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CHAPITRE VII

Gomment l'hérédité existe encore en Prusse, en Bavière, en Wurtemberg, dans le Grand-Duché de

Bade et la Saxe

En Angleterre et en Hongrie, le maintien de Tliérédité, malgré des transformations profondes, provient, là, de la communauté d'intérêts qui, au début, lia Taristocratie et le peuple, là , de leur identification. En Prusse, elle vit non pour avoir combattu le pouvoir royal, mais, pour avoir su lui demander un appui.

Créer pour ainsi dire, en deux siècles, un Etat puissant, lui fournir une suite ininterrompue de souverains jaloux de sa gloire, d'hommes éclairés, l'élever enfin par la conquête et la ruse à la direction d'une confédération dans laquelle son influence s'était longtemps perdue, telle a été l'œuvre nationale et patriotique de la maison de Hohenzollern. Elle a su s'y donner corps et âme, jetant dans le creuset d'où devait sortir la grandeur prussienne, en même temps que son esprit organisateur, la rude originalité de la plupart de ses mem- J)j-cs. Tous ont eu des figures nettes, intéressantes,

faciles à fixer dans Timagination du peuple, un caractère vigoureusement dessiné. 11 suffit d'entendre raconter ses démêlés avec son fils, son amour pour ses grenadiers géants de Poméranie, pour connaître ce souverain brutal qui fut Frédéric-Guillaume. Le correspondant de Voltaire est, et demeurera, éternellement le type du roi philosophe, et du mausolée de Gharlottenbourg monte Tombre touchante de la belle reine Louise luttant contre Tenvahissement.

Certes, il est d'autres pays, où les monarchies ont fait les nations sur lesquelles elles devaient commander. Ici, les souvenirs sont plus récents, la chose s'est accomplie plus près, plus vite. Le peuple prussien peut la toucher presque.

Lorsque les souverains pratiquent avec des aptitudes et des connaissances suffisantes Tart du gouvernement, on oublie promptement les dangers de leur puissance. Aux environs de 1845, le parti conservateur pouvait encore écrire dans ses manifestes :

« Le roi est un père pour le peuple. Est-il nécessaire que le père de famille partage avec ses fils le gouvernement domestique ? Conviendrait-il que ses enfants exigeassent des garanties contre le gouvernement paternel? »

Ce qui équivaut à cette exclamation de Streckfuss : « La maison de HohenzoUern, vaut pour la Prusse, une charte et une république. »

C'est parce que beaucoup l'ont pensé qu'il est difficile d'imaginer un gouvernement moins tempéré que ne le fut pendant longtemps celui de cette maison. Effacée par son éclat, la noblesse prussienne s'est abandonnée à la dévotion de princes contre lesquels la lutte aurait été impossible. Chez elle tout fils reste ce qu'était le père. On la considère comme une qualité indélébile du sang. Elle forme une caste, à part, méprisant le peuple.

Le peuple, le lui rend surabondamment. 11 aime à raconter le soir, au coin du feu, pendant les nuits d'hiver, ces émouvants récits, où quelque seigneur héroïque combat des monstres et dissipe le charme des fées. Mais, il s'y intéresse parce qu'ils lui fournissent de fortes émotions. Il ne recherche en eux ni des patriotes ni des précurseurs. 11 ne voit que Thomme aux prises avec l'adversité, incarnant des passions impérissables, sous un vêtement primitif qui plaît à son àme naïve. 11 se les représente isolés dans leurs burgs , n'ayant au-dessous d'eux que des rochers et de noirs sapins, pour compagnons que des soldats. Ils n'ont jamais été mêlés au chauvinisme autrement que par une renaissance artistique qui lui a emprunté ses plus vigoureux effets.

Aussi, bien que très inquiet du sort des héros des Niebelungen^ le peuple de Prusse s'est empressé, dès qu'il l'a pu, de dépouiller de leurs privilèges, les seigneurs d'Outre-Rhin. Dès 1807, l'égalité de tous les citoyens devant la loi commence à poindre. En 1850, l'article 4 de la Constitution achève le nivellement commencé.

Pour se défendre contre toutes les haines qu'elle avait soulevées, la noblesse prussienne ne pouvait trouver refuge que dans l'amour sans bornes de la nation pour ses souverains. Elle' leur a apporté cette obéissance passive qui est un des signes distinctifs du caractère teuton, se rattrapant de cette servilité par une arrogance blessante, un dédain injurieux pour tout ce qui n'est pas bien né.

Mais, eux, que pouvaient-ils en faire ? 11 fallait lui trouver une utilisation qui la satisfit, leur profitât, et n'éveillât point le mécontentement du peuple dont ils tenaient à conserver l'affection. Si l'on songe que nous sommes dans un pays de militarisme à outrance, où

même à Theure qu'il est, pour tHre éligible à la chambre des députés, il faut justifier de trois ans de service actif, la solution ne se fera pas attendre. A ces hommes dont ils étaient sûrs, qu'ils tenaient par la nécessité, les rois de Prusse allaient confier Tarmée. Ils leur ont ouvert les casernes, réservé pendant longtemps l'honneur exclusif des grades.

En fait de hiérarchie, la nation ne voulait admettre que la hiérarchie militaire. L'absorption par celle-ci de la liiérarchie civile, l'a sauvée. Aujourd'hui encore, malgré de profondes transformations, la noblesse a conservé la moitié des commandements des troupes du royaume.

Cette aristocratie militaire, amoindrie par la perte de ses privilèges, ouverte en droit, mais, murée dans son irréductible esprit de caste, qu'on l'assemble, qu'on lui assigne pour lieu de réunion une salle parlementaire, où ses votes dépendront du souverain comme des exercices exécutés sur un terrain de manœuvre et l'on aura la Chambre des seigneurs de Prusse. Incapable de fournir un vote libre, elle n'a montré qu'une fois quelques oppositions. Il a même fallu alors nommer un certain nombre de nouveaux seigneurs. Mais, que Ion ne croit point qu'il se soit agi de quelque grand principe à sauvegarder. Si les membres de la chambre haute ce sont, en cette occasion, séparés du roi, ils sont demeurés fidèles à leur intérêt personnel. On voulait leur faire adopter un projet qui, dans les provinces et les cercles, diminuait l'influence de la noblesse, en opérant d'une manière plus populaire le recrutement des assemblées locales.

Telle qu'elle est, la Chambre des seigneurs de Prusse fait l'effet d'un gros mannequin, d'un épouvantail, dressé pour effrayer les moineaux agitateurs. Approchons-nous et nous reconnaîtrons vite que der-

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rièrc ce simulacre d'assemblée, il n'y a qu'une chose : le pouvoir sans borne des Hohenzollern.

Les membres héréditaires forment deux catégories à la Chambre des seigneurs.

La première comprend les descendants de ving-huit familles privilégiées. Ce sont celles des Standesherren^ princes ou comtes du Saint-Empire. Elles fournissaient chacune un petit souverain, heureux chez lui, et ne dépendant que de l'empereur d'Allemagne. C'était pour la Prusse, au moment où elle travaillait à accroître son territoire, un moyen indiqué de s'agrandir. Elle n'y a point failli. Le tout était de savoir choisir la bonne heure. Elle se les est appropriés à des dates échelonnées dès qu'un prétexte se présentait. Pour couvrir sdn larcin elle s'est servie d'un euphémisme germanique qui est une trouvaille. Elle a dit que ces familles seraient médiatisées , ce qui signifiait qu'elles dépendraient de la Prusse , au lieu , comme autrefois, d'obéir directement à l'empereur.

Tout en faisant subir à ces vingt-huit petits souverains, la transformation, toujours assez peu agréable de maîtres en sujets, les Hohenzollern, pour que le changement eût lieu le moins douloureusement possible, ont consenti à inscrire dans les actes de médiatisation , le maintien^de quelques-uns de leurs anciens privilèges , illusoires vestiges de la souveraineté qu'ils venaient de perdre. Dans les Eglises on a continué à prier pour eux, comme on implore le ciel en faveur des monarques qui veillent sur le sort des Etats. Lorsqu'ils parcourent les rues, ils ont le droit de se faire accompagner par une escorte caracollante, comme si cette garde avait été levée au hasard, au sein d'une armée nombreuse. Ils sont exempts du service militaire, bien que personne ne le leur doive, des impôts directs et des droits de succession, bien qu'ils ne puissent plus les réclamer eux-mêmes.

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Si les Slandesherren jouissent de Tencens, des cavalcades, font des économies aux dépens du fisc, il manque à leurs privilèges l'assentiment populaire. Les démocrates berlinois en sont choqués. En 1883, une commission de la Chambre des députés a protesté contro^ la dispense d'impôts, dont profitent les chefs des familles médiatisées, et en a demandé l'abrogation. Déjà, on ose, sur certains points modifier, par voies législatives, les promesses inscrites dans les actes médiatisateurs. Le temps est proche où ces malheureux petits fils de la Grande Duchesse , n'auront d'autre ressource que de se confier au souverain et de tirer de lui quelques concessions en échange de leur puissance législative , comme ils obtinrent celle-ci lorsqu'ils se résignèrent au sacrifice de leur autorité temporelle.

Les autres membres héréditaires de la Chambre des seigneurs sont ceux à la famille desquels le roi a conféré le droit d'y venir siéger par le fait seul de la naissance. Réunis aux Slandesherren ils forment «^ peu près le tiers de la haute assemblée prussienne,

Le reste est nommé par le roi, et à vie. Ces nominations lui permettent de triturer la chambre à sa guise. Les membres de la famille royale n'ont même pas le droit d'y venir siéger, eux qui sont si près de la souveraineté effective, comme les Slandesherren qui en sont si loin. 11 faut pour leur ouvrir les portes une désignation spéciale. Tandis que les chefs des familles médiatisées devaient faire preuve d'une docilité obligée, les rois de Prusse ont craint qu'il se trouvât dans leur parenté quelque duc d'Orléans, sachant s'appuyer sur ses attaches avec le souverain, pour plus aisément le combattre.

Les nominations se font sur la présentation de certains groupements dont, en temps ordinaire, le roi ac-

cepte le choix. Ils représentent cette organisation corporative de la société que nous avons déjà rencontrée en Angleterre et en Hongrie.

Dans ce mélange de la nomination et de la présentation, de Tesprit centralisateur et de Tesprit corporatif, il faut voir une empreinte du passage, au début de ce siècle, de deux grands ministres dans le gouvernement de la Prusse : Stein et Hardenberg. Tous deux nourrissaient de larges idées humanitaires, ont accompli des réformes d'un inappréciable prix. L'un, a assuré la libre circulation de la propriété foncière , l'indépendance des villes, aboli le servage ; l'autre, ouvert à tous, les emplois, déclaré les citoyens égaux devant l'impôt. Mais, le premier croyait que le meilleur moyen de rendre sa patrie prospère était d'assurer l'entier développement de ses agrégats historiques et géographiques, d'en instituer partout la représentation. L'autre rêvait au contraire de tout ramener à la simplicité, de tout bureaucratiser selon la méthode de son contemporain Bonaparte, pour qui il professait une admiration des plus vives. Le sillage laissé en arrière par de vigoureuses intelligences est long à disparaître. Les idées de Stein et de Hardenberg expliquent, d'une manière générale , les tendances simultanées de la Prusse à encourager les vieux groupements corporatifs, et à laisser le souverain ramener toutes choses à la mesure de ses dix doigts, d'une manière particulière, la rencontre de ces deux tendances dans la composition de la Chambre des seigneurs actuelle.

Les agrégats qui présentent leurs candidats au roi sont le chapitre des trois cathédrales, les neuf universités et certains conseils municipaux qu'il possède le droit exorbitant de désigner à sa guise.

11 fallait en outre, accorder une place plus grande, que celle obtenue par l'hérédité, à l'aristocratie. Le

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droit germanique ancien fut un des agents les plus puissants de la souveraineté territoriale. Il a résisté aux Pandectes, et à leur doctrine sur Tautorité illimitée des princes. Dans ce pays où la noblesse se rendait si impopulaire, où la main royale se créait une puissance absolue, il a maintenu à la propriété foncière, malgré les transformations subies, quelque chose de sa vertu primitive à faire sortir du sol les détenteurs de l'autorité .

Aussi, nulle part Tesprit nouveau s'abattant sur Tœuvre du passé n'a produit une pareille débâcle, un enchevêtrement de principes plus visible. Nous trouvons bien Taristocratie territoriale revêtue vis-à-vis du souverain du droit de présentation, mais, la richesse immobilière, en tant que richesse, s'est fait à ses côtés une large trouée. Le droit des comtes possesseurs de biens nobles , est partagé par les possesseurs, quels qu'ils soient, de biens nobles, objets, depuis cinquante ans, d'un fîdéicommis ou d'un majorât, et par tous les propriétaires investis par le roi de la faculté de prendre part à la désignation des candidats. Ce n'est donc plus le vieux principe féodal qui donne à la terre la puissance d'anoblir son possesseur, mais, une permission, octroyée à ceux pour qui la disparition des privilèges a été une victoire et non une perte, de se faire eux-mêmes des fiefs, devant permettre leur avènement comme aristocratie politique.

L'honneur est grand pour eux, intéressant au point de vue de l'évolution historique des chambres hautes. 11 ne représente rien de consistant. A côté des seigneurs issus du droit de présentation le roi possède celui d'introduire à la chambre haute le nombre de membres qu'il lui plaît, par le seul effet de sa volonté.

D'autres constitutions ont eu le tort de ne voir que l'heure de leur naissance, n'ont pas prévu quels faits

viendraient étendre ou rétrécir les conditions premières de leur établissement en un monde où tout change. La constitution de la Chambre des seigneurs de Prusse, elle, se distingue par une prudence qui frise la poltronnerie. Le pouvoir royal n'a pas jugé que deux précautions valent mieux qu'une, il en a établi toute une série, véritable échelle de Jacob.

En résumé, on a pris pour base les familles médiatisées, les représentants de la grande propriété, mais, en accueillant seulement pour la forme ces universités qui sont l'honneur de TAUemagne, et par qui Ton redoutait de voir transporter à la tribune les hardiesses spéculatives de la chaire. On a pris les princes de la famille royale, mai», on a réservé au chef de cette famille le droit de les désigner nominalement. D'ailleurs, il ne faut pas être trop généreux, l'hérédité ne représentera qu'un tiers de l'assemblée, pour le reste le droit de présentation suflira.

Los choses iront bien, tant qu'ils seront soumis. On apportera toutes sortes de délicatesses afin de leur laisser croire à une participation effective à la puissance souveraine. Le roi ratifiera rigoureusement leurs préférences. Ces préférences tendent-elles à devenir blessantes, dangereuses? 11 n'aura qu'à exiger une présentation nouvelle. L'élément corporatif n'a pas semblé luimême malgré le grand Age de ses groupements une garantie conservatrice suffisante. Les villes sont des centres turbulents vis-à-vis desquels il faut être armés. Le roi choisira lui-même les conseils municipaux à investir du droit de présentation. Et comme si tout cela ne suffisait pas, à la moindre alarme, il n'aurait qu'à noyer la rébellion, à ouvrir les grandes écluses en mettant à la Chambre des seigneurs, pour leur vie durant, autant de membres que bon lui semblera.

Cette organisation porte la trace des événements au milieu desquels elle a vu le jour.

C'était vers le milieu de ce siècle, sous le règne de Frédéric-Guillaume IV, père do feu l'empereur Guillaume qui lui succéda. Beau parleur, il eut la naïveté de croire qu'en notre temps de démocratie envahissante, un souverain peut encore régner en convoquant d'intermittentes assemblées, que, résignées à ne point les voir suivis, elles se contenteront de lui adresser d'obséquieux conseils.

Durant le cours de l'année 1847 il réunit auprès de lui les délégués des diètes provinciales, et les divisa en deux chambres , la Curie des seigneurs^ et celle des Trots-Etats^ où h côté des chevaliers, on voyait figurer les représentants des villes et des communes. C'est sur ces fascines que vinrent tomber les étincelles de notre Révolution de février.

On ne réclama point des changements généraux, mais, seulement ce qui était plus sage la mise au point des institutions que la Prusse possédait. Ces appelés de Guillaume à qui le roi avait dit : « Je ne vous aurais jamais mandé si j'avais pu croire un instant que vous songeriez à jouer le rôle de soi-disant représentants du peuple » demandèrent une réforme électorale, des sessions périodiques, des droits plus réels. La nation se souleva pour leur montrer qu'elle était avec eux. Le 18 mars 1848 on obtint le renvoi des ministres, la promesse d'une constitution et d'une assemblée nationale. Devant la clameur populaire Frédéric dut paraître à son balcon et saluer les cadavres des citoyens qui s'étaient fait tuer en l'attaquant.

Il fallait tenir. La conduite du souverain manqua de crânerie, non de souplesse. A un peuple soulevé, le plus habile n'est-il pas d'accorder tout ce qu'il demande avec une apparente gaieté , pour pouvoir tout reprendre au moment de l'oubli, suite inévital)le des prompts triomphes ?

Frédéric-Guillaume ne dit mot pendant qu'on lui organisait une chambre haute recrutée par le droit de suffrage.

Les membres devaient en être élus par les représentants des cercles, des districts, et des provinces.

Derrière ces dénominations la grande propriété triomphait, parce que tant , dans les cercles que dans les districts , dans les districts que dans les provinces, c'était elle qui détenait les dignités. Les Universités et les bourgmestres des villes les plus importantes faisaient, à ce qu'il parait, déjà peur, même en temps de révolution. La proposition de les introduire à la chambre haute souleva des tempêtes.

Ce ne devait être qu'une rapide vision.

En 1849, lorsque les agitations commençaient à se calmer, le gouvernement changea peu à peu le projet voté par le Landtag constituant. Il demanda que quatre-vingt-dix membres fussent élus par les contribuables les plus imposés et trente par les conseils municipaux des grandes villes, exigea en même temps que 120 sièges fussent laissés aux familles de la haute noblesse à qui le roi accorderait l'hérédité législative et aux hommes qu'il désignerait comme membres à vie.

Ainsi on s'acheminait vers la chambre haute actuelle. Le projet intermédiaire de 1849 enlevait la moitié des sièges à l'élection pour les attribuer partie au roi, partie à la noblesse enrégimentée.

Quatre ans plus tard, lors du vote de la loi de 1853, on admit sans sourciller que l'organisation de la Chambre des seigneurs serait réservée au souverain qui la formerait par voie d'ordonnance. La nation ne faisait pas il est vrai au roi une cession illimitée de son droit constituant en ce qui concerne la première assemblée de Prusse. La même loi du 7 mai disait que l'ordonnance attendue ne pourrait être modifiée que légis-

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lali veinent. Mais, qu'importait à la monarchie prussienne ? Les besoins de ses souverains futurs, ne devaient rien avoir de comparable avec la crise qu'elle venait de traverser, et tout portait à croire que les armes qu'on lui laissait la liberté de se fourbir au Parlement pourraient lui servir longtemps encore. L'ordonnance en question porte la date du 12 octobre 1854. C'est elle qui régit encore la Chambre des seigneurs.

Cette chambre qui provoqua chez le souverain tant de craintes, tant de ruses, n'aurait pas eu une existence aussi longue si ses prévisions s'étaient réalisées. Destinée à tenir tête à une assemblée démocratique elle regardait trop du côté cour alors que sa façade aurait dû être tournée du côté peuple.

L'œil d'aigle de M. de Bismarck le vit. Lorsque Guillaume , docile aux inspirations du parti féodal, appela auprès de lui l'ancien ambassadeur pour l'aider dans sa lutte terrible (1861-1864) contre les représentants du peuple et leur représentant M. de Grabow, lorsque prorogée , dissoute la Chambre fut revenue à une immense majorité, se déclarant résolue comme auparavant à rejeter les budgets et tous les projets de loi qu'on lui présenterait tant qu'on ne lui aurait pas concédé le droit de réunion et la liberté de la presse, que M. de Bismarck eut réalisé le tour de force invraisemblable de procurer à un peuple qui ne pouvait se dominer lui-même la domination d'un vaste empire, les organes de la nouvelle Confédération Germanique ont sauvé les institutions de la Prusse et surtout celle qui était la plus exposée à périr : la Chambre des seigneurs.

Si jusqu'en 1866 on s'est intéressé, passionnément, dans le royaume aux débats de la Chambre dos soigneurs et delà Chambre dos députés, c'est parce qu'on savait que rien d'important ne pourrait se faire sans

elles, et qu'en définitive leurs membres avaient été soumis à un baptême démocratique, inconnu pour les hommes de Tancienne Diète. Aujourd'hui tandis que M. de Bismarck a imaginé de faire élire le Reichtag fédéral par le suffrage universel, la Prusse continue à nommer ses députés en une élection à deux degrés, comme avant 1866. De même que le fleuve se précipite là où la pente est plus rapide, la lutte — bien préférable à Toubli pour les institutions — ne va plus à la seconde chambre du royaume, mais à celle de TEmpire. C'est là que nationaux libéraux, conservateurs, progressistes, membres du centre, socialistes, livrent journellement leurs plus émouvants combats, là que les travailleurs voient sortir de hardis essais d'intervention de l'Etat destinés à les protéger contre les accidents, le chômage, la vieillesse. Les deux chambres prussiennes entre lesquelles n'existent plus la plupart des irritantes causes de désunion d'antan, vivent sur un pied relativement paisible. La Prusse ne saurait voir en elle que la conséquence d'un particularisme , qu'elle s'est donné comme objectif d'amoindrir chaque jour. Elles sont comme deux blessés qui retirés à l'écart écoutent au loin le bruit du combat. On parle à peine de la Chambre des Seigneurs Unter den Linden. Le placide lecteur de la Berlinertagenblat ou de la Gazette de l'Allemagne du Nord n'y songe que lorsque sa rubrique frappe inopinément ses yeux. Elle n'excite plus chez lui que de la curiosité, et ne saurait prétendre à sa haine.

Il n'en est pas de môme des chambres hautes dans les autres Etats de l'Empire.

Ilardcnberg n'a pas apporté au développement do l'Allemagne historique l'entrave de ses idées centralisatrices. Les unités corporatives, les ordres, réunions traditionnelles ou raisonnées d'hommes ayant les mêmes intérêts, les mêmes droits, les mêmes besoins, les

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