‹ Sénats et chambres hautesChapitre 36 sur 91 · PORTUGAL · texte numérisé non relu

PORTUGAL

aristocraties plus modernes, en rempêchant de perpétuer un matériel et intellectuel dénuement dans les chambres hautes. Mais, en étudiant les catégories, nous verrons que leur danger est de pousser à la faveur. Or, la faveur est un des grands vices du Portugal. Le système de 1878 qui aurait pu rendre une certaine vie à l'hérédité législative dans d'autres pays, y était condamné à l'avance. Aussi, dès 1885, c'est le cabinet Fontes, renfermant les chefs de ce même parti régénérateur, réunion de tous ceux qui, d'une façon plus ou moins déguisée, tiennent à conserver les institutions actuelles du royaume, qui a pris l'initiative de demander l'abolition de l'hérédité législative et l'établissement do l'élection pour le remplacement périodique des pairies vacantes.

Peut-être faudra-il, même après cette réforme, remonter à une cause plus générale encore.

La faiblesse de la chambre haute portugaise , et de beaucoup d'autres, provient de ce qu'elles ont été constituées non pour protéger le pouvoir exécutif, mais, une forme particulière de ce pouvoir : la monarchie. Nous n'avons trouvé l'hérédité législative que dans des Etats où existait cette conception de l'autorité suprême. Le fait est, que depuis Montesquieu et Delolme, tout le monde croit qu'un trône ne peut durer qu'en s'appuyant sur une puissante aristocratie native. Cette aflirmation est devenue pour les rois un axiome. Ils ont vu dans l'emploi de la noblesse qui devait les défendre, et dans les chambres hautes faites, croyait-on , pour contenir la volonté nationale , une similitude de rôles. Ils ont pensé bien agir en combinant deux choses, à leurs yeux, devant tendre vers un même but. Ils ont mis l'une dans l'autre suivant, en cela, la tradition des parlements historiques d'Angleterre et de Hongrie.

m\ HEREDITE LEGISLATIVE

11 y a eu là, de leur part, un calcul nuisible, qui a porté, en notre temps de démocratie, un grand tort aux conceptions monarchiques, et a été Touvrier de bien des écroulements rapides . Si éternellement vraie dans son ensemble, que soit une œuvre comme V Esprit des lois^ il lui est impossible de s'abstraire complètement de Tépoque où elle a été écrite. Ce que disait Montesquieu était exact au xviii" siècle, ne Test plus aujourd'hui. A ce moment l'aristocratie jouissait d'une grande influence politique, grâce a ses privilèges et à la propagande à laquelle elle se livra des idées nouvelles qui devaient les emporter. Le respect de la hiérarchie nobiliaire était encore profond. Elle constituait l'organisation de tous les Etats d'Europe. La plupart ignoraient les formes futures du parlementarisme.

A tort ou à raison, le peuple de nos jours se méfie do la noblesse. Vienne l'occasion de lui jouer quelque tour, il est rare qu'il se la refuse.

On a dit qu'elle ne faisait plus qu'exciter la jalousie du bourgeois , qu'au gros de la masse , au peuple des travailleurs elle était devenue indifférente. Il y a là quelque chose de vrai. L'homme du peuple, en face d'elle, ne sent pas la même déception, les mêmes envies que l'homme arrivé à l'aisance. Il en est trop loin, ^es préoccupations sont plus pressantes.

Mais, de même que l'aristocratie était autrefois la grande inspiratrice, c'est aujourd'hui encore, dans une très large mesure, la bourgeoisie qui fait naître dans les classes inférieures des convictions raisonnées, des sentiments irréfléchis. L'hérédité contestée à l'aristocratie, dans le domaine législatif, est demeurée au contraire dans beaucoup de pays, chère à tous, comme origine du pouvoir suprême. Il s'est passé entre elle et certaines nations, quelque chose comme ce qui a lieu aujourd'hui entre la noblesse et les classes ouvrières.

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Elle plane au-dessus des visées particulières. L'envie, la jalousie à son égard, n'ont trouvé aucune raison de naître. On consent à lui reconnaître des bases rationnelles, tandis que Ton se refuse à toute philosophie dès qu'il est question de l'hérédité législative. On ne veut plus voir les services qu'elle a pu rendre pour ne la considérer que comme l'instrument de satisfactions égoïstes. On comprend au contraire très bien, entre certaines frontières, qu'une même famille occupe le trône. On croit, en augmentant par là l'éclat de ceux qui s'y succèdent, accroître d'un même coup, le lustre de la patrie qu'ils personnifient. La liste civile inspire presque toujours quelques regrets, mais, le rejeton de l'hérédité dynastique apparaît comme un homme d'essence supérieure, dont la signature suflit à décider de la destinée de ses semblables. Lorsqu'une colonne est solide et droite, n'est-ce pas folie que de l'incliner sur des étais effrités ? Il faut examiner soigneusement les conditions de chaque Etat. Renferme-t-il une aristocratie puissante? 11 convient de lui donner un rôle légal, de peur qu'elle ne s'en arroge un qui ne le soit point. Est-elle faible, ou nulle ? Ce serait folie que de vouloir se servir pour la fortifier ou pour la créer d'institutions uniquement faites pour l'exprimer, et bien plus insensé encore pour un monarque de s'abandonner à son entraînement, en s'imnginant pouvoir s'appuyer sur un poids que lui-même soulève.

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