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CHAPITRE VllI

Gomment l'hérédité existe encore en Autriche.

Ce n'est point en jetant un regard sur TAutriche que les Etats allemands pourront trouver un type de chambre haute différant sensiblement du leur.

La Chambre des seigneurs cisleithane a été composée par la loi du 21 décembre 1867 de trois catégories : de membres de droit, de membres héréditaires, de membres à vie.

Les membres de droit sont les princes de la famille impériale, les archevêques et évéques honorés du titre de princes de TEmpire.

L'hérédité appartient aux familles nobles, indigènes, représentant la grande propriété, auxquelles elle a été accordée par l'empereur.

Sont nommés, à vie, les hommes ayant rendu des services au pays soit directement soit en contribuant à y développer la religion, la science. Fart.

Si on songe à ce que nous avons dit des sentiments

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du peuple de Vienne, en 1848, si Ton se rappelle la fuite de Tempereur à Innsbrûck, Tobligation pour lui d'accorder à la révolution une assemblée unique et élue au suffrage universel, on ne pourra s'empêcher de trouver la composition de la Chambre des seigneurs autrichienne fort aristocratique. On ne semblait pas alors dispose à voir à la tête du pouvoir législatif une réunion où domineraient, les princes, 1 episcopat, la noblesse. Cette noblesse surtout avait été complètement écrasée pour les élections à la Diète démocratique de 1848. L'élément rural y avait afHué de toute part, tandis qu'elle n'avait pu obtenii aucun siège, pas plus en Moravie qu'en Bohème, en Galicie qu'en Styric.

C'est qu'entre l'assemblée d'Innsbrûck et la chambre haute cisleithane d'aujourd'hui, il ne faut pas oublier la longue crise constitutionnelle dont nous avons retracé les péripéties. 11 faut surtout voir, dans cette réunion, la survivante de beaucoup d'infructueuses tentatives.

Tantôt le Sénat de Vienne était destiné à jouer un rôle fédéral par les Slaves triomphants, tantôt l'influence allemande en voulait faire une assemblée unitaire, tantôt il devenait une chambre hybride , se réunissant seul ou en conseil plénier avec les représentants des Magyars pour satisfaire leurs tendances dualistes. Selon l'esprit des différents essais auxquels il est soumis, on le voit grandir démesurément jusqu'aux frontières de l'Empire, ou se contracter au point de ne presque plus comprendre que l'ancien archiduché d'Autriche et lorsque les représentants des différents refusent d'y prendre séance.

Triomphe, dans la Cisleithanie, de l'élément germanique unitaire, vaincu dans l'autre moitié de l'Empire la Chambre des seigneurs de 18G7, descend en ligne droite des conceptions de Ficquelmont, de Schwartzen-

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bcrg, de Schmcrling, elle est pour une partie de TAutriche-IIongrie ce que ces hommes d'Etat auraient voulu faire pour le tout. Aussi, bien que les révolutionnaires allemands conçussent peu de sympathies à regard des appelés, pour la première des aristocraties du monde par le luxe, Tapparât, la distinction des manières et Tinaccessibilité des plaisirs, ils n'en ont pas moins vu dans cette assemblée une victoire pour leurs aspirations. Comme les Tchèques de Prague qui préféraient l'inégalité politique à des réformes qu'ils n'auraient point accomplies de leurs propres mains , les Allemands de Vienne ont subi les suprématies sociales qui devaient leur assurer la prépondérance dans l'Empire. C'est ainsi que dans le domaine des opinions une idée vient nous en faire accepter une autre que sans elle nous n'eussions jamais tolérée.

D'ailleurs les partis réactionnaires, en haine du programme avancé des Allemands unitaristes, s'étaient, au milieu delà mêlée, jetés du côté des oppostions fédérales. Poser à leurs chefs la souricière d'une Chambre des seigneurs faite d'après leur goût, afin de leur inspirer l'envie d'y entrer était le meilleur moyen de les ramener dans le giron germanique. Quelques-uns, voulant dissimuler leur soumission, déclarèrent, comme le comte Léo Thun « qu'ils ne se rendaient au Reichsrath que pour obéir à l'appel de l'Empereur, mais, qu'ils n'en reconnaissaient nullement l'existence légale. » La présence dans la chambre haute de Vienne des féodaux ne fut d'ailleurs pas de longue durée. Dès 1868, M. de Thun, les princes de Salm, de Lohkowitz, les comtes Harrach, Nostitz, Czernin et Bucquoi envoyèrent leur démission au président de rassemblée des seigneurs.

Les sentiments des révolutionnaires autrichiens à regard de la noblesse furent, d'autre part, atténués

par ce fait qu il y en eut aussi parmi ses membres qui embrassèrent leur cause. Les grandes familles allemandes avaient là une occasion excellente de prendre position contre Taristocratie tchèque qu'elles détestaient à cause de ses illustrations éclatantes. Ainsi donc cette Chambre des seigneurs qui devait être une amorce pour les récalcitrants aux yeux du peuple de Vienne, put passer en même temps à ses yeux, comme une part de butin légitime pour ceux qui avaient embrassé sa défense.

Il y a une évolution très curieuse à suivre. Lorsque le prince de Schwartzenberg eut dissout la Diète de Kremsier, il voulut pour donner satisfaction à Tunitarisme du parti démocratique allemand sur lequel il allait s'appuyer, que la constitution qu'il octroya fut plus libérale en apparence que celle des fédéralistes de Palacki. Son Sénat devait être nommé par les diètes provinciales. Celui de Schmerling ne renfermait que des membres viagers, tandis que celui de 1867 comprend des membres héréditaires. Ainsi à mesure que l'aristocratie centraliste et le parti révolutionnaire unitaire faisaient depuis plus longtemps cause commune, ce dernier oubliait davantage la première de ses deux épithètes pour ne s'attacher qu'à la seconde.

La force des membres spirituels provient d'une cause similaire. Le clergé autrichien n'a cessé de marcher vers le but unitaire des démocrates , de combattre les nationalités au profit de l'influence allemande , parce qu'il comptait sur son extension pour propager l'orthodoxie romaine. On sait, en cfl'ct, que les Allemands d'Autriche sont en majorité catholiques, tandis que les Slaves, et les Magyars appartiennent pour la plupart à des Eglises dissidentes. Aussi dès 1849 une réunion de prélats tenue à Vienne n'hésita pas à aflîcher ses préférences. Elle déclara aux fédéralistes qu'ils étaient :

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