ESPAGNE
Dans les premiers temps, sa tâche fut facile. Il n*eut qu'à s'entendre avec une assemblée nommée au suffrage censitaire. Une loi du 26 juin 1890, va lui permettre de faire ses preuves en face du suffrage universel.
Quelle que soit sa force de résistance, Thérédité s'y trouve tellement ensevelie sous d'autres principes, qu'il sera impossible de lui attribuer sa part dans les résultats généraux. Elle était trop jeune, dans Thistoire constitutionnelle de ce siècle, en Espagne, trop vieille dans celle des Etats de l'Europe pour qu'il ait pu en advenir autrement.
CHAPITRK XI
Conséquences du maintien de l'hérédité législative en
Vortugal. — L'hérédité législative et l'hérédité dynastique.
Pour juger rhérédité, la chambre haute portugaise est plus intéressante que le Sénat espagnol. Elle y tient une place moins étroite, tout en demeurant dépouillée du prestige des légendes.
Si les Cortès. issus de Tancienne Curia^ où Ton voyait se réunir la noblesse, h^s évéquos, et les députés des villes, remplacés aujourd'hui par un Parlement divisé en deux chambres, ont revêtu do quelques-uns de leurs traits caractéristiques ces assemblées, il faut les séparer par une longue interruption d'inanités absolutistes et d'avortements révolutionnaires. Subissant le reflet du passé, n'y prenant plus leurs racines, les diverses catégories des membres de la chambre haute ont une situation moins assurée qu'en Angleterre ou en Hongrie.
C'est à dater de la domination espagnole que commence l'éclipsé des Cortès. En 1640. on les voit re-
POUTUGAL i81i
paraître au moment où la maison de Bragancc libère le Portugal, mais, privés de la presque seule raison d'être des assemblées représentatives à cette époque, le vote des impôts ne leur étant plus reconnu. Aussi leur convocation parut-elle une délivrance au début (le ce siècle. Affranchis de Napoléon et des Anglais, ils dotèrent, en 1822, le Portugal d'une Constitution qui proclamait la souveraineté du peuple , confiait Tœuvre législative à une assemblée unique, indépendante de la couronne.
Alors Jean VI, qui s'était réfugié à l'étranger, par un curieux retour des choses, ne réussit à triompher de l'opposition de son fils dom Miguel, que grâce à l'intervention de cette France devant l'invasion de laquelle, quelques années auparavant, il avait cru devoir fuir.
Après sa mort , dom Pedro octroya une constitution (1826) où il essayait de concilier les legs de l'histoire nationale avec le droit révolutionnaire, puis, satisfait de son œuvre, abdiqua au profit de dona Maria da Gloria, sa fille, ne conservant que la couronne du Brésil.
C'était compter sans dom Miguel, régent du royaume, qui se montra aussi révolté comme oncle qu'il l'avait été comme fils. Il réussit à se faire proclamer roi, mais, dut bientôt capituler à Evoramonte.
Lors de son rétablissement, dona Maria remit en vigueur la charte de 1826. Les partisans de ce monument sont connus sous le nom de Chartistes^ tandis que ceux de l'usurpateur dom Miguel, ont été le premier noyau du parti légitimiste.
En 1836, l'autorité de dona Maria eut à subir un nouvel assaut. Les Chartistes furent vaincus par les admirateurs de la constitution révolutionnaire de 1822, qui reçurent le nom de septembristes^ à cause du mois
de leur succès. Mais, quatre ans après, ils se trouvèrent de nouveau chassés par les vaincus de 1836.
C'est alors (1842), que se passa un événement dont les conséquences furent incalculables pour l'histoire politique du Portugal. Fatigués de tant de luttes, poussés par un irrésistible besoin d'apaisement et de repos, les adversaires se jetèrent dans les bras les uns des autres. Les hommes de la révolution se fondirent, en un grand parti national, avec ceux de la tradition et du droit moderne, Septembristcs et Chartistes devinrent les bases de ce parti régénérateur qui devait pendant de longues années conserver la direction des affaires.
Ce rapide aperçu était nécessaire pour saisir comment l'hérédité vit encore à la chambre haute portugaise. Bien que longtemps groupée en certains points, comme à Braga, l'aristocratie avait été fortement secouée, quant à son principe, depuis les anciens Cortès.
De 1750 à 1777, pendant les vingt-sept années où gouverna le marquis de Pombal, elle fut l'objet d'une lutte sans merci, de la part du ministre, ami de la philosophie nouvelle, qui enleva aux grandes familles toutes les concessions territoriales qui leur avaient été accordées en Amérique et sur le continent africain.
Les grands hommes agissent plus encore par les doctrines qu'ils laissent après leur mort, que par leurs actes alors qu'ils sont au pouvoir. Le peuple a pensé longtemps comme le marquis de Pombal, et si Théredite législative no s'était trouvée faire partie des institutions acceptées dans un échange de concessions par les partis fondateurs de la Régénération , si les Chartistes vainqueurs au moment du contrat n'avaient eu le droit d'insister plus haut pour la faire agréer, elle n'aurait certainement pas résisté aux attaques furieuses de ces hommes de 1822 et de septembre
POKÏUGAL 191
qui, après avoir réalisa pondant quelques temps Tidée (Func seule chambre, se voyaient désarmés par leurs engagements au point de ne plus pouvoir la combattre. Le droit de naissance , affranchi , en 1842 , de ses adversaires naturels les plus nombreux , ne devait plus rien avoir à redouter de la part des révolutionnaires clairsemés qui avaient refusé de s'associer à la grande réconciliation nationale.
Les pairs religieux ne lui doivent rien, au contraire. 11 n'est pas de pays où l'idée de la Religion d'Etat soit plus universellement admise. Môme l'intransigeante Constitution de 1822 la reconnaît. Gomment s'étonner devoir les archevêques et les évéques, membres de droit de la chambre haute, en une nation, où tout autre culte que le catholique est proscrit publiquement, et ne peut être pratiqué que dans des édifices dont la forme extérieure n'en rappellera point l'existence ? Les voyageurs qui rapportent leurs impressions sur le clergé portugais, sont unanimes à raconter que les affaires religieuses les passionnent plus que les questions politiques. Lors de la nomination des évéques, chaque candidat a ses partisans, et on discute ses titres avec une vivacité inouïe. Les gens d'Eglise sont plus môles au peuple que partout ailleurs. Ils négligent la plupart du temps de porter la soutane, et exercent presque toujours un métier, qui souvent ferait se signer nos curés de campagne. C'est au sein des églises que l'on se réunit pour élire les députés à la chambre basse. Si dom Pedro a fait fermer une grande quantité des couvents qui couvraient le Portugal, ce ne fut point pour s'en prendre à «le paisibles amis de la prière et de la vie contemplative, mais, parce que les habitants en étaient sortis pour combattre dona Maria, au nom de la cause légitimiste, en faveur de dom Miguel.
Au faite de cette réunion de membres héréditaires,
IÎI2 HEREDITE LEGISLATIVE
à vio, d'archevêques, d'évôqucs, plaçons le prince royal, les infants et nous aurons une idée complète de la chambre haute du Portugal.
11 est temps de nous demander ce qu'elle fait ? Ce qu'elle peut?
Sa collaboratrice, la seconde assemblée, est composée de députés, élus par des hommes auxquels on demande seulement de payer 1,000 reis (5 fr. 55) de contributions directes, de savoir lire et écrire et parmi lesquels Fadjonction des capacités fonctionne dans une très large mesure.
Il est un dangereux phénomène qui se produit dans les machines à vapeur. Si cette vapeur n'est pas hermétiquement emprisonnée dans ses tuyautages, si elle parvient à traverser la légère couche de dépôt qui la séparait du métal incandescent, il se produit une explosion terrible, soudaine. C'est ce que l'on appelle la caléfaction.
L'exemple du Portugal montre qu'il ne saurait manquer d'y avoir caléfaction, le jour où une chambre haute en partie héréditaire se trouverait, par la disparition de la mince couche de respect qui l'en sépare, brusquement mise en présence de la souveraineté populaire.
L'hérédité n'a pas, jusqu'à ce jour, produit d'enviables résultats dans ce pays. Elle n'a donné ni la paix ni la sécurité attendues. Le gouvernement a pris l'habitude de compter plus sur la corruption électorale, sur les arguments en espèces, que sur l'opinion. Il l'étouffc plus qu'il ixe la pondère. C'est cette altération de la vérité qui . a permis de faire prendre aux masses pour quantité négligeable un parti républicain dont les recrues deviennent chaque jour plus nombreuses. Les institutions qui ne sont pas sûres d'elles, sont faciles à reconnaître. Il faut les dé-