CHAPITRE I
Critique.
(Quelles sont donc les vertus de r«'^leelion ? De ce mode de rocruteniont eu faveur duquel nous avons vu les peuples rétrécir le rôle de l'hérédité et de la uoiuiuation dans leurs chambres hautes ? Que représente-t-elle de si attractif pour déterminer Télan des peuples un instant libres connue la Prusse de 1848 ? Retenir de plus en plus les combinaisons de ceux qui le deviennent ? S'être attiré partout, là même où le droit de naissance, la désignation par le chef dcî TEtat, les catégories, les candidatures, les membres de droit semblent le plus
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fermomont établis dos partisans assez convaincus, pour le proposer, et eu faire valoir les mériles à la première
occasion ?
Nous ne nous occuperons pas de Télection considérée d'une manière abstraite. Ce que nous cherchons c'est la meilleure manière de composer une chambre haute. A ce point de vue, il est difficile de ne pas rendre justice au droit de suffrage.
Pourquoi supposer que pour pondérer la souveraineté populaire il soit nécessaire de chercher quchpie chose en dehors d'elle ? En fait, quant à la force brutale, rien est-il capable de lui être comparé ? On ne peut la dominer que lorsqu'elle se résigne ou s'ignore. Qu'il lui plaise de se ressaisir, aussitôt apparaîtra l'inanité de toute organisation qu'elle renie. Elle ressemble à ces animaux dont la vigueur est supérieure à celle de l'homme, et qu'il ne dompte qu'en leur donnant le change.
Que l'on conteste ou que Ton reconnaisse en théorie la légitimité de ses décisions, ce qui est iiiconlestable c'est qu'elles s'imposent.
Puisque cette souveraineté est si forte, partout où elle a conscience de son énergie, ne serait-ce pas de la démence que de lui opposer autre chose qu'elle-même ? Là où l'on a pu faire admettre qu'elle animait tacitement les mandats héréditaires ou viagers, persuader à sa violence qu'il était indispensable au bon gouvernement de l'Etat qu'elle subit à ses côtés des principes en désaccord, telles qu'elles sont, les choses peuvent à la rigueur se maintenir. Ailleurs, les chambres hautes n'ont-elles pas souvent assez de peine à faire prévaloir leur opinion, sans que Ton vienne encore accroître leur impopularité en les condamnant à une origine que le peuple se refuse à admettre ? Les contestations soulevées par leur existence ne sont-elles pas trop ar-
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dentés, pour qu'on en ajoute concernant leur recrutement ?
Frappé du sceau populaire un sénat pourra se permettre beaucoup de choses, qui, sans cela, lui seraient refusées. L'élection lui imprimera un perpétuel rajeunissement, le rendra sympathique. N'est-il pas vrai que Ton supporte de la part de ceux qui vous plaisent ce que Ton ne souffrirait jamais des autres? Le rôle d'une ciianibre haute est de redresser l'opinion. Pour cela n'est-il pas, avant tout, indispensable de la connaître ? Qui pourrait en être imbu plus que des hommes sortant eux-mêmes du suffrage national ?
Ce suffrage est nécessaire aussi étant donnée la durée du mandat des sénateurs. Ce mandat doit être le plus long des deux mandats législatifs. Nous dirons bientôt pourquoi. Or si l'on reconnaît pour lui la nécessité de l'élection, ne convient-il pas de lui attribuer une origine encore plus puissante ? C'est une évidente vérité que plus un projectile est destiné à aller loin, plus on doit en augmenter la force dUmpulsion.
11 y a, dans la société, des pouvoirs qui n'ont rien d'électif, n'en sont pas moins forts pour cela : l'autorité paternelle par exemple. Mais, où trouverait-on chez le citoyen à l'égard du sénateur, le sentiment naturel et irraisonné qui commande son obéissance au fils ?
On pourrait reprocher à l'élection d'être facile à égarer. Comment l'homme du peuple sans éducation arrivera-t-il à envoyer au sénat des hommes dignes d'y entrer, alors que des corps composés d'esprits illustres se trompent , et que l'Académie française s'est vu adjoindre un quarante-unième fauteuil, qui n'est pas, tant s'en faut, le plus mal occupé de tous.
Il est difficile de savoir, à priori, si la critique est fondée. Avec l'élection nous pénétrons dans un champ immense. L'imagination se perd tant ses combinaisons
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sont innombrables. Nous avons rencontré en Irlande, en Ecosse, dans certaines parties de TAllemagne, au Japon, des élections au fond desquelles ne se trouvait guère que Thérédité déguisée. Ce n'est point certes à de pareilles modalités du droit de suffrage que nous a conduit insensiblement la trame de cette étude. L'élection telle que nous allons la rencontrer est celle qui fait une part plus large à la volonté de tous, ou qui tend chaque jour à s'en rapprocher davantage.
Ce qui est nous fournira une idée de ce qui pourrait être.