuité d'une politique ne soit pas à la merci d'un vote souvent incohérent, comme dans la plupart des pays parlementaires. En Autriche-Hongrie la situation des ministres est encore plus fausse que chez ces derniers. Ils sont immédiatement après l'empereur la personnification de TEtat aux yeux des puissances, et n'ont même pas sous leurs ordres cette pyramide de fonctionnaires qui constitue une administration ! Leur autorité dont l'étendue est grande en matières militaires et diplomatiques, puisqu'ils ne peuvent être interpellés en dehors des délégations et que celles-ci ne siègent que pendant
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fort peu de temps, s'appuie sur un pied d'argile. L'argent est non-seulement le nerf de la guerre il est aussi celui des négociations qui l'éloignent. Le croirait-on? Le ministère central de l'Empire est tenu complètement à l'écart des recouvrements de son budget. Ce sont les parlements de Cisleithanie et de Transleithanie qui décident la manière dont ils devront s'opérer. Suspendu bien au-dessus de cette délibération, il est interdit au malheureux de descendre y prendre part. Non-seulement il n'intervient pas dans la réglementation et la levée des fonds, mais, encore ne peut y procéder luimême. Il doit attendre patiemment comme un mendiant à la porte d'un palais que les cabinets des deux provinces aient la compassion de les laisser tomber dans sa main. Celles-ci peuvent par une inaction calculée opposer un veto insurmontable aux décisions des délégations. Et il: ne s'agit pas seulement pour les cabinets particuliers d'un moyen d'obstruction dans les questions militaires et diplomatiques par voie budgétaire. Il est peu de lois dont un refus de subvention ne rende l'application impossible. Pour les plus importantes des affaires communes : les affaires militaires, le gouvernement d'Autriche-Hongrie est privé de bien plus encore que des ressources pécuniaires. L'armée elle-même lui échappe. Pour faire un bon soldat, il est un instant décisif, celui où l'on transforme le civil en un militaire. Durant tout son service, son esprit de discipline et son entrain dépendront, dans une large mesure, de la première impression reçue. L'Ausgleich a donné toute compétence en matière de recrutement aux Chambres des provinces, sans laisser aucune participation à ce ministère central qu'elle instituait en le plaçant dans la bizarre position de pouvoir tout chez les autres et rien chez lui, dont l'autorité intérieure ne va au-delà de délégations annuelles, éphémères, et n'a aucune action sur les assemblées dont elles dépendent.