WURTEMBERG
Elle se distingue pourtant par une originalité . L'élément religieux est représenté non chez elle, mais, dans la seconde assemblée.
Il y a dans le royaume trois constitutions chrétiennes. Bien que TEtat se flatte de se conduire également vis-à-vis de chacune , le culte protestant jouit d'une faveur marquée. Son administration dépend du consistoire de Stuttgard , transformé en synode , par l'adjonction de supérintindants généraux, dont le roi est l'évêque suprême. Aussi, ne faut-il pas s'étonner de trouver à la seconde chambre une certaine partialité à son égard. D'abord les supérintindants y siègent tous les six, puis l'évêque, tandis que la religion catholique n'y envoie que le doyen de ses ecclésiastiques, et un membre choisi par le chapitre métropolitain.
D'où vient la bizarrerie par suite de laquelle au palais législatif de Stuttgard, ces membres semblent s'être trompés de porte ?
On peut répondre en deux mots. De ce que l'assemblée où ils siègent n'est pas à proprement parler une seconde chambre, que ne représentant pas la loi du nombre , elle doit être considérée comme une division de la première, soumise aux mêmes principes. Elle comprend : les représentants de l'ordre équestre, le chancelier de l'Université de Tubingue à côté des députés des sept principales villes du royaume et des soixante-quatre baillages ( circonscriptions ). La représentation corporative, les ordres, ont débordé en quelque sorte dans la seconde chambre et il a paru indifférent qu'ils fussent dans l'une ou dans l'autre des deux assemblées. Aucune ne présente le caractère frondeur et bruyant d'une chambre populaire. Elles forment la Diète, qui se réunit tous les trois ans seulement. Ailleurs, un pareil intervalle ne pourrait que
prolonger les conflits, leur donner une tournure inquiétante. Nous sommes chez un peuple calme ot cela suflit à faire tomber dans Toubli des questions qui, le plus souvent, n'ont pas la force de franchir un temps aussi long. Ajoutons que, comme durant la formation du Parlement anglais, alors que les barons inférieurs créaient dans les Communes une sorte de lien vis-à-vis des grands feudataires de la Chambre des lords, au milieu des représentants des baillages, il y a comme une sorte de croisement entre les membres des deux assemblées^ grâce à la présence de l'élément religieux et surtout de Tordre équestre.
Que signifient donc ces mots dont la consonnance ramène aux premières organisations de Rome ? Ne nous laissons point effrayer. Si l'expression est nouvelle, nous connaissons la chose. Elle couvre les possesseurs de la fortune, en qui la tradition voit encore en eux les représentants de la noblesse. Elle n'abrite qu'une forme de la substitution signalée en Prusse, en Bavière, de la richesse aux droits résultant de la naissance. Mémo, dans le Mecklembourg, la principauté allemande, où la représentation a conservé au plus haut degré son caractère féodal, a lieu uniquement par Ordres et par Etats, on ne se trompe point sur le Ritterschaft. Ce n'est plus que la réunion d'un certain nombre de propriétaires fonciers. Nous avons vu en Prusse des terres non nobles donner entrée à la Chambre des seigneurs. Les autres ont continué leur oflice. On peut se procurer, à prix d'argent, un Rittergut ou bien équestre, qui vous placera dans les mêmes droits que les plus anciens possesseurs de fîefs. En Angleterre au contraire la propriété d'une terre à laquelle fut autrefois attachée la pairie n'ouvre nullement la Chambre des lords. La fortune y a pris pour vaincre la naissance la forme plus fluide du capital mobilier. Il a fallu dans plusieurs pays