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CHAPITRE IX

L'hérédité législative et la nouvelle Conatitatioii

japoni

Quel que soit le mérite des chambres hautes allemandes on ne saurait leur contester d'avoir provoqué une admiration lointaine et inattendue, celle des Japonais qui s'en sont accommodé le système.

Le premier de leurs empereurs avait, à ce qu'ils racontent, reçu de son grand-père, divinité créatrice du monde, une épée et un miroir. L'épée dort, aujourd'hui symboliquement au fond des temples. Le miroir est devenu justement objet de culte, chez un peuple qui contempteur de ses vives facultés, ne se sert de son intelligence que pour européaniser son pays par des copies imparfaites.

Descendre des dieux, est une distinction dont peu de souverains peuvent se targuer à notre époque. On n'en est pas moins exposé à la dictature, surtout lorsque le peuple auquel on commande, ne sait pas résister au prestige militaire et que l'on a sous ses

ordres un gouverneur général possédant à la fois Ténergie qui vous manque ci la science du gouvernement qu^on lui abandonne. C^est ainsi qu^en 1186, Tantique lignée des Mikados se vit dépossédée par Mina-moto-noyori-tomo, dont la conscience alla jusqu'à débarrasser tout à fait son maître, des tracas d'une autorité dont il s'était déchargé sur lui.

Depuis lors, son exemple fut suivi deux fois. Les chiogoum disputèrent leur puissance aux Mikados, fondant des dynasties concurrentes. Chacune de ces usurpations a engendré de ravageuses guerres civiles, entre les daïmios chefs tout-puissants, administrateurs des provinces à la manière féodale, représentants simultanés de Tautorité centrale et du pouvoir local.

Lors de la dernière qui eut lieu en 1602, son origine fabuleuse donnait à la famille des Mikados un trop éclatant prestige auprès des croyants, pour qu'on put projeter de lui enlever sa souveraineté spirituelle. Les chiogoum s'étaient contentés de s'emparer de l'autorité temporelle, peu inquiets de voir les Mikados continuant à figurer les divinités périssables, exigeant que tout s'écartât sur leur passage, et punissant de mort les audacieux dont le regard avait osé se poser sur leur personne auguste.

Pour qui connaît la crédulité des Japonais, il est aisé de comprendre combien cette tolérance fut une grande faute.

Pendant que les chiogoum s'usaient, accumulaient contre eux cette masse de froissements, de prétentions déçues, produit inévitable de l'usage du pouvoir, le peuple prenait de plus en plus l'habitude de voir dans les Mikados, des maîtres en réserve dont l'autorité serait impeccable, parfaite.

En 1867, un traité conclu avec les Etats-Unis, servit

(le prétexte à la restauration par le Japon de ses plus anciens souverains. On avait reproché aux chiogouni d'ouvrir le Japon aux étrangers, ce qui n'empêcha pas le nouvel empereur de lever immédiatement Tinterdiction qui leur fermait son pays.

L'arrivée au trône de Moutshito fut le signal d'un important mouvement libéral. Le régime féodal fut solennellement aboli. On eut le beau spectacle de voir les nobles qui étaient de vrais rois absolus dans les départements, se dépouiller eux-mêmes de leurs privilèges, qu'une indemnité moyenne de 4,000 piastres remplaça, pendant que le souverain restauré promettait dans un décret généreux, d'établir à bref délai un gouvernement s'inspirant de l'opinion publique.

L'engagement était conçu en termes vagues. L'aristocratie japonaise comprenait une classe d'hommes, les Samouraï dont la dignité n'était point grande, mais, la culture intellectuelle extrême. Depuis longtemps elle lisait avec avidité la traduction du Cb/itrat Social, des œuvres de Montesquieu, de Tocqueville et de Stuart Mill. Elle y puisa l'esprit de notre droit politique, se satura de ses enseignements, devint le noyau d'un parti actif en réclamant une constitution.

Elle se mit en dessous à travailler le peuple. On en vit partir une volée de pétitions qui vint s'abattre sur le GuênrO'in^ conseil privé du Mikado qui n'îivait que voix consultative, et fait penser à ces réunions primitatives d'où sortirent le Parlement d'Angleterre et les Tables hongroises. L'empereur dut céder à la pression de son entourage et quelque peu aussi à ses sentiments intimes. Il promit le 14 octobre 1881, que dans le délai de neuf ans une assemblée générale serait convoquée.

Mais on n'improvise pas un gouvernement avec des

principos que l'on admire, sans les avoir appliqués jamais. Les livres qui avaient provoqué au Japon l'envie de modifier Tordre des choses montrent un but plutôt qu'une roule. Il en est, dont cent ans d'inquiétude et de révolutions ne nous ont pas encore fait trouver on France une tranquillisante mise en œuvre. Les Japonais eurent recours au procédé des peuples de Tantiquité lorsqu'ils voulaient se donner des institutions meilleures, ils s'en remirent entre les mains d'un homme, demandant comme eux la liberté aux spéculations absolues d'un seul, celui-là même que Rousseau a appelé : le législateur.

La confiance de tous se porta vers le ministre Yto, esprit à la fois prudent et progressiste. On le chargea de parcourir l'Europe, de chercher parmi les gouvernements parlementaires celui qui satisferait aux exigences se rapprochant le plus du pays réformateur.

C'est ce qu' Yto fit de point en point. De retour, il travailla à la constitution avec des scrupules qui lui ont valu les railleries de ses compatriotes. En plein conseil des ministres il tirait brusquement son carnet pour y fixer une inspiration fugitive.

On attendait impatiemment le fruit de tant de réflexions. Avant, cependant, que l'œuvre fût connue on pouvait se rendre compte de son esprit.

Yto avait fait un long séjour en Allemagne. A peine revenu, il avait classé la noblesse à l'Européenne, en ducs, marquis, comtes, vicomtes, barons. Tout portait à supposer qu'il avait l'intention d'établir une chambre haute et que l'aristocratie de naissance n'en serait pas exclue. Il l'avait divisée en deux catégories. Dans la première, comprenant les familles les plus anciennes, il avait respecté le passé, laissé les droits existants intacts. La seconde avait reçu des illustrations plus

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récentes. A ceux qui la composaient il n'accorda, comme cela avait lieu primitivement pour les Daïniios, qu'une hérédité devant être à chaque génération approuvée par le Mikado , et où chaque descendant était tenu de solliciter la continuation du port de son titre. Cela montrait qu'au sein même de la chambre haute diverses qualités de membres ne pouvaient manquer d'être admises.

L'événement confirma les prévisions.

Yto, dans la constitution octroyée, le 11 février 1890, déclarait le dualisme législatif nécessaire au Japon pour protéger l'Empereur contre les pouvoirs nouveaux, et le montrait comme une préservation dont la nécessité avait été partout reconnue.

A l'instar des constitutions germaniques sa chambre haute comprenait la représentation des ordres. On y trouve cinq catégories de sénateurs.

La première est celle des princes de la famille impériale ayant atteint la majorité de vingt et un an.

Puis viennent les ducs et marquis. Ils sont une trentaine et siègent toute leur vie à partir de vingt-cinq ans. L'hérédité législative, est pour eux comme chez les barons des premiers rois normands, plutôt une conséquence qu'un droit véritable. Elle découle de l'hérédité de leurs titres.

On ne peut pas eu dire autant des comtes, vicomtes et barons. Comme les chevaliers des Etats allemands, ils nomment des représentants, dont h» mandat vaut sept années, doivent être Agés de vingt-cinq ans, sont élus en nombre inégal, et séparément par leurs pairs.

Jus([u'à présent la chambre haute de Yto, mérite son nom de Chambre des seigneurs. On pourrait la croire éclose sur les bords de l'Elbe ou du Rhin. Nous avons retrouvé trois des éléments principaux des assemblées

pondératrices allemandes : les princes, les familles médiatisées (1), les ordres.

Nous continuerons à en retrouver Tesprit dans la place accordée par Yto à Taristocratie d'argent.

Dans chacun des 43 départements les quinze personnes payant la plus forte somme d'impôts directs se réunissent, tous les sept ans, pour élire un sénateur.

Rapprochons la classe des ducs et des marquis de cette dernière et nous verrons que Tintroduction de la richesse dans le gouvernement japonais, s'est faite, non par l'apposition du cens à l'hérédité législative mais, qu'on leur a accordé un fonctionnement séparé et parallèle. On a jugé que l'un et l'autre donnaient des garanties suffisantes, qu'il était préférable de n'en point confondre le jeu.

Enfin, comme dans les constitutions de Bavière, de Wurtemberg ou de Saxe, le Mikado peut nommer à la chambre haute Japonaise qui il lui plaît. Mais, son droit est plus large. La seule limitation imposée c'est que les deux dernières catégories de sénateurs réunies, l'argent et le talent, ne dépasseront pas les trois premières : la noblesse.

Les choix du Mikado ont été faits avec une véritable sagesse. Ils ont ouvert le Sénat japonais à des illustrations sérieuses, à des hommes ayant rendu à leur pays d'indiscutables services. Les doyens des facultés de médecine, des lettres, des sciences — auxquelles peut-être par un souvenir des Universités d'Allemagne on accorde là-bas une grande influence — y coudoient les directeurs des compagnies de chemins de fer et de navigation. A côté d'hommes comme Tôyama le fouilleur infatigable des usages et des mœurs de^

(1) 11 n'y a pas d'exagération, en effets à comparer les descendants des Daïmios aux Standesherrcn,

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notre vieille Europe, du savant chimiste Schimada. et de Konaka le chef de la linguistique japonaise on a vu venir s'asseoir des généraux, des gens de lettres.

Devant eux la chambre basse sortie du suffrage censitaire demeure timide. Satisfait de la posséder le peuple n'en abuse pas. Il n'abandonne point, dans les préoccupations qu'elle lui inspire, ses cultures de riz, ses épiées, ses grains, productions qu'il doit en abandance à un climat admirablement tempéré. L'œuvre de Yto convient donc à l'état présent du Japon. Peut-être, qu'à un peuple dont les reins sont encore endoloris par un pouvoir personnel séculaire, l'intidligent ministre a garanti une liberté plus durable en lui rapportant le modèle des constitutions d'Euroi)e où cette liberté existe aux doses les plus homéopathiques. Peutêtre, que s'il eut poussé son populaire Mikado à octroyer une constitution plus respectueuse des volontés de tous, ce lien trop léger, au lieu de protéger son pays, aurait risqué de le rejeter en arrière. Il semble toutefois qu'Yto aurait pu apporter plus d'éclectisme dans l'organisation de sa chambre haute et s'il ne voulait qu'un modèle, en corriger, au moins, les défauts par des comparaisons perspicaces.

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